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22 mars 2002. Un nabot-inconnu s'adresse à un nabot-inconnu (mais-publié-donc-c'est-différent) : "Alors, tu m'as parlé de créer un collectif d'écrivains ; c'est quoi, cette histoire ?" Le nabot-moins-inconnu regarde le nabot-qui-n'existe-pas-vraiment, et répond, souriant : "Ben voilà le truc. En fait, ça consiste en une collectivisation des textes. Un groupe d'écrivains qui écrivent chacun leurs textes, mais les publient sous le nom du groupe, sans dire qui a écrit-ci et qui a écrit ça." Le nabot-de-l'ombre, naïf et exalté comme il sait l'être, se lance dans l'un de ces longs discours lénifiants dont lui seul a le secret : "Ah ouais, tu veux dire, on écrit tous des trucs, on collectivise et on sélectionne en interne, et puis on dépose en nom collectif, on mutualise, l'individu disparaît derrière l'initiative collective, et on met un terme définitif à l'ère des "j'écris mal mais je suis beau (et je sais comment prendre Ardisson)", des "j'ai écrit viol dans mon texte (et Cauet est un pote de collège)" et des "je suis chiant mais avec une plume (donc même si j'en fais un string, tonton éditeur achètera)" ? Génial." Nabot-du-Vent regarde nabot-du-Vide, le sourcil froncé, et lui coupe les jambes avec le sourire: "Euh... ouais, non, t'emballe pas. On fait juste monter la sauce un max pendant quelques mois, et puis on déferle sur les ondes, et on remporte le gros lot. Tout le monde nous connaît, on est les boss !"
Une heure plus tard, nabot-du-Vide rentre chez lui, les yeux dans le vague, le poing serré dans sa poche au fond décousu. Dépité, creux comme une carcasse de poulet. Nabot-du-Vent, de son côté, lance la grande machine et devient Roi du Monde. Nabot-du-Vide assiste au spectacle, du fond de la salle, et ravale une gorgée de salive au goût âpre. Le Vent est un vrai truc, y a pas à dire. Avec des orientations, une structure, une théorie, des dieux, des causes et même des effets. Une vraie petite industrie rôdée depuis des siècles. Le Vide, en revanche, est un concept abstrait qui effraie parce qu'il existe malgré tout. Parce qu'il s'accroche à vos tripes et ne vous lâche plus. Le Vide ne repose sur rien, ne va nulle part - mais le Vide vous attire. Le Vent se contente de vous faire de l'oeil ; le Vide, il vous embrasse. Après, il faut seulement choisir. Vide ou Vent. Impuissance ou puissance en toc. Désespoir solitaire ou vanité collective. Tic-tac. Tic-tac. N'hésitez pas trop longtemps : si vous ne suivez pas les courants, le fond de la pipette est pour vous - d'ailleurs, vous y êtes, ça y est, trop tard. Avec vos idéaux, votre grandeur, vos espoirs, votre rage. La bave aux lèvres, le coeur aux ventre, les dents plantées dans un ennemi tout mou qui n'est rien d'autre que votre pauvre bras. Et la balle n'est plus dans votre camp, mais dans votre pied. Un joli paysage vous attend. Des hectares d'horizontalité couverte de napalm - les plantes poussent par en dessous, les racines des pissenlits vous guettent, mais en surface. Votre rage croît, d'autant plus démesurée qu'elle ne trouve pas d'objet. Si vous vous cherchez un dragon factice, allez en 1. Si vous la laissez croître dans l'ombre, allez en 2. Si vous lui tordez le cou, allez en 3. Si vous trouvez de bonnes âmes pour lui tordre le cou une bonne fois pour toutes à votre place, chapeau bas, vous avez du bol - mais allez en 4 quand même. 1. Vous arpentez au hasard l'étendue désertique. Bientôt, vous croisez un étron, preuve que vous n'êtes pas seul - ou bien que vous tournez décidemment en rond. Il n'est pas bien imposant, certes, mais au prix d'un petit effort d'imagination, il fera un adversaire à la hauteur. Vous n'aimez pas comment il parle. Vous n'aimez pas comment il écrit. Vous n'aimez pas comment il parle de ce qu'il écrit. Vous n'appréciez pas la façon dont il nourrit le sol par sa seule existence ; alors que vous, vous ne fertilisez pas grand chose, malgré vos efforts. Ah non, vous, pas de pot, vous ne fertiliserez la terre que quand vous serez mort - dommage, erreur de casting, sans doute. Et à bien y regarder, cet étron parle assez fort pour paraître plus grand qu'il ne l'est. Et cette proéminence sur son côté droit, ce ne serait pas, repliée, une aile de dragon chinois, par hasard ? Si ! Si ! Regardez-y bien, à trois fois s'il le faut : il a la même de l'autre côté. Vous sortez vos armes, aiguisées par des années de hargne brûlante. C'est votre Croisade, allez-y, échinez-vous. Vous vous épuiserez sur du Vent, mais ce n'est pas bien grave : certains personnages ont bien bâti leur carrière à force de