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Van Gogh et moi Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Sophie K.   
10-02-2007
 La faculté de progression d’un cerveau humain me stupéfiera toujours. Pourtant, il est plus courant de se reprocher ses défaillances, ses oublis, que de s’apercevoir des avancées que l’on fait, parfois inconsciemment, dans certains domaines.

Après le bac, j’ai choisi la voie des lettres et celle de l’art. Malgré ma prédilection pour ces domaines, j'ai rapidement découvert que j'avais un grand nombre de lacunes à combler : curieusement, certains livres, certaines toiles, certaines sculptures n’atteignaient pas mon âme. Un mur invisible se dressait entre leurs créateurs et moi. Si, à force d’y revenir sans cesse, de leur tourner autour comme une guêpe assoiffée, la plupart finissaient, à la longue, par céder et se livrer (parfois partiellement, parfois, ô extase, entièrement !), durant longtemps, quelques irréductibles ont particulièrement résisté à mes assauts entêtés. Van Gogh est l’un d’entre eux.

Avez-vous déjà vécu une telle chose ? Vous avez dix-huit ans. Vous étudiez l’art dans une école prestigieuse. On vous invite à voir les toiles d’un génie que tout le monde admire dans le musée qui lui est consacré à Amsterdam. Vous y allez joyeusement, prêt à recevoir la claque salvatrice que tout aspirant à la découverte des mystères de l’art souhaite un jour recevoir. Enfin vous y êtes : les œuvres s’étalent à quelques mètres, vous entendez autour de vous des « Ah ! », des « Oh ! » et des «Sublime ! », et vous, vous avez beau écarquiller les yeux, froncer les sourcils, vous concentrer de toutes vos forces jusqu’à vous mettre en apnée, vous ne ressentez strictement RIEN.

Bien sûr, vous en éprouvez de la honte, parce que quelque part en vous, une voix minuscule et tenace vous susurre que vous avez irrémédiablement tort. Avec le temps, cette honte se change en un agacement croissant : de façon logique, raisonnée, vous savez que le maître dont vous avez contemplé l’œuvre de si près possède une main en or, que sa technique est hors norme, sa palette formidable, son inspiration largement au-dessus du commun.

Du commun ? Mais, vous dites-vous éberluée, le commun …c’est moi ! Et si je ne fais pas un effort, je n’atteindrai jamais ces hauteurs ! Si je ne les ressens pas, c’est que je suis limitée ! Et si je suis limitée, comment puis-je prétendre devenir, même à un humble niveau, une VRAIE artiste ?

Ames sensibles éprises de beau, de calme et de volupté, éloignez-vous, car ici commence le récit impitoyable de la lutte d’un cerveau emmuré face à l’œuvre d’un génie. La pourpre, l’incarnat, le carmin vont gicler.

A partir de cette unique visite, Vincent Van Gogh devint une obsession pour moi. Le combat qui s’engageait était un combat sans merci. Je m’y préparai avec soin. Minable pirate en quête d’une carte qui m’emmènerait tout droit vers ce trésor qui m’était, allez savoir pourquoi, dérobé, je commençai donc par acheter un nombre conséquent de livres afin d’étudier la peinture et la vie du peintre inaccessible. Je lus une partie des lettres écrites à Théo ; à travers elles, je me mis à apprécier l’intelligence et la passion de Vincent. Mon désir s’accrut, mais ce fut pire, car si j’admirais désormais l’homme, j’étais, malgré moi, toujours insensible à son art.

J’engloutis toutes les histoires de sa vie, de son amitié avec Gauguin à l’intérêt mi-figue mi-raisin qu’il suscita chez le (bon ?) docteur Gachet, juste avant sa fin misérable. Je ne m’épargnais ni les films (Ah, Kirk Douglas se coupant l’oreille !) ni les documentaires. Je scrutais sur les photos de ses toiles les coups de son pinceau inventif. Mais plus j’avançais vers lui, plus ce fichu bougre de génie s’éloignait. Lilliputienne aux trousses de Gulliver, je le pistais comme un limier frustré, bave rageuse aux lèvres. C’était à en perdre la foi, la raison et le goût.

