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Accueil arrow Humeurs et Textes arrow Notes d humeur arrow Le pouvoir, ce qu'on en fait
Le pouvoir, ce qu'on en fait Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Franswa P.   
23-02-2007

Savoir ce que l'on est, ce que l'on veut être et ce que l'on peut être. Pendant très longtemps, trop longtemps sans doute - "très" est souvent synonyme de "trop" quand il stagne comme une vache ivre aux côtés du terme " longtemps" -, j'ai cru, mes excuses, que le concept-même de la vocation était une vaste supercherie. Que l'on ne devenait ce que l'on était finalement devenu que parce que des circonstances particulières, à un moment donné, nous poussaient à être tel(le) ou tel(le). Le fruit du hasard. Avec des déterminismes sociaux, évidemment, avec des prédispositions, des constantes de granit qui ne nous aidaient ni à dériver vers quelque part, ni à ne dériver vers nulle part, mais à nous diriger, inconsciemment, vers un lieu, vers un métier, vers une vie ou vers d'autres (lieux, métiers, vies, on l'aura compris).

Grossière erreur. Grossière. A l'époque où je pensais ça, jeune adolescent, je ne savais pas encore qu'il existait quelques niches diverses et variées, le genre de niches que l'on regarde, comme toutes les niches du monde, en se disant soit "c'est un truc de clébard, rien à foutre (c'est une niche, quand même, après tout, une toute petite maison avec un tout petit toit)", soit "ok, un nom de clébard est inscrit dessus, mais filez moi une éponge et une craie, et j'y appose mon prénom à la place". Le genre de réflexion qui vous pose un être humain. Il y en a pour les métiers, il y en a pour les façons d'agir, il y en a pour les rapports à tous les vices de la planète. "Ce n'est pas pour moi", ou bien "c'est moi". On a beau regarder, tourner autour, sentir autour, décrypter les différentes strates d'urines qui y trônent, le reste n'est qu'une question de vessie - et bien entendu, d'envie ou non d'y vesser tranquillement. 

Après, ça dépend des gens. Evidemment, ce peut-être, si on parle de métiers faciles à imaginer instantanément, avocat, curé, comédien, soldat, manutentionnaire, marabout, médecin, danseur, facteur... ou barman. C'est vrai, ça, tout le monde sur terre sait ce qu'est un barman, non ? Tout le monde croit savoir, et s'en satisfait bien. Personne ne connaît les subdivisions, les réalités, pas grand monde n'a tâté le terrain, mais tout le monde s'en tape royal. Qu'est-ce qu'un médecin ? Une personne qui soigne. Qu'est-ce qu'un comédien ? Une personne qui joue. Qu'est-ce qu'un avocat ? Quelqu'un qui plaide. Qu'est-ce qu'un barman ? Quelqu'un qui sert des verres. Et tiens, puisqu'on est là, qu'est-ce qu'un con, sinon une personne qui pense que l'empathie n'est rien d'autre qu'une maladie vénérienne, peu ou prou ?

En bas de chez moi (tout le monde s'en fout, d'accord, c'est cohérent), il y a un bar (d'accord aussi, ce n'est pas le plus beau cadeau que le grand machin à barbe ait pu me faire). Il a ouvert quand je me suis installé. Deux mecs le dirigeaient, deux types qui ne provenaient pas du tout du milieu, qui ne connaissaient rien à rien à ce niveau-là, mais qui se faisaient plaisir uniquement parce qu'en se couchant, ils pouvaient se dire "j'ai mon bar, bordel... MON bar" - attention, la satisfaction, en l'occurrence, était parfaitement compréhensible.

Et bien, croyez-le ou pas, et peu importe le déterminisme finalement, il y en a un qui, en deux mois, est devenu un Barman, et l'autre qui, en les deux mêmes mois, est devenu, juste, un connard qui bossait dans son propre bar. Pourtant, les deux gesticulaient de-l'autre-côté-du-zinc, dans cette sorte d'interstice sacré que les poivrots de base comme les picoleurs de passage considèrent comme tel. Le lieu où il fallait être, le lieu duquel on ne pouvait siéger que si, déjà, on avait été élu des dieux.

Deux personnes, tout pareil au départ. La grande différence reposant dans le fait que l'une des deux avait compris le métier en trente secondes cinquante, tandis que l'autre ne pourrait même pas en entrevoir la sève en deux siècles de temps. J'ai assisté aux multiples scènes, avec l'oeil modérément aguerri du grotesque témoin ayant un tout petit peu pratiqué, et je vous l'assure, j'ai savouré. Après quelques jours, le premier savait déjà comment tourner la tête, quoi dire à qui à quel moment, où mettre son limonadier, comment fumer, comment sourire, à un tel point qu'à un moment donné, il n'était sincèrement même plus possible de penser que ce type là, quand il se baladait dans la rue, ne se faisait pas commander des verres à tire-larigot. L'autre, empôté, détestable, grotesque, jouait la carte du visage figé, des grosses épaules tendues et du dos renfrogné, sans même s'être posé, visiblement, une seule seconde, la question de savoir si le fait d'être barman était autre chose qu'un simple moment de sa simple vie. Etre barman, éternuer, fixer les petites roues sur le vélo d'un môme, rencontrer une star, manger des tapas - tout, au même niveau. Pas plus d'implication dans un acte que dans l'autre. L'égal des autres, dans toute la faiblesse du terme.

Non pas qu'il faille se distinguer à tout prix, jouer le jeu, marquer la différence, marcher d'une certaine façon et parler d'une certaine façon et rire d'une certaine façon et vomir d'une certaine façon pour, finalement, mourir d'une certaine façon. Non pas. Un métier n'est pas (forcément) une pose, et ce métier-là, contrairement à ce que tout le monde croit bien volontiers, encore moins qu'un autre. Le métier de barman, quand vous ne décidez même plus, une bonne fois pour toutes, de vous glisser dans sa logique, vous l'impose quand même à grands coups de gourdin. Mieux encore, il vous permet, comme n'importe quel métier du monde réellement vécu, de développer des facultés quasiment paranormales dont vous n'aurez jamais plus à rougir (sauf, bien entendu, si vous les étalez sans pudeur sur Internet).

L'oreille périphérique, par exemple, celle qui vous permet de parler avec quelqu'un tout en suivant une conversation à côté, tout en conservant, frais et dispo, un espace de cerveau disponible pour ce que va vous dire dans deux secondes le jeune type posté au bout du bar, voire l'emmerdeur presque collé derrière vous, voire le groupe de touristes ivres posté devant la porte. L'oeil périphérique, aussi, qui fonctionne à peu près pareil que l'oreille, sauf qu'en plus, vous n'avez pas vraiment besoin de faire jouer le cerveau. L'oeil qui vous permet d'essuyer visiblement la salle d'un seul trois-cent-soixante degrés. Puis l'élasticité du vocable, l'éveil théorique, la présence omnisciente... tous ces petits pouvoirs magiques que vous ne détenez qu'au moment où vous bossez, si vous êtes vraiment fait pour ça. Qui vous permettent, aussi, de lutter contre cette agoraphobie qui vous vrille le corps depuis que vous êtes né, finalement. Vous savez où se trouvent les boutons pour éteindre les lumières, le bouton pour éteindre la musique, le balai-rasta pour nettoyer les toilettes, les clients sur lesquels vous pouvez compter en cas de dérive, le poste de police le plus proche, le bar clandestin le plus proche, etc.

