La faculté de progression d’un cerveau humain me stupéfiera toujours. Pourtant, il est plus courant de se reprocher ses défaillances, ses oublis, que de s’apercevoir des avancées que l’on fait, parfois inconsciemment, dans certains domaines. Après le bac, j’ai choisi la voie des lettres et celle de l’art. Malgré ma prédilection pour ces domaines, j'ai rapidement découvert que j'avais un grand nombre de lacunes à combler : curieusement, certains livres, certaines toiles, certaines sculptures n’atteignaient pas mon âme. Un mur invisible se dressait entre leurs créateurs et moi. Si, à force d’y revenir sans cesse, de leur tourner autour comme une guêpe assoiffée, la plupart finissaient, à la longue, par céder et se livrer (parfois partiellement, parfois, ô extase, entièrement !), durant longtemps, quelques irréductibles ont particulièrement résisté à mes assauts entêtés. Van Gogh est l’un d’entre eux.
Avez-vous déjà vécu une telle chose ? Vous avez dix-huit ans. Vous étudiez l’art dans une école prestigieuse. On vous invite à voir les toiles d’un génie que tout le monde admire dans le musée qui lui est consacré à Amsterdam. Vous y allez joyeusement, prêt à recevoir la claque salvatrice que tout aspirant à la découverte des mystères de l’art souhaite un jour recevoir. Enfin vous y êtes : les œuvres s’étalent à quelques mètres, vous entendez autour de vous des « Ah ! », des « Oh ! » et des «Sublime ! », et vous, vous avez beau écarquiller les yeux, froncer les sourcils, vous concentrer de toutes vos forces jusqu’à vous mettre en apnée, vous ne ressentez strictement RIEN.
Bien sûr, vous en éprouvez de la honte, parce que quelque part en vous, une voix minuscule et tenace vous susurre que vous avez irrémédiablement tort. Avec le temps, cette honte se change en un agacement croissant : de façon logique, raisonnée, vous savez que le maître dont vous avez contemplé l’œuvre de si près possède une main en or, que sa technique est hors norme, sa palette formidable, son inspiration largement au-dessus du commun. Du commun ? Mais, vous dites-vous éberluée, le commun …c’est moi ! Et si je ne fais pas un effort, je n’atteindrai jamais ces hauteurs ! Si je ne les ressens pas, c’est que je suis limitée ! Et si je suis limitée, comment puis-je prétendre devenir, même à un humble niveau, une VRAIE artiste ? Ames sensibles éprises de beau, de calme et de volupté, éloignez-vous, car ici commence le récit impitoyable de la lutte d’un cerveau emmuré face à l’œuvre d’un génie. La pourpre, l’incarnat, le carmin vont gicler.
A partir de cette unique visite, Vincent Van Gogh devint une obsession pour moi. Le combat qui s’engageait était un combat sans merci. Je m’y préparai avec soin. Minable pirate en quête d’une carte qui m’emmènerait tout droit vers ce trésor qui m’était, allez savoir pourquoi, dérobé, je commençai donc par acheter un nombre conséquent de livres afin d’étudier la peinture et la vie du peintre inaccessible. Je lus une partie des lettres écrites à Théo ; à travers elles, je me mis à apprécier l’intelligence et la passion de Vincent. Mon désir s’accrut, mais ce fut pire, car si j’admirais désormais l’homme, j’étais, malgré moi, toujours insensible à son art. J’engloutis toutes les histoires de sa vie, de son amitié avec Gauguin à l’intérêt mi-figue mi-raisin qu’il suscita chez le (bon ?) docteur Gachet, juste avant sa fin misérable. Je ne m’épargnais ni les films (Ah, Kirk Douglas se coupant l’oreille !) ni les documentaires. Je scrutais sur les photos de ses toiles les coups de son pinceau inventif. Mais plus j’avançais vers lui, plus ce fichu bougre de génie s’éloignait. Lilliputienne aux trousses de Gulliver, je le pistais comme un limier frustré, bave rageuse aux lèvres. C’était à en perdre la foi, la raison et le goût.
Dépitée, je finis par rendre les armes. Peut-être était-ce ainsi, finalement, me disais-je avec amertume. Peut-être devait-on vivre en passant au large de certaines œuvres sans en être jamais touchés. Et toute la science du monde ne suffirait pas à changer ce triste constat. Un soir, il y a de cela quelques années, je suis allée traîner mes guêtres au Musée d’Orsay. Je n‘y allais pas dans l’idée de voir une exposition particulière, non ; j’y allais simplement le nez au vent, pour oublier la rumeur, pour me baigner les yeux, sans aucune arrière pensée. Alors que je traînais dans les couloirs, soudain, le bleu m’a happée. Un bleu intense, vivant, animé. Un éclair de lumière céleste au bout d’un couloir. Irrésistiblement, je me suis approchée de la toile. La peinture a alors inondé mes rétines, et, VRAIMENT, j’ai frissonné de la tête aux pieds. C’était « L’église d’Auvers -sur -Oise ». Ca m’a bouleversée. Alors que je ne le cherchais plus, Vincent m’avait offert, en une seconde alchimique, la clef de son univers. Dès cet instant, comme un enchantement, les unes après les autres, toutes ses œuvres se sont révélées. Enfin, j’y suis entrée. Enfin, tout son art est entré en moi. «Les peintres – pour ne parler que d’eux – étant morts et enterrés, parlent à une génération suivante ou à plusieurs générations suivantes par leurs œuvres. Est-ce là tout, ou y a-t-il même encore plus ? Dans la vie du peintre, peut-être la mort n’est pas ce qu’il y aurait de plus difficile. » Arles, Vincent Van Gogh, extrait d’une lettre à Théo datée de juillet 1888.
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Mouarf. Toi rôtir toujours dans le sud ? (...
mon frein j'l'ai pété à 17 ans alors
T'aurais rongé ton frein.
J'ai voulu regarder le tour c't'aprème, bi...
Mais moi, je déteste le sport !