Dépitée, je finis par rendre les armes. Peut-être était-ce ainsi, finalement, me disais-je avec amertume. Peut-être devait-on vivre en passant au large de certaines œuvres sans en être jamais touchés. Et toute la science du monde ne suffirait pas à changer ce triste constat.

Un soir, il y a de cela quelques années, je suis allée traîner mes guêtres au Musée d’Orsay. Je n‘y allais pas dans l’idée de voir une exposition particulière, non ; j’y allais simplement le nez au vent, pour oublier la rumeur, pour me baigner les yeux, sans aucune arrière pensée. Alors que je traînais dans les couloirs, soudain, le bleu m’a happée. Un bleu intense, vivant, animé. Un éclair de lumière céleste au bout d’un couloir. Irrésistiblement, je me suis approchée de la toile. La peinture a alors inondé mes rétines, et, VRAIMENT, j’ai frissonné de la tête aux pieds. C’était « L’église d’Auvers -sur -Oise ». Ca m’a bouleversée.
Alors que je ne le cherchais plus, Vincent m’avait offert, en une seconde alchimique, la clef de son univers. Dès cet instant, comme un enchantement, les unes après les autres, toutes ses œuvres se sont révélées. Enfin, j’y suis entrée. Enfin, tout son art est entré en moi.

«Les peintres – pour ne parler que d’eux – étant morts et enterrés, parlent à une génération suivante ou à plusieurs générations suivantes par leurs œuvres. Est-ce là tout, ou y a-t-il même encore plus ? Dans la vie du peintre, peut-être la mort n’est pas ce qu’il y aurait de plus difficile. »

Arles, Vincent Van Gogh, extrait d’une lettre à Théo datée de juillet 1888.

 

Commentaires
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sophiek   |2007-02-11 10:52:37
(Mais, par exemple, j'aime toujours pas Jeff Koons...)
franck-olivier     |2007-02-11 13:42:10
Il n'y a rien de certain dans le fait que tous ceux qui s'extasiaient ne l'aient, en réalité, comme toi, véritablement rencontré...La puissance du commun est telle, et notre soif d'y appartenir, un temps au moins si irrépressible que celui qui se l'avoue, qui ose à l'endroit de lui-même une telle lucidité, en souffre...et pourtant...

Aujourd'hui, qu'elle que soit l'énergie qu'on y mette, on ne pourra jamais que se construire une culture "trouée"...et alors ? Échappé à ce sens commun qui a la prétention de se faire passer pour le "bon" sens devient une nécessité absolue pour qui veut respirer...un tant soit peu...

Ce qui est remarquable dans ton récit, c'est bien de constater que ce qui t'y interdisait l'accés tient surtout à l'obligation que tu t'en étais faite...lorsque tu as laché prise...c'est arrivé...Il n'y a pas que là que ça marche...Souvent je cite un passage du Cid "nul n'est besoin d'espérer..." ce que ça signifie, dans le fond, c'est ça...à
trop vouloir, à se donner comme seule possibilité de réussir, on finit par se l'interdir...ni défaitisme, ni morgue...et là les portes s'ouvrent...