Vous détenez une once de pouvoir, et vous n'en faites rien pourtant. Parce que vous êtes là, vivant, et que rien ne pourrait, à cet instant précis, vous convaincre de l'inverse. Vous détenez une once de pouvoir, et vous n'en faites rien. Vous venez de comprendre, profondément, ce qui fait la différence entre un métier-pour-vivre et un métier-pour-être.

L'utilisation du pouvoir. L'instrumentalisation du pouvoir. La shizophrénie. La perversité. Et du coup, la mauvaise foi, évidemment.

Non, vous, vous êtes juste là, et ce n'est pas parce que vous savez comment éteindre la musique d'une seule pression de doigt que vous le ferez, comme pour hurler, à la face du monde : "ah, là, j'ai éteint la musique, je suis le boss." Non, à ce moment précis, vous pourriez mourir plutôt que de ruiner l'ambiance et, mieux encore, en ne la ruinant pas, et en respirant pourtant, heureux, vous savez que vous êtes vivant.

Et que le reste importe peu. Qu'est-ce qu'être, à un moment donné ? C'est avoir conscience de son pouvoir, et n'avoir aucune envie de l'imposer à qui que ce soit. Le reste, on appelle ça.... une pose. Un artifice. Un faux-semblant.

Une disparition.

Commentaires
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sophiek   |2007-02-23 09:10:50
avatar A ton avis, est-ce que le type qui s'est adapté très vite à son travail de barman ne se serait pas adapté aussi vite à un autre boulot ? Et inversement, son copain n'aurait-il pas les mêmes difficultés dans un autre job ? Autrement dit, est-ce que tout cela n'est pas une question, avant tout, de désir d'implication (quoi que l'on fasse), donc de tempérament et de personnalité ?
Franswa P.   |2007-02-23 11:14:30
Ben précisément, je n'en sais rien. Je me pose la question. C'est donc complètement ouvert. D'une certain façon, ce "texte" est complètement ouvert, il ne pose que quelques pistes - et en aucun cas n'impose, donc, une thèse monolithique.
Là encore, est-ce que tout est lié au fonctionnement donné et uniforme d'une personne par rapport à l'ensemble des choses qu'il a devant lui, ou bien existe-t-il précisément des ilots, des "niches", des interactions quasi-magiques, des choses comme ça.
En gros, la vocation existe-t-elle ? Vraiment, je veux dire. Le concept même est-il vide ou plein ? La notion de vocation recouvre-t-elle une autopersuasion salutaire, pour la survie sociale* (c'est à dire une supercherie librement vendue à soi-même : "je suis médecin, ou barman, ou écrivain, voire même un mix, c'est moi, je suis comme ça - ah bon ? Première nouvelle" ou une réalité tangible ?
Ce n'est pas la question finale du texte, mais il me semble assez clair
que la question finale ne peut même pas être abordée si on fait l'impasse là-dessus, tu as raison.
Et... euh... Désolé, là, je crois qu'on ne peut pas être plus confus dans sa réflexion. Il faut que je prenne des vacances.

Question subsidiaire : suis-je en train, présentement, d'empapaouter les mouches ? C'est bien possible aussi. Je présente mes excuses à l'hypothétique lecteur si c'est l'impression que le texte lui donne.

* "survie sociale" - non, non, ça n'est pas du tout grandiloquent comme expression, non...
franck-olivier     |2007-02-23 11:51:45
Meuh non, tu n'empapaoutes pas les mouches Franswa...la question que tu poses, dans le fond, est celle du Désir...de ce seul déterminisme à l'oeuvre dans la vie des hommes...Le Désir, ça ne s'interroge pas, ou plus exactement ça ne se circonscrit pas à l'objet ou les objets dont on peut user lorsque l'on y cède...soit qu'on ne pourrait pas réduire le Désir de ton barman à cette seule fonction...son Désir n'est pas d'être barman, mais cette fonction y fait écho...d'où ce senti-ment qu'il est comme un poisson dans l'eau, que cela pourrait peut-être relever de la "vocation"...Pour l'autre, il semble qu'on ait à faire avec un type qui cherche la maitrise, qui peut-être même s'est laissé emporté par le Désir de l'autre, dans cette idée qu'après tout, entre ça ou autre chose, ça n'est pas plus mal...pourtant, après quelques temps "d'usage", il touche aux limites de cette décision, à la frustration de ne pouvoir en tirer un "plus-de-jouir" comme on tire une
"plus-value" de la rencontre d'un matériau et d'une force de travail...il est donc, jour après jour, confronté à cette frustration à laquelle se sur-ajoutent toutes les contingences pesantes d'une vie professionnelle...là où l'autre, même s'il doit, de la même manière y faire face, en supporte mieux les pesanteurs puisqu'au final, il en tire, pour lui-même "les marrons du feu" à jamais inaccessibles pour son compère...Bien sûr on a le droit de fustiger le ruminant...c'est humain...le casse-couilles ça insupporte...On peut même lui reprocher de n'avoir rien entendu à son Désir, ou d'y résister...on pourrait même, d'un doigt accusateur et Nietzschéen lui sommer de "devenir ce qu'il est"...à moins que l'on se souvienne, pour soi-même, de ce qu'il en coûte d'y parvenir, d'autant plus que souvent, en savoir quelque chose n'y suffit pas...Ceci étant, rien ne dit qu'il faille supporter ses aigreurs...personne (sauf celui qui en jouit) n'a "vocation" à
se faire poubelle des humeurs de l'autre...(mais là on ouvre une porte qui va bien vite me conduire à interpeller sévèrement une certaine littérature obèse de son succés et ça risque de grincer dans la chaumière )
'jour Franswa, 'jour Sophie /)
sophiek   |2007-02-23 12:17:17
avatar 'jour FOL ! Welcome back !
tsquaron   |2007-02-23 12:25:08
p't'être en fait que comme il y a chez les flics ce binôme oximoronique (et oui ! moi aussi je suis un néologismeur impénitent) du gentil et du méchant poulet, il doit y avoir cette nécessaire symbiose discordante du bon et du mauvais barman… histoire de fidéliser tant les piliers de comptoir propices à tomber dans la fascination du « bon », que les piliers de comptoirs qui sont potentiellement capable de s’enliser dans une sorte de syndrome de Stockholm éthylique – piliers qui gardent en surface leur pesant de hargne, mais qui dans les tréfonds de leur âme (Ô vous, comme un qui boite au loin, Chagrins et Joies, / Toi, coeur saignant d'hier qui flambes aujourd'hui, / C'est vrai pourtant que c'est fini, que tout a fui / De nos sens, aussi bien les ombres que les proies… - Verlaine, in Sagesse) se donnent tout entier à l’objet de leur torture (une bière mal servie, aussi plate que Paris Hilton, c’est une forme de torture !)… hum bref… je sais pas si j’ai bien compris… toujours
est-il que pour ma part, je n’ai aucune vocation, si ce n’est à la paresse, mais j’en parlerais un autre jour, parce que là, je suis fatigué…
sophiek   |2007-02-23 13:05:33
avatar Je me suis toujours demandée comment il était possible de décider de son métier, donc de sa vie, dès l'entrée au lycée. Je ne pense pas que l'on puisse avoir suffisamment de bagages intellectuels et culturels à 10 ou 12 ans, et pas assez de données tout court sur soi-même, pour décider aussi tôt des désirs que l'on aura à l'âge adulte. "Connais-toi toi-même" disait Socrate, oui, mais il faut du temps pour l'introspection. On peut deviner assez vite que l'on a un esprit plus ou moins scientifique, plus ou moins littéraire, cela ne nous donne qu'une piste vague. Pour ma part, je n'ai pas choisi mon métier par vocation, au sens où on l'entend pour un prêtre ou un médecin. A 24 ans, j'hésitais toujours entre plusieurs possibilités. Certaines m'étaient fermées pour cause d'erreurs de choix dans mon cursus scolaire, d'ailleurs. Pour l'archéologie, par exemple, qui m'intéressait alors, je n'avais pas fait suffisamment d'études, ne serait-ce que l'apprentissage du Grec
ancien... J'ai donc procédé par analyse, en essayant de trouver un lien commun à tout ce qui me passionnait. Je vous passe les détails (sauf si vous me demandez d'y revenir) mais c'est comme ça que j'ai fini par découvrir mon (mes ?) propre(s) chemin(s).
marie-f   |2007-02-23 13:34:09
Comme quoi la paresse a du bon, elle permet de penser de façon plus détachée, de sortir du cadre de ce qui est dit.