charger les moulins, y a pas de raison ! Dix ans plus tard, vous avez livré des heures glorieuses de combat acharné - pour votre seule poire. Dommage. Il est temps, dorénavant, d'aller manger les pissenlits par la fleur - par en-dessous, donc. Fin du jeu. 2. Vous restez immobile, prostré, tellement prostré même que vous décidez de vous asseoir. Votre fessier rachitique se taille naturellement une place entre quelques faisceaux de racines. L'anémie fleure bon la moisissure. Il n'est plus vraiment l'heure de pleurer, parce que personne ne vous voit - mais vous pleurez quand même, parce que ça ne vous coûte rien. Vos larmes dessinent des lignes droites sous vos yeux, puis s'écartent, déférentes, fuient vers vos tempes pour ne pas souiller le terreau sacré de votre rictus crispé. Vos dents sont serrées - vous vous rappelez qu'elles existent, c'est l'avantage. Vous en voulez au monde entier mais vous savez bien qu'il s'en fout. Vous pleurez parce que vous n'y pouvez rien. Vous pestez, vous hurlez, vous geignez comme un ours blessé. Mais vous ne faites rien parce que vous savez bien que c'est vous, pas les autres, qui avez été réimplanté en ces terres des siècles après la première extinction de votre espèce. Vous pestez, parce que vous savez que des braconniers traînent à coup sûr dans les parages - c'est comme les vautours, il en traîne dans tous les parages du monde. Vous hurlez, parce que vous voulez qu'ils arrivent, ces flemmards toujours sur le qui-vive, et qu'ils en finissent. Vous geignez, parce que vous savez que vous ne vous défendrez même pas, parce que vous les laisserez, ces salauds, réitérer ce scénario dégueulasse que les parents des parents de vos parents auraient pu vous raconter s'ils n'en avaient pas été les victimes. Parce que vous ne résisterez pas. Parce que vous êtes déjà mort. 3. Vos mains se ferment sur le cou frêle de votre rage, et vous les serrez du mieux que vous pouvez. Votre rage agonise, elle pousse son dernier rot et s'éteint, des marques violacées en guise de rivière de diamant. Votre rage est morte, alors vous souriez. Parce que sans la rage, vous ne trouvez pas grand chose d'autre à faire. Vous souriez pour que les autres vous adressent à nouveau la parole. Vous souriez parce qu'il faut bien donner le change. Vous souriez parce qu'on vous sourit. Vous souriez parce que vous gagnez votre vie comme un grand. Vous souriez parce que vos efforts sont reconnus dans la sphère sociale. Vous souriez parce qu'Elle dit "oui" devant toutes vos connaissances communes. Vous souriez parce qu'Elle ne se rend pas compte que vous la haïrez. Vous souriez parce que le petit dernier vient d'avoir son bac. Vous souriez parce que Laurent Gerra, c'est drôle. Vous souriez parce que le notaire vous annonce que vos parents sont morts. Vous souriez parce que votre aîné s'est éteint en vous maudissant. Vous souriez parce que vous êtes encore vivant. Vous souriez parce que vous avez eu votre carrière, votre femme, votre famille, vos enfants, votre maîtresse, votre chien, votre jardin. Vous souriez parce qu'il n'y a rien d'autre à faire. Vous souriez parce que vous n'êtes pas encore mort. Ah, si. Si, si, vous êtes mort. Vous souriez encore, parce que vous ne leur laissez rien. Ni à ceux-là, ni aux autres. Vous souriez parce que ça leur fait les pieds. Vous souriez parce que les vers vous disent "merci, Monsieur" en vous dévorant - et parce que ça, "Monsieur", c'est un terme qui vous va bien. 4. Vous ne savez pas trop quoi faire, vous attendez. Le temps passe, et personne ne vient. Et puis. Et puis. 19 décembre 2006 (le jour de vos vingt-neuf ans, pile-poil) : "vous avez un mail !". Ah ouais, vous avez un mail ? Et comment qu'il s'appelle, le mail que vous avez ? "Attendez... voyons... ça s'appelle "si je te propose un plan..."" Super. Et ça dit quoi ? Ca dit ça : "Le truc, c'est que tu peux parler de tout ce que tu veux. Il y a des rubriques pour ça. Critiques, humeur, nouvelle etc. Tiens, je t'envoie un pps qui explique grosso merdo comment poster. Tu veux t'appeler comment sur le site? C'est une revue avec diverses ramifications Amitiés" Alors vous signez, évidemment. Et vous le racontez, avec vos mots venus d'outre-vie. Vous allez passer pour un sociopathe, avec ça. Mais vous vous en tapez. Royal. Pourquoi ? Parce que des quatre, c'est la seule option qui ne vous fait pas crever à la fin. Vrai ou faux ?
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Chez Zoë, y a bagarre !!!
Je reviens sur cognée: son tableau presqu...
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pour entretenir la polémic à Zoe: image:...