j'aime beaucoup ce texte...
sophiek   |2007-02-11 13:58:28
Merci FOL... C'est effectivement l'idée de se laisser habiter par une oeuvre sans à priori... De ne pas toujours vouloir "conquérir", mais bien d'accepter d'être "conquis". Il n'y a pas d'échange si on est constamment en train d'essayer de prendre possession (d'une chose, d'un être, etc...)
C'est bête comme chou, mais j'ai mis un certain temps à comprendre ça.
marie-f   |2007-02-11 15:47:49
Moi aussi j'aime beaucoup ce texte. Et je pense aussi qu'à trop vouloir s'ouvrir, on se ferme. C'est drôle, j'ai vécu une expérience similaire avec ce musée d'Amsterdam. Bon, sans doute un peu différente parce que je suis une profane et que mon contact avec l'art est purement émotif. Mais moi aussi, quand j'ai visité ce musée, je suis pratiquement restée de marbre sans bien comprendre pourquoi alors que je me faisais une joie d'y aller. J'avais analysé mon absence d'émotio différement mais ça touchait aussi au domaine des expectatives. En effet, ce que je "connaissais" de Van Gogh, c'était surtout une époque ave beaucoup de lumière, une exaltation de la couleur et là je me retrouvais face à des toiles brunes, au dessin beaucoup plus précis, à des estampes japonaises. Bref, je n'étais pas ouverte non plus parce que ce n'est pas ce que j'étais venue chercher. Et je me sentais pas à la hauteur.
yannick b   |2007-02-11 18:03:07
il y a aussi tout le travail de sape de la récup' publicitaire; tout gamin je me souviens de boîte de chocolats ou de biscuits avec des repros de Van Gogh sur le couvercle ( ou sur des nappes, des machins comme ça ), le regard sur les œuvres se modifie, l'exceptionnel se banalise, on perd de la fraicheur.
( Picasso aujourd'hui sert à vendre des bagnoles... )
et j'ose à peine évoquer l'utilisation de n'importe quelle musique collée à un spot, et dans des temps records de récupération.
Je dis des banalités mais c'est la pub qui nous banalise.
La littérature échappe encore un peu au processus, bien qu'un fabriquant de lavabos avait réussi à utiliser un extrait d'American Psycho d'Ellis pour vanter la qualité de son matos
( anecdote authentique ).
franswaperrin   |2007-02-11 18:55:08
Des artistes intouchables, devant lesquels il convient de s'extasier même s'ils ne nous font (encore) rien ressentir, et de l'autre, les mêmes artistes entrant tellement dans le domaine public que les pubards les violent tranquille en se lustrant le catogan.
Question : pourquoi la pub est-elle la seule à posséder cette carte blanche permanente sur tous les sujets, et pourquoi s'acharne-t-elle, dans sa puissance délirante, à tout dévoyer à coup de lourdeurs crasseuses ?
sophiek   |2007-02-11 19:11:24
Ouaip. La pire, à ce niveau (à part effectivement la reprise de Picasso pour des bagnoles), c'est celle de cette merde absolue (je pèse mes gros mots, excusez-moi) de produit d'entretien qui :
1/ a piqué son nom à un héros d'Homère
2/ persiste à faire chanter à des ménagères tout droit sorties des années 50 l'air de Carmen dès que celles ci se lancent, telles des Cendrillons stupides et ébaubies, dans le récurage (ô joie!) de leurs sols (immondes, parce que Cendrillon est crade, c'est bien connu).
La seule fois où je me suis marrée, c'est quand une vingtaine d'entre elles envoyaient vers le ciel leurs seaux en plastique. La pub s'arretait là, mais je jouissais d'imaginer la retombée des-dits seaux sur les malheureuses actrices...
franck-olivier     |2007-02-11 20:53:39
C'est aussi l'ultime perversion de l'idée que la "culture" doit être banalisée, rendue accessible à tous...sauf qu'au lieu de tirer les gens vers le haut on massacre et désacralise à coup de spot, ce qui finalement annihile le travail de ceux qui, effectivement font un travail de fond en fendillant toutes les statues du "commandeur" qui empuantisse la pensée...
sophiek   |2007-02-11 21:29:31