J'avais comme tsquaron pensé à cet équilibre nécessaire. D'abord, un bar, c'est pas un lieu comme les autres, c'est un théâtre, avec un décor, des metteurs en scène, des acteurs, des intermittents, des figurants. C'est un lieu à la fois privé et public. Le client crée tout autant l'atmosphère que le patron ou le barman. Mais c'est quand même un lieu où on boit donc propice à des dérives, à de l'inattendu, voire de l'inespéré, d'où peut-être la nécessité d'un capitaine qui tient fermement la barre. C'est peut-être pas le rôle le plus facile finalement. Après bien sûr il y a la manière de faire qui peut correspondre à une manière d'être, mais c'est ce qui fait aussi que chaque bar est différent d'un autre.
Je connais un restaurant ( bon d'accord, je m'éloigne un peu mais c'est toujours en rapport avec une supposée vocation de "service" dont la
caissière est proprement désagréable, diva qui n'en a ni les moyens, ni le talent, elle a posé une fois pour toute sur son visage disgracieux une gueule de merde immuable; pour sa part, le serveur, il n'y en a qu'un, vous sert quand il en a envie, vous balance les plats sur la table, ne sourit jamais non plus et grogne plutôt qu'il ne parle et ce, quand il y est vraiment obligé. Eh bien, cette situation amuse tout le monde, on peut pas croire que ce soit possible une telle grossièreté, un vrai spectacle, on en redemande. Et l'endroit ne désemplit pas.
franck-olivier     |2007-02-23 15:43:41
merci Sophie

Le bon et le méchant...on pourra toujours appeler ça du comique de situation...la patronne d'une des plus fameuse pâtisserie parisienne est une hyiène fulminante...les clients s'en amusent et en redemandent...mais ceci ne résoud en rien la question posée par Franswa en premier lieu...En rien ne se dissout le voile qui entoure la "vocation"...cette approche ne tend à résoudre que ce qui peut expliquer que cela fonctionne entre les deux...la manière dont ils y trouvent leur compte, chacun et ensemble pour que continu de tourner leur établissement...La femme-cerbère dont l'ombre plane derrière l'homme-artiste-artisan-politique( pensons à ce commun qui ne se lasse de nous faire dire que derrière tout grand homme il y a une femme...la femme-symptôme et l'homme-ravage...) doit-on pour autant décider une fois pour toute de figer dans le marbre ce couple en assénant que d'expression du Désir suffisante il y aurait, pour l'un, seulement la volonté de servir
et protéger les arrières de l'autre ? pourquoi pas...mais là encore c'est lancer un joli pavé dans la mare du "progrés", de l'égalité, de la parité...etc...tout en continuant d'éluder ce qui fait fond pour chacun des deux personnages ci-dessus présentés...
marie-f   |2007-02-23 16:11:30
Bon d'accord. Faut être patient. Alors... "Savoir ce que l'on est (naît?), ce que l'on veut être, ce que l'on peut être". C'est ça la question de fond?
Savoir ce que l'on est, c'est pas vraiment possible à mon avis, on est nous aussi en perpétuelle gestation, mais on peut effectuer des manoeuvres pour s'en approcher, tenter de connaître ses limites, ses peurs, ses petites lâchetés. Plus que de se connaître, il s'agit de s'accepter. A partir de là,on peut passer à l'étape suivante qui consiste à repousser les limites, voire, si on est vraiment courageux, à les exploser, pour tenter d'être ce qu'on veut être. pas avant, je pense, parce qu'il s'agirait alors plus d'une lutte contre soi-même que d'un dépassement. C'est un peu plus compliqué évidemment parce que ce que l'on veut être fait aussi partie de ce qu'on est. Enfin, ce que l'on peut être me semble un compromis ou une harmonisation entre ce qu'on est et ce que l'on veut être.

Pour la vocation, qui se rattache à
ces trois points, je crois que c'est un peu pareil, elle n'existe pas en soi, c'est une rencontre de dispositions (naturelles et/ou acquises?), d'opportunités, de hasard et de chance. Et aussi de volonté.
Franswa P.   |2007-02-23 16:44:08
Bon, moi, je donne l'impression de fuir le débat juste après l'avoir lancé. Super. Désolé pour ça.
Je savoure en tout cas le niveau des échanges (marie-f, sophiek, tsquaron, FO, mes hommages), et vais essayer de tout bien assimiler dès que j'aurai deux minutes (quelle présomption... mettons, deux heures), pour intervenir sans me prendre trop les pieds dans le tapis.
franck-olivier  - à marie-f     |2007-02-23 17:16:36
l'idée du "vouloir être" achoppe et achoppera toujours sur cet impensable qu'est le Désir...ce qe l'on fait, dans la mesure où l'on cède à ce seul déterminisme véritable qu'est le Désir, ne sera jamais qu'une ou des expressions de celui-ci...c'est ce qui peut être traduit dans le langage courant comme un "effet de vocation"...mais il n'y a pas de déterminisme d'objet...on ne naît pas peintre, écrivain, boucher...etc

la double question du savoir ce que l'on veut/ce que l'on peut quant à elle touche une autre dimension qui est celle de la nécessité de tuer "l'enfant-tyran" qui vit en nous porteur du Désir de la mère...de s'arracher à la gangue étouffante de "l'idéal de soi" pour pouvoir parvenir au "soi idéal" (ce que l'on peut faire de mieux avec soi (ce qui n'est déjà pas si mal...bien mieux que de ne cesser de rêver sans jamais passer à l'acte de peur de briser ce fantasme de "l'idéal de soi"...)

Mais, et je reviens à mon
premier commentaire, celui qui fait ou a fait ce chemin sait ce qu'il en coûte, le prix qu'il faut payer pour y parvenir...pire, que le meurtre du "petit tyran" est toujours à recommencer...qu'on en finit jamais...seulement à l'issue de la vie, la seule fin qui puisse être effectivement définie comme telle...et qui, comme le Désir, parce que tous les deux logés dans le Réel, reste un impensable...Le Désir ça s'interroge a posteriori...de même qu'on ne philosophe qu'après coup disait Arendt...Ce qui pour conclure revient à ceci: de ce que "Je" veux, je n'en sais rien, mais ça ne m'empêche pas d'y céder, pour le plus grand bien de chac'un (même si Je n'est pas tout à fait un autre...)
sophiek   |2007-02-23 17:57:32
avatar Comme je l'expliquais à Franswa pas plus tard qu'hier, j'essaye ces temps-ci de comprendre Lacan, et je t'avoue, cher FOL, qu'au contraire de toi qui l'a véritablement étudié (je retrouve sa terminologie dans ce que tu écris), je suis très gênée dans ma pensée par mes lacunes dans la compréhension de son vocabulaire. Qu'est-ce que "l'enfant-tyran", par exemple (avec ma culture BD et ma façon de penser "en images", je visualise un alien avec une grande bouche pleine de dents...) ? Est-il à rapprocher de l'Oedipe de Freud, ou au contraire est-ce simplement la projection que nos parents ont fait sur nous pour réaliser, par vie interposée, les rêves qu'ils n'ont pas, eux, atteints ?
sophiek   |2007-02-23 18:05:22
avatar (Si ça se trouve, c'est ni l'un ni l'autre...) :p
tsquaron   |2007-02-23 19:57:46
Bien vu Sophie ! me disais bien qu\'il y avait du lacanisme dans les propos de FO... et bien FO, chapeau, Lacan, c’est copieux... du temps où je faisais des études en psychologie (sans blague, j\'en ai fait, mais oui, mais oui, je suis un dingue…) Lacan m\'apparaissait comme le plus obscur des imposteurs en cette basse terre... d’autant plus lorsqu’il se revendiqua d’être le seul lecteur valable de ce pervers polymorphe de Freud… bon ceci dit ses cours (qui m\'ont été refourgués par un type qui y avait assisté, avait enregistré le tout, et retranscrit tant bien que mal l\'affaire – je ferais bien une comparaison avec les cours de linguistique générale de Saussure pour tempérer le truc, mais j’ai pas le courage…), bref ses cours sur l\'angoisse m\'ont vraiment sacrement foutu la pétoche... j\'en ai chié, et des biens molles, je peux vous le dire (mais pas faire de dessin, parce que je ne sais pas dessiner, et que du reste ce ne serait pas très
joli joli)... en particulier la veille des examens… mais soit, c\'est une autre histoire... je voulais revenir à mon histoire du gentil et du méchant : animus anima typiques d\'un jungisme quotidien très américanisé en ces XX et XXIeme siècle, mais qui restent, mal gré qu’on en ait, envers et contre tout, des fondements essentiels et constitutifs de la personnalité de tout être humain (ah ! que j’aime les poncifs !)… regardez les contes et ce qu’il brassent comme idées dans le genre : d’abord le basique, puis les nuances, la complexité, la densification, que peu à peu ils apportent grâce à leur différents niveaux de lectures, etc. (Sophie et Stéphane doivent en savoir quelque chose ?), mais qui partent sur un schéma de base qui est toujours sensiblement le même : y a des gentils et y a des méchants : blanche neige et la reine (dis moi qui est la plus belle ?, etc.) ((Attention je parle de la version de Grimm pas de ce trou du cul de Walt Disney, hein !)), le chaperon
rouge et le loup, etc. Bref et rebref ce schéma binaire est un fondement, un socle sur lequel peu ou prou on peut ramener pas mal de choses : chacun se positionne par rapport à quelque chose, et cela évolue… je veux dire, en fait, que plutôt que de vocation et de Désir, il faut parler de contingence, et de structuration préemptive… sur lesquelles peuvent naître une volonté, un désir si on veut, d’aboutir à quelque chose…mais sachant que cette fin, ou plutôt cette faim, une fois assouvie, donc sans objet, cherchera d’autres béquilles, d’autres désirs sur lesquels repartir… mais ce n’est pas une nécessité… on peut vivre sans désir… sans frustration… être juste un con de barman… bon, je dis n’importe quoi là… vais boire un coup… santé !
marie-f   |2007-02-23 19:58:36
Si j'ai tout bien compris, le désir, moteur de mes actions, et peut-être bien même de mes désirs, allez savoir, le désir que je ne peux saisir qu'après coup, à partir de ses conséquences et des actions qu'il a induites (c'est pas pratique quand même ce fonctionnement), ce désir donc serait responsable de mon vouloir être, par voie de conséquence de l'idéal de moi que je nourris bêtement et qui m'empêche d'atteindre mon moi idéal. Seulement voilà, pour atteindre mon moi idéal, je dois supprimer mon idéal de moi et je ne peux le faire qu'en cédant à un désir que je méconnais et qui a lui-même engendré cet idéal de moi!
Mon moi idéal me semble bien lointain tout à coup.
sophiek   |2007-02-23 20:31:54
avatar J'ai un peu compris que pour Lacan, le Réel est un ensemble de choses que l'esprit ne peut appréhender en totalité. Donc le Désir en est faussé... C'est ça, FOL ?
Corrige-moi, je dois me gourrer.
marie-f   |2007-02-23 20:49:29
L'illusion du réel? C'est un concept que j'aime beaucoup.
franck-olivier     |2007-02-23 22:29:33
s'cusez mais je suis pas encore tout à fait rentré de vacances, moi, pour tout vous dire...eh eh...bon...(je me râcle la gorge là, au cas ou ça ne s'entendrait pas, hein ?)
Sophie et Tsquaron...Lacan, je ne suis pas certain qu'il puisse être aborder sans analyse...en tout cas c'est mon chemin...lorsqu'il arrivait que Françoise Dolto lui dise :"Jacques, je ne comprends rien à ce que vous racontez..." Lacan lui répondait qu'elle faisait...ce qui révèle la part d'obscurité qui entoure son enseignement...aujourd'hui encore...beaucoup de ceux qui eurent la chance d'assister à ses séminaires disaient, Lacan, ça parle à l'inconscient...ce qui était une manière de dire qu'ils n'avaient pas tout compris...Jusqu'au jour où J.A Miller s'y colla, assénant du haut de ses vingt et quelques années que si, le Lacan ça se traduit...il devrait terminer la publication des séminaires vers 2011...il y est depuis 1981...une paille, donc...Bref...que Lacan soit difficile d'accès est un
euphémisme, pas de doute sur le sujet...il n'empêche que...les seuls endroits dans le monde où la psychanalyse continue d'exister et d'oeuvrer véritablement sont ceux où quelque chose de ce que Lacan a produit est entendu...dont acte...ailleurs au mieux elle s'enlise, au pire elle cède ce qui la fait si particulière pour s'amménager une niche parmis les pratiques comportementalistes et cognitives...les premières marches vers le dressage de l'humain à la manière du chien de Pavlov...
effectivement, il y a un lien à faire avec la linguistique, et la littérature...rien de ce qui touche aux sciences humaines n'est étranger à cette psychanalyse-là...peut-être même que l'un des derniers bastions où la littérature n'est pas mis à mal par l'air du temps c'est bien là, dans cette niche lacanienne...qui sait ?