Arf ! Quelle perversion, en fait ! Où l'on revient, une fois de plus, à Debord et sa "société du spectacle", ou comment l'esprit marchand utilise l'art pour "justifier" sa marchandise... C'est à dire faire d'une boisson banale un "hydromel", d'une voiture bien dessinée "une oeuvre d'art", d'un produit détergent un outil "essentiel", d'un parfum une "extase", d'un maquillage une "révélation"... On voit que là aussi, les mots perdent leur sens, tout ça pour essayer de faire passer l'humain à l'état de consommateur, de le faire passer de "l'être" à "l'avoir" (Bachelard... Comme tu le dis FOL, c'est donc exactement le contraire de ce qu'apporte l'art.
sophiek   |2007-02-11 21:31:55
Et ça marche, misère de misère.
sophiek   |2007-02-11 21:40:15
(cela étant, c'est sans compter que bien souvent, l'outil "essentiel", "l'extase" et la "révélation" ("parce que je ne vaux rien," grinçait une amie...) sont cancérigènes (quoi que testés sur des animaux pour beaucoup)...Elle est bien boooonnnnnne !
franck-olivier     |2007-02-11 22:08:06
ben, à force de vulgariser l'art et les pensées pointues on en arrive à ça...Jouir sur ce mode, décrété comme Le mode, ça ne sert qu'à pousser un peu plus l'homme sur sa pente naturelle...La confusion entre plaisir et jouissance, l'amalgame jouir et plus-de-jouir érigé en loi...Mais il n'empêche que chacun reste seul libre de ses choix...et comme ça ne peut fonctionner qu'au cas par cas, la voie de sortie du capitalisme qu'aurait pu être un certain entendement de ce qui se joue-là, puisqu'il ne touche que quelques uns, ne peut constituer un progrés...
sophiek   |2007-02-11 22:24:30
Bon. Evadons-nous dans le bleu de Vincent, alors.
sophiek   |2007-02-11 22:27:50
Et dans la note bleue de Thelonious et Barney. Loin, loin, loin. Ou dans le "Blue Train" de Coltrane. Ou dans le "Kind of Blue" de Miles...
franck-olivier     |2007-02-11 22:29:46
Ok, c'est parti!!
sophiek   |2007-02-11 22:39:15
Trop bien, les trains de nuit.... :zzz
franck-olivier     |2007-02-11 22:46:10
C'est vrai...j'ai toujours pensé que les voyages de nuit étaient les meilleurs...
adnène chaabouni   |2007-11-08 23:02:47
chère sophie
sans aucune culture pictural, visitant le musée d'orsay, l'été de 1989, j'ai été envahi d'une violente émotion à la vue du tableau qui vous a permis d'entrer dans l'univers de van gogh.
il a fallu qu'une amie me dise, ces derniers jours, qu'elle était en hollande et qu'elle a vu des tableaux de van gogh, pour que je lui demande de m'indiquer un site où je pourrais avoir la photo du tableau.
hier, elle m'a envoyé ce site. Et chose fabuleuse; j'apprends, 18 années après, qu'il existe un autre être humain qui a été ému par le même tableau. Extraordinaire.
comme je désire très fortement échanger avec vous à propos de cette expérience esthétique, je vous prie de me communiquer une adresse mail où je pourrai vous faire part de mon expérience avec le tableau de van gogh.
mon mail est : adnabi@gnet.tn
cordialement
adnène chaabouni
sophiek   |2007-11-08 23:16:39
Merci Adnène !
Page  - diazepam valium withdrawal     |2008-01-13 13:15:13
Tonton devant ce résultat
Ne se dégonfla pas
Et joua les andouilles
Au Tribunal on l'a traîné
Et devant les jurés
Le voilà qui bafouille
Messieurs c'est un hasard affreux
Mais je jur' devant Dieu
En mon âme et conscience
Qu'en détruisant tous ces tordus
Je suis bien convaincu
D'avoir servi la France
On était dans l'embarras
Alors on l'condamna
Et puis on l'amnistia
Et l'pays reconnaissant
L'élu immédiat'ment
Chef du gouvernement
sophiek   |2007-02-11 10:52:37
(Mais, par exemple, j'aime toujours pas Jeff Koons...)
franck-olivier     |2007-02-11 13:42:10
Il n'y a rien de certain dans le fait que tous ceux qui s'extasiaient ne l'aient, en réalité, comme toi, véritablement rencontré...La puissance du commun est telle, et notre soif d'y appartenir, un temps au moins si irrépressible que celui qui se l'avoue, qui ose à l'endroit de lui-même une telle lucidité, en souffre...et pourtant...