(oups...parti comme c'est parti je vais en mettre des kilomètres...)
revenons au concret...Sophie cette notion "d'enfant-tyran ou d'enfant-roi" c'est à Serge
Leclaire qu'on la doit dans cet ouvrage: "On tue un enfant" collect; point Seuil...et il est effectivement le représentant des désirs de la mère...ce que nous portons d'elle, se lègue qui nous plombe, et dont il faut sans cesse re-faire le deuil pour pouvoir vivre...re-commettre le meurtre serait plus juste...avec toute la délicatesse que cela engendre lorsqu'on imagine deux secondes ce qu'il peut y avoir de confusion chez un individu qui souffre et s'amalgame à cet enfant fantasmatique...de la possibilité de se supprimer en pensant le supprimer lui...Pour le Désir...humpf...c'est un peu ça...s'il y a un lieu impensable, c'est le Réel, là où se loge, le Désir, la mort(la notre) et le roc de la castration...soit que le Désir qui nous anime est un inommable..;ce que l'on en perçoit ça n'est jamais que des expressions, lui dans sa totalité, nous échappe...mais on peut en lire quelque chose a postériori, sans pour autant que cela nous donne la possibilité de le nommé,
mais tout au moins de le re-connaitre, et donc de l'accepter...pour faire simple (mouarf) je vous raconte une anecdote...l'histoire d'un type qui va passer sa vie entière à tenter de prendre l'ascenseur social que symbolisait encore l'école républicaine...il enchaîne, année après année les diplômes...pour finir bac plus 17 si mes souvenirs sont bons...sans pour autant y trouver son compte...il avait poursuivi le chemin qui, pensait-il, le mènerait le plus loin possible de son père et de son grand-père, et arrière-grand-père etc etc...pour finir, un jour sur un divan, par comprendre qu'on pouvait exister dans son propre désir, même si celui-ci paraissait, en partie, celui d'un ou plusieurs autres...il a rangé ses crayons, ses livres et ses cahiers pour faire comme tous les hommes de sa famille depuis 7 ou 8 générations, forgerons...si l'expression de son désir coincidait avec celle de son ascendant, en rien, son Désir ne pouvait être celui d'un autre...sauf qu'à confondre les
deux il avait fini par fuir inlassablement...jusqu'à épuisement...et là c'est une anecdote qui se termine bien...
ps: Marie-f j'epère que ça aura répondu un peu à ton interrogation...
sophiek   |2007-02-23 23:03:28
avatar Merci FOL ! On te donne du boulot, hein ? Ha ha !
franck-olivier     |2007-02-23 23:36:18
non, c'est que je ne suis pas tout à fait redescendu de mes nuages...suis un peu lent à la réaction en fait...
Franswa P.   |2007-02-24 00:30:04
avatar Oui, bon, il me faut attendre que minuit sonne un vendredi soir pour enfin pouvoir tout (re)lire, essayer d'entrevoir ce que les gens disent, et me demander ce que tout cela m'évoque.
Déjà, bon, je l'ai déjà dit, chapeau bas, chapeau bablabla, on peut pas vraiment dire qu'il n'y ait pas de matière, là dedans. Trop, sans doute, pour mon pauvre, donc me voilà bien contraint d'écarter certains pans. Notamment le débat lacan-jung-saussurisme, parce que je n'ai jamais été réellement compétent en philo-psycho-linguistique, donc bon, je vais même pas essayer de jouer dans la cour de grands.
Ensuite, l'échange Lacan (encore ?) contre Freud, parce que là encore, et plus encore, j'ai toujours été super circonspect par rapport à ma faculté d'imprégnation par rapport à ces deux là. Je ne sais pas, je dois être complètement con ou complètement dangereux, et à vrai dire, je n'ai pas vraiment choisi.
Je ne vais rebondir que sur trois concepts développés par trois émetteurs différents,
soit :

- Tsquaron et le jeu binomial. Là dessus, je trouve la remarque d'autant plus pertinente qu'elle ne m'avait pas du tout traversé l'esprit et que, qui plus est, elle est discutable dans le sens noble (?!) du terme, ce que marie-f a déjà fait (en discuter, ndlr). Bien sûr, et c'est l'origine, j'avais oublié de relever le potentiel interactionnel de l'échange des deux, de l'image refletée par les deux à leurs yeux propres et à leurs yeux mutuels. Bien sûr que ça joue, bien sûr, mais plus dans le sens d'une exacerbation de ce qui existe déjà que dans celui d'un positionnement ex nihilo de chacun des deux acteurs.

- Marie-f et le bar comme théâtre. Bien sûr. Les fameux pouvoirs magiques dont je parle, et qui ne trompent personne à part ceux qui viennent sur place avant tout pour être trompés, voire pour se tromper eux-mêmes, en sont un parfait exemple, puisque le barman les perd aussitôt qu'il sort du cercle mystique tracé par les murs qui l'entourent. Côté cour ou
côté jardin.

- FO et le Désir. Là aussi, rien à dire, le truc me travaille non-stop depuis ce matin. Ce décalage entre ce qu'on désire et ce qui est joue, là aussi, à plein régime dans la conception de ce que l'on est (naît ? - tribute marie-f).

Mais c'est marrant, parce que cette question de la vocation en était évidemment une soulevée par cette coquille vide de texte, vide non pas parce qu'elle est vaine (je l'espère), mais parce qu'elle n'impose pas une thèse donnée, là encore, et qu'elle ouvre le débat. La preuve, d'ailleurs, on a parlé de Freud, du Désir, de la dualité, de l'interaction, du devenir et du se-concevoir, donc franchement, je peux pas me plaindre.
Mais il y avait aussi celle, plus confusément exprimée, sans doute (quoique éponyme), du pouvoir en tant que ressenti et du pouvoir en tant que puissance exploitée ou non. Mais bon, je veux pas en remettre une nouvelle couche.