Aujourd'hui, qu'elle que soit l'énergie qu'on y mette, on ne pourra jamais que se construire une culture "trouée"...et alors ? Échappé à ce sens commun qui a la prétention de se faire passer pour le "bon" sens devient une nécessité absolue pour qui veut respirer...un tant soit peu...

Ce qui est remarquable dans ton récit, c'est bien de constater que ce qui t'y interdisait l'accés tient surtout à l'obligation que tu t'en étais faite...lorsque tu as laché prise...c'est arrivé...Il n'y a pas que là que ça marche...Souvent je cite un passage du Cid "nul n'est besoin d'espérer..." ce que ça signifie, dans le fond, c'est ça...à
trop vouloir, à se donner comme seule possibilité de réussir, on finit par se l'interdir...ni défaitisme, ni morgue...et là les portes s'ouvrent...

j'aime beaucoup ce texte...
sophiek   |2007-02-11 13:58:28
Merci FOL... C'est effectivement l'idée de se laisser habiter par une oeuvre sans à priori... De ne pas toujours vouloir "conquérir", mais bien d'accepter d'être "conquis". Il n'y a pas d'échange si on est constamment en train d'essayer de prendre possession (d'une chose, d'un être, etc...)
C'est bête comme chou, mais j'ai mis un certain temps à comprendre ça.
marie-f   |2007-02-11 15:47:49
Moi aussi j'aime beaucoup ce texte. Et je pense aussi qu'à trop vouloir s'ouvrir, on se ferme. C'est drôle, j'ai vécu une expérience similaire avec ce musée d'Amsterdam. Bon, sans doute un peu différente parce que je suis une profane et que mon contact avec l'art est purement émotif. Mais moi aussi, quand j'ai visité ce musée, je suis pratiquement restée de marbre sans bien comprendre pourquoi alors que je me faisais une joie d'y aller. J'avais analysé mon absence d'émotio différement mais ça touchait aussi au domaine des expectatives. En effet, ce que je "connaissais" de Van Gogh, c'était surtout une époque ave beaucoup de lumière, une exaltation de la couleur et là je me retrouvais face à des toiles brunes, au dessin beaucoup plus précis, à des estampes japonaises. Bref, je n'étais pas ouverte non plus parce que ce n'est pas ce que j'étais venue chercher. Et je me sentais pas à la hauteur.
yannick b   |2007-02-11 18:03:07
il y a aussi tout le travail de sape de la récup' publicitaire; tout gamin je me souviens de boîte de chocolats ou de biscuits avec des repros de Van Gogh sur le couvercle ( ou sur des nappes, des machins comme ça ), le regard sur les œuvres se modifie, l'exceptionnel se banalise, on perd de la fraicheur.
( Picasso aujourd'hui sert à vendre des bagnoles... )
et j'ose à peine évoquer l'utilisation de n'importe quelle musique collée à un spot, et dans des temps records de récupération.
Je dis des banalités mais c'est la pub qui nous banalise.
La littérature échappe encore un peu au processus, bien qu'un fabriquant de lavabos avait réussi à utiliser un extrait d'American Psycho d'Ellis pour vanter la qualité de son matos
( anecdote authentique ).
franswaperrin   |2007-02-11 18:55:08
Des artistes intouchables, devant lesquels il convient de s'extasier même s'ils ne nous font (encore) rien ressentir, et de l'autre, les mêmes artistes entrant tellement dans le domaine public que les pubards les violent tranquille en se lustrant le catogan.
Question : pourquoi la pub est-elle la seule à posséder cette carte blanche permanente sur tous les sujets, et pourquoi s'acharne-t-elle, dans sa puissance délirante, à tout dévoyer à coup de lourdeurs crasseuses ?
sophiek   |2007-02-11 19:11:24
Ouaip. La pire, à ce niveau (à part effectivement la reprise de Picasso pour des bagnoles), c'est celle de cette merde absolue (je pèse mes gros mots, excusez-moi) de produit d'entretien qui :
1/ a piqué son nom à un héros d'Homère
2/ persiste à faire chanter à des ménagères tout droit sorties des années 50 l'air de Carmen dès que celles ci se lancent, telles des Cendrillons stupides et ébaubies, dans le récurage (ô joie!) de leurs sols (immondes, parce que Cendrillon est crade, c'est bien connu).
La seule fois où je me suis marrée, c'est quand une vingtaine d'entre elles envoyaient vers le ciel leurs seaux en plastique. La pub s'arretait là, mais je jouissais d'imaginer la retombée des-dits seaux sur les malheureuses actrices...
franck-olivier     |2007-02-11 20:53:39
C'est aussi l'ultime perversion de l'idée que la "culture" doit être banalisée, rendue accessible à tous...sauf qu'au lieu de tirer les gens vers le haut on massacre et désacralise à coup de spot, ce qui finalement annihile le travail de ceux qui, effectivement font un travail de fond en fendillant toutes les statues du "commandeur" qui empuantisse la pensée...
sophiek   |2007-02-11 21:29:31
Arf ! Quelle perversion, en fait ! Où l'on revient, une fois de plus, à Debord et sa "société du spectacle", ou comment l'esprit marchand utilise l'art pour "justifier" sa marchandise... C'est à dire faire d'une boisson banale un "hydromel", d'une voiture bien dessinée "une oeuvre d'art", d'un produit détergent un outil "essentiel", d'un parfum une "extase", d'un maquillage une "révélation"... On voit que là aussi, les mots perdent leur sens, tout ça pour essayer de faire passer l'humain à l'état de consommateur, de le faire passer de "l'être" à "l'avoir" (Bachelard... Comme tu le dis FOL, c'est donc exactement le contraire de ce qu'apporte l'art.
sophiek   |2007-02-11 21:31:55
Et ça marche, misère de misère.
sophiek   |2007-02-11 21:40:15
(cela étant, c'est sans compter que bien souvent, l'outil "essentiel", "l'extase" et la "révélation" ("parce que je ne vaux rien," grinçait une amie...) sont cancérigènes (quoi que testés sur des animaux pour beaucoup)...Elle est bien boooonnnnnne !
franck-olivier     |2007-02-11 22:08:06
ben, à force de vulgariser l'art et les pensées pointues on en arrive à ça...Jouir sur ce mode, décrété comme Le mode, ça ne sert qu'à pousser un peu plus l'homme sur sa pente naturelle...La confusion entre plaisir et jouissance, l'amalgame jouir et plus-de-jouir érigé en loi...Mais il n'empêche que chacun reste seul libre de ses choix...et comme ça ne peut fonctionner qu'au cas par cas, la voie de sortie du capitalisme qu'aurait pu être un certain entendement de ce qui se joue-là, puisqu'il ne touche que quelques uns, ne peut constituer un progrés...
sophiek   |2007-02-11 22:24:30
Bon. Evadons-nous dans le bleu de Vincent, alors.
sophiek   |2007-02-11 22:27:50
Et dans la note bleue de Thelonious et Barney. Loin, loin, loin. Ou dans le "Blue Train" de Coltrane. Ou dans le "Kind of Blue" de Miles...
franck-olivier     |2007-02-11 22:29:46
Ok, c'est parti!!
sophiek   |2007-02-11 22:39:15
Trop bien, les trains de nuit.... :zzz
franck-olivier     |2007-02-11 22:46:10
C'est vrai...j'ai toujours pensé que les voyages de nuit étaient les meilleurs...
adnène chaabouni   |2007-11-08 23:02:47
chère sophie
sans aucune culture pictural, visitant le musée d'orsay, l'été de 1989, j'ai été envahi d'une violente émotion à la vue du tableau qui vous a permis d'entrer dans l'univers de van gogh.
il a fallu qu'une amie me dise, ces derniers jours, qu'elle était en hollande et qu'elle a vu des tableaux de van gogh, pour que je lui demande de m'indiquer un site où je pourrais avoir la photo du tableau.
hier, elle m'a envoyé ce site. Et chose fabuleuse; j'apprends, 18 années après, qu'il existe un autre être humain qui a été ému par le même tableau. Extraordinaire.
comme je désire très fortement échanger avec vous à propos de cette expérience esthétique, je vous prie de me communiquer une adresse mail où je pourrai vous faire part de mon expérience avec le tableau de van gogh.
mon mail est : adnabi@gnet.tn
cordialement
adnène chaabouni
sophiek   |2007-11-08 23:16:39
Merci Adnène !
Page  - diazepam valium withdrawal     |2008-01-13 13:15:13
Tonton devant ce résultat
Ne se dégonfla pas
Et joua les andouilles
Au Tribunal on l'a traîné
Et devant les jurés
Le voilà qui bafouille
Messieurs c'est un hasard affreux
Mais je jur' devant Dieu
En mon âme et conscience
Qu'en détruisant tous ces tordus
Je suis bien convaincu
D'avoir servi la France
On était dans l'embarras
Alors on l'condamna
Et puis on l'amnistia
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