Pour tout vous dire, je suis soufflé. Dans le sens noble du terme, là encore.
Et disons qu'être soufflé au sens noble, c'est être plié et admiratif, un truc bête dans le genre - je n'ai vraiment AUCUNE envie de développer ça, en revanche...
sophiek   |2007-02-24 00:41:33
avatar Pour rajouter une cuiller à ta louche, je peux te trouver un truc de Lao-Tseu à propos du pouvoir... Attends... "Qui s'affirme ne s'imposera pas" ? Ou : "qui se diminue grandira ; qui se grandit diminuera" ? hum.
sophiek   |2007-02-24 11:01:28
avatar Tiens, à propos de Lao-Tseu : pour ceux que "le Vieux" intéresse, la meilleure traduction existante (à mon avis) du Tao-Tö King est celle de Liou Kia-hway, dans la collection "Connaissance de L'Orient" (n° 42, 2003) chez Gallimard.
franck-olivier     |2007-02-24 11:43:01
hé hé, tu crois qu'il est raisonnable de ré-attaquer Franswa de si bonne heure ?
sophiek   |2007-02-24 12:25:10
avatar (Nan, t'as raison, il doit encore dormir, à c't'heure...)
:zzz
yannick b   |2007-02-25 15:02:09
histoire d'emberlificoter un peu plus les " choses " ( qui seraient à définir, ces fameuses " choses " ), on pourrait dire que la nouvelle complexité du monde ( extérieur et intérieur ) commence au début du XXième siécle avec la découverte de la mécanique quantique qui est " une crise des mots ".
Dans ce que j'appellerais les " Etats du monde ", je distinguerais ( je vais faire vite et sommaire ):
Le Concret, qui est le plus grand dénominateur commun des hommes des pays " riches ", à savoir la colonisation des esprits par la consommation.
Le Réel, compris comme tout ce qui agit ( ex: Dieu n'a pas besoin d'exister pour avoir des effets ). L'inconscient est réel. De la psychanalyse, j'adopte l'aphorisme d'Adorno: « rien n'est vrai que ses exagérations ».
La Réalité Réelle, empruntée au romancier noir Joseph Wambaugh, et rattachée à la douleur, car: « Rien n'est plus réel que la douleur ».
Les Réalités, qui sont une configuration de
" possibles ", existant avec une certaine amplitude, repérée par une " couleur " ( Nabokov emploie ce mot pour qualifier l'originalité d'un écrivain ).
( Les tueurs en série évoluent dans un monde " quantique " différent. )
Et puis la Réalité Imaginale ou Imaginâme, celle de la vision de l'artiste. Il essaie de voir plus d'une couleur, de balader sa torche lumineuse intérieure dans la boîte de l'espace-temps, d'éclairer les zones restées dans l'ombre, de proposer de nouvelles perspectives, comme l'écrivain irlandais Flann O'Brien qui écrivait dans " Swim-Two Birds ":
" - Les gens qui passent la plupart de leur vie siur leur bicyclette échangent avec elle des atomes et voient leur personnalité confondue avec elle. Le facteur a peut-être un " taux de 23% ".
- Il est 23% bicyclette?
- Oui. "

Tout ces détours pour recauser littérature?
Ben, oui...
franck-olivier   |2007-02-26 15:46:28
Yannick, juste pour toi

Psychanalyste, directeur de la revue « il particolare », Hervé Castanet est aussi un essayiste qui aide à penser la création littéraire. Approches de son travail.

Affirmons une thèse : l’écriture est un traitement du réel - entendu ici comme l’exclu défini du sens, comme ce qui se rencontre comme inassimilable. Le réel, c’est l’impossible, dira Lacan à la fin de son enseignement. Pour tirer des conséquences de son affirmation, il en sera quitte pour repenser des pans entiers de ses concepts et reconstruire sa théorie.
Comment entendre cette référence au réel qui ne se réduit pas aux formes concrètes de la réalité (biographique ou autre) ? Le concept de style ouvre une voie. N’est-ce pas là un concept vieillot, peu heuristique, vite réduit à la stylistique et à ses méthodes techniques ? Sortons le style de la stylistique et posons ceci : Le style - d’un écrivain, d’un poète, d’un peintre mais aussi d’un théoricien- est inséparable d’un point
spécifié de réel - soit ce qui échappe à toute prise du mot, de l’image, de la représentation ou du concept. Précisément, la fonction (et l’usage) du mot, de l’image, de la représentation, du concept est, non point de réduire ce réel, mais de l’épurer, de le mettre aux commandes de l’acte - de l’acte d’écriture, de poésie ou de création d’images. Ce réel est cause. [...]
Aussi, l’auteur, qu’un nom propre désigne, est moins la cause que l’effet de son oeuvre. Une telle formulation sort le rapport auteur-oeuvre de l’idéalisme causal qui souvent se retrouve encore ici ou là.

Hervé Castanet, introduction à Le choix de l’écriture,
Himeros/La Rumeur des Âges, 2004
sophiek   |2007-02-23 09:10:50
avatar A ton avis, est-ce que le type qui s'est adapté très vite à son travail de barman ne se serait pas adapté aussi vite à un autre boulot ? Et inversement, son copain n'aurait-il pas les mêmes difficultés dans un autre job ? Autrement dit, est-ce que tout cela n'est pas une question, avant tout, de désir d'implication (quoi que l'on fasse), donc de tempérament et de personnalité ?
Franswa P.   |2007-02-23 11:14:30
Ben précisément, je n'en sais rien. Je me pose la question. C'est donc complètement ouvert. D'une certain façon, ce "texte" est complètement ouvert, il ne pose que quelques pistes - et en aucun cas n'impose, donc, une thèse monolithique.
Là encore, est-ce que tout est lié au fonctionnement donné et uniforme d'une personne par rapport à l'ensemble des choses qu'il a devant lui, ou bien existe-t-il précisément des ilots, des "niches", des interactions quasi-magiques, des choses comme ça.
En gros, la vocation existe-t-elle ? Vraiment, je veux dire. Le concept même est-il vide ou plein ? La notion de vocation recouvre-t-elle une autopersuasion salutaire, pour la survie sociale* (c'est à dire une supercherie librement vendue à soi-même : "je suis médecin, ou barman, ou écrivain, voire même un mix, c'est moi, je suis comme ça - ah bon ? Première nouvelle" ou une réalité tangible ?
Ce n'est pas la question finale du texte, mais il me semble assez clair
que la question finale ne peut même pas être abordée si on fait l'impasse là-dessus, tu as raison.
Et... euh... Désolé, là, je crois qu'on ne peut pas être plus confus dans sa réflexion. Il faut que je prenne des vacances.

Question subsidiaire : suis-je en train, présentement, d'empapaouter les mouches ? C'est bien possible aussi. Je présente mes excuses à l'hypothétique lecteur si c'est l'impression que le texte lui donne.

* "survie sociale" - non, non, ça n'est pas du tout grandiloquent comme expression, non...
franck-olivier     |2007-02-23 11:51:45
Meuh non, tu n'empapaoutes pas les mouches Franswa...la question que tu poses, dans le fond, est celle du Désir...de ce seul déterminisme à l'oeuvre dans la vie des hommes...Le Désir, ça ne s'interroge pas, ou plus exactement ça ne se circonscrit pas à l'objet ou les objets dont on peut user lorsque l'on y cède...soit qu'on ne pourrait pas réduire le Désir de ton barman à cette seule fonction...son Désir n'est pas d'être barman, mais cette fonction y fait écho...d'où ce senti-ment qu'il est comme un poisson dans l'eau, que cela pourrait peut-être relever de la "vocation"...Pour l'autre, il semble qu'on ait à faire avec un type qui cherche la maitrise, qui peut-être même s'est laissé emporté par le Désir de l'autre, dans cette idée qu'après tout, entre ça ou autre chose, ça n'est pas plus mal...pourtant, après quelques temps "d'usage", il touche aux limites de cette décision, à la frustration de ne pouvoir en tirer un "plus-de-jouir" comme on tire une
"plus-value" de la rencontre d'un matériau et d'une force de travail...il est donc, jour après jour, confronté à cette frustration à laquelle se sur-ajoutent toutes les contingences pesantes d'une vie professionnelle...là où l'autre, même s'il doit, de la même manière y faire face, en supporte mieux les pesanteurs puisqu'au final, il en tire, pour lui-même "les marrons du feu" à jamais inaccessibles pour son compère...Bien sûr on a le droit de fustiger le ruminant...c'est humain...le casse-couilles ça insupporte...On peut même lui reprocher de n'avoir rien entendu à son Désir, ou d'y résister...on pourrait même, d'un doigt accusateur et Nietzschéen lui sommer de "devenir ce qu'il est"...à moins que l'on se souvienne, pour soi-même, de ce qu'il en coûte d'y parvenir, d'autant plus que souvent, en savoir quelque chose n'y suffit pas...Ceci étant, rien ne dit qu'il faille supporter ses aigreurs...personne (sauf celui qui en jouit) n'a "vocation" à
se faire poubelle des humeurs de l'autre...(mais là on ouvre une porte qui va bien vite me conduire à interpeller sévèrement une certaine littérature obèse de son succés et ça risque de grincer dans la chaumière )
'jour Franswa, 'jour Sophie /)
sophiek   |2007-02-23 12:17:17
avatar 'jour FOL ! Welcome back !
tsquaron   |2007-02-23 12:25:08
p't'être en fait que comme il y a chez les flics ce binôme oximoronique (et oui ! moi aussi je suis un néologismeur impénitent) du gentil et du méchant poulet, il doit y avoir cette nécessaire symbiose discordante du bon et du mauvais barman… histoire de fidéliser tant les piliers de comptoir propices à tomber dans la fascination du « bon », que les piliers de comptoirs qui sont potentiellement capable de s’enliser dans une sorte de syndrome de Stockholm éthylique – piliers qui gardent en surface leur pesant de hargne, mais qui dans les tréfonds de leur âme (Ô vous, comme un qui boite au loin, Chagrins et Joies, / Toi, coeur saignant d'hier qui flambes aujourd'hui, / C'est vrai pourtant que c'est fini, que tout a fui / De nos sens, aussi bien les ombres que les proies… - Verlaine, in Sagesse) se donnent tout entier à l’objet de leur torture (une bière mal servie, aussi plate que Paris Hilton, c’est une forme de torture !)… hum bref… je sais pas si j’ai bien compris… toujours
est-il que pour ma part, je n’ai aucune vocation, si ce n’est à la paresse, mais j’en parlerais un autre jour, parce que là, je suis fatigué…
sophiek   |2007-02-23 13:05:33
avatar Je me suis toujours demandée comment il était possible de décider de son métier, donc de sa vie, dès l'entrée au lycée. Je ne pense pas que l'on puisse avoir suffisamment de bagages intellectuels et culturels à 10 ou 12 ans, et pas assez de données tout court sur soi-même, pour décider aussi tôt des désirs que l'on aura à l'âge adulte. "Connais-toi toi-même" disait Socrate, oui, mais il faut du temps pour l'introspection. On peut deviner assez vite que l'on a un esprit plus ou moins scientifique, plus ou moins littéraire, cela ne nous donne qu'une piste vague. Pour ma part, je n'ai pas choisi mon métier par vocation, au sens où on l'entend pour un prêtre ou un médecin. A 24 ans, j'hésitais toujours entre plusieurs possibilités. Certaines m'étaient fermées pour cause d'erreurs de choix dans mon cursus scolaire, d'ailleurs. Pour l'archéologie, par exemple, qui m'intéressait alors, je n'avais pas fait suffisamment d'études, ne serait-ce que l'apprentissage du Grec
ancien... J'ai donc procédé par analyse, en essayant de trouver un lien commun à tout ce qui me passionnait. Je vous passe les détails (sauf si vous me demandez d'y revenir) mais c'est comme ça que j'ai fini par découvrir mon (mes ?) propre(s) chemin(s).
marie-f   |2007-02-23 13:34:09
Comme quoi la paresse a du bon, elle permet de penser de façon plus détachée, de sortir du cadre de ce qui est dit.

J'avais comme tsquaron pensé à cet équilibre nécessaire. D'abord, un bar, c'est pas un lieu comme les autres, c'est un théâtre, avec un décor, des metteurs en scène, des acteurs, des intermittents, des figurants. C'est un lieu à la fois privé et public. Le client crée tout autant l'atmosphère que le patron ou le barman. Mais c'est quand même un lieu où on boit donc propice à des dérives, à de l'inattendu, voire de l'inespéré, d'où peut-être la nécessité d'un capitaine qui tient fermement la barre. C'est peut-être pas le rôle le plus facile finalement. Après bien sûr il y a la manière de faire qui peut correspondre à une manière d'être, mais c'est ce qui fait aussi que chaque bar est différent d'un autre.
Je connais un restaurant ( bon d'accord, je m'éloigne un peu mais c'est toujours en rapport avec une supposée vocation de "service" dont la
caissière est proprement désagréable, diva qui n'en a ni les moyens, ni le talent, elle a posé une fois pour toute sur son visage disgracieux une gueule de merde immuable; pour sa part, le serveur, il n'y en a qu'un, vous sert quand il en a envie, vous balance les plats sur la table, ne sourit jamais non plus et grogne plutôt qu'il ne parle et ce, quand il y est vraiment obligé. Eh bien, cette situation amuse tout le monde, on peut pas croire que ce soit possible une telle grossièreté, un vrai spectacle, on en redemande. Et l'endroit ne désemplit pas.
franck-olivier     |2007-02-23 15:43:41
merci Sophie

Le bon et le méchant...on pourra toujours appeler ça du comique de situation...la patronne d'une des plus fameuse pâtisserie parisienne est une hyiène fulminante...les clients s'en amusent et en redemandent...mais ceci ne résoud en rien la question posée par Franswa en premier lieu...En rien ne se dissout le voile qui entoure la "vocation"...cette approche ne tend à résoudre que ce qui peut expliquer que cela fonctionne entre les deux...la manière dont ils y trouvent leur compte, chacun et ensemble pour que continu de tourner leur établissement...La femme-cerbère dont l'ombre plane derrière l'homme-artiste-artisan-politique( pensons à ce commun qui ne se lasse de nous faire dire que derrière tout grand homme il y a une femme...la femme-symptôme et l'homme-ravage...) doit-on pour autant décider une fois pour toute de figer dans le marbre ce couple en assénant que d'expression du Désir suffisante il y aurait, pour l'un, seulement la volonté de servir
et protéger les arrières de l'autre ? pourquoi pas...mais là encore c'est lancer un joli pavé dans la mare du "progrés", de l'égalité, de la parité...etc...tout en continuant d'éluder ce qui fait fond pour chacun des deux personnages ci-dessus présentés...
marie-f   |2007-02-23 16:11:30
Bon d'accord. Faut être patient. Alors... "Savoir ce que l'on est (naît?), ce que l'on veut être, ce que l'on peut être". C'est ça la question de fond?
Savoir ce que l'on est, c'est pas vraiment possible à mon avis, on est nous aussi en perpétuelle gestation, mais on peut effectuer des manoeuvres pour s'en approcher, tenter de connaître ses limites, ses peurs, ses petites lâchetés. Plus que de se connaître, il s'agit de s'accepter. A partir de là,on peut passer à l'étape suivante qui consiste à repousser les limites, voire, si on est vraiment courageux, à les exploser, pour tenter d'être ce qu'on veut être. pas avant, je pense, parce qu'il s'agirait alors plus d'une lutte contre soi-même que d'un dépassement. C'est un peu plus compliqué évidemment parce que ce que l'on veut être fait aussi partie de ce qu'on est. Enfin, ce que l'on peut être me semble un compromis ou une harmonisation entre ce qu'on est et ce que l'on veut être.

Pour la vocation, qui se rattache à
ces trois points, je crois que c'est un peu pareil, elle n'existe pas en soi, c'est une rencontre de dispositions (naturelles et/ou acquises?), d'opportunités, de hasard et de chance. Et aussi de volonté.
Franswa P.   |2007-02-23 16:44:08
Bon, moi, je donne l'impression de fuir le débat juste après l'avoir lancé. Super. Désolé pour ça.
Je savoure en tout cas le niveau des échanges (marie-f, sophiek, tsquaron, FO, mes hommages), et vais essayer de tout bien assimiler dès que j'aurai deux minutes (quelle présomption... mettons, deux heures), pour intervenir sans me prendre trop les pieds dans le tapis.
franck-olivier  - à marie-f     |2007-02-23 17:16:36
l'idée du "vouloir être" achoppe et achoppera toujours sur cet impensable qu'est le Désir...ce qe l'on fait, dans la mesure où l'on cède à ce seul déterminisme véritable qu'est le Désir, ne sera jamais qu'une ou des expressions de celui-ci...c'est ce qui peut être traduit dans le langage courant comme un "effet de vocation"...mais il n'y a pas de déterminisme d'objet...on ne naît pas peintre, écrivain, boucher...etc

la double question du savoir ce que l'on veut/ce que l'on peut quant à elle touche une autre dimension qui est celle de la nécessité de tuer "l'enfant-tyran" qui vit en nous porteur du Désir de la mère...de s'arracher à la gangue étouffante de "l'idéal de soi" pour pouvoir parvenir au "soi idéal" (ce que l'on peut faire de mieux avec soi (ce qui n'est déjà pas si mal...bien mieux que de ne cesser de rêver sans jamais passer à l'acte de peur de briser ce fantasme de "l'idéal de soi"...)

Mais, et je reviens à mon
premier commentaire, celui qui fait ou a fait ce chemin sait ce qu'il en coûte, le prix qu'il faut payer pour y parvenir...pire, que le meurtre du "petit tyran" est toujours à recommencer...qu'on en finit jamais...seulement à l'issue de la vie, la seule fin qui puisse être effectivement définie comme telle...et qui, comme le Désir, parce que tous les deux logés dans le Réel, reste un impensable...Le Désir ça s'interroge a posteriori...de même qu'on ne philosophe qu'après coup disait Arendt...Ce qui pour conclure revient à ceci: de ce que "Je" veux, je n'en sais rien, mais ça ne m'empêche pas d'y céder, pour le plus grand bien de chac'un (même si Je n'est pas tout à fait un autre...)
sophiek   |2007-02-23 17:57:32
avatar Comme je l'expliquais à Franswa pas plus tard qu'hier, j'essaye ces temps-ci de comprendre Lacan, et je t'avoue, cher FOL, qu'au contraire de toi qui l'a véritablement étudié (je retrouve sa terminologie dans ce que tu écris), je suis très gênée dans ma pensée par mes lacunes dans la compréhension de son vocabulaire. Qu'est-ce que "l'enfant-tyran", par exemple (avec ma culture BD et ma façon de penser "en images", je visualise un alien avec une grande bouche pleine de dents...) ? Est-il à rapprocher de l'Oedipe de Freud, ou au contraire est-ce simplement la projection que nos parents ont fait sur nous pour réaliser, par vie interposée, les rêves qu'ils n'ont pas, eux, atteints ?
sophiek   |2007-02-23 18:05:22
avatar (Si ça se trouve, c'est ni l'un ni l'autre...) :p
tsquaron   |2007-02-23 19:57:46
Bien vu Sophie ! me disais bien qu\'il y avait du lacanisme dans les propos de FO... et bien FO, chapeau, Lacan, c’est copieux... du temps où je faisais des études en psychologie (sans blague, j\'en ai fait, mais oui, mais oui, je suis un dingue…) Lacan m\'apparaissait comme le plus obscur des imposteurs en cette basse terre... d’autant plus lorsqu’il se revendiqua d’être le seul lecteur valable de ce pervers polymorphe de Freud… bon ceci dit ses cours (qui m\'ont été refourgués par un type qui y avait assisté, avait enregistré le tout, et retranscrit tant bien que mal l\'affaire – je ferais bien une comparaison avec les cours de linguistique générale de Saussure pour tempérer le truc, mais j’ai pas le courage…), bref ses cours sur l\'angoisse m\'ont vraiment sacrement foutu la pétoche... j\'en ai chié, et des biens molles, je peux vous le dire (mais pas faire de dessin, parce que je ne sais pas dessiner, et que du reste ce ne serait pas très
joli joli)... en particulier la veille des examens… mais soit, c\'est une autre histoire... je voulais revenir à mon histoire du gentil et du méchant : animus anima typiques d\'un jungisme quotidien très américanisé en ces XX et XXIeme siècle, mais qui restent, mal gré qu’on en ait, envers et contre tout, des fondements essentiels et constitutifs de la personnalité de tout être humain (ah ! que j’aime les poncifs !)… regardez les contes et ce qu’il brassent comme idées dans le genre : d’abord le basique, puis les nuances, la complexité, la densification, que peu à peu ils apportent grâce à leur différents niveaux de lectures, etc. (Sophie et Stéphane doivent en savoir quelque chose ?), mais qui partent sur un schéma de base qui est toujours sensiblement le même : y a des gentils et y a des méchants : blanche neige et la reine (dis moi qui est la plus belle ?, etc.) ((Attention je parle de la version de Grimm pas de ce trou du cul de Walt Disney, hein !)), le chaperon
rouge et le loup, etc. Bref et rebref ce schéma binaire est un fondement, un socle sur lequel peu ou prou on peut ramener pas mal de choses : chacun se positionne par rapport à quelque chose, et cela évolue… je veux dire, en fait, que plutôt que de vocation et de Désir, il faut parler de contingence, et de structuration préemptive… sur lesquelles peuvent naître une volonté, un désir si on veut, d’aboutir à quelque chose…mais sachant que cette fin, ou plutôt cette faim, une fois assouvie, donc sans objet, cherchera d’autres béquilles, d’autres désirs sur lesquels repartir… mais ce n’est pas une nécessité… on peut vivre sans désir… sans frustration… être juste un con de barman… bon, je dis n’importe quoi là… vais boire un coup… santé !
marie-f   |2007-02-23 19:58:36
Si j'ai tout bien compris, le désir, moteur de mes actions, et peut-être bien même de mes désirs, allez savoir, le désir que je ne peux saisir qu'après coup, à partir de ses conséquences et des actions qu'il a induites (c'est pas pratique quand même ce fonctionnement), ce désir donc serait responsable de mon vouloir être, par voie de conséquence de l'idéal de moi que je nourris bêtement et qui m'empêche d'atteindre mon moi idéal. Seulement voilà, pour atteindre mon moi idéal, je dois supprimer mon idéal de moi et je ne peux le faire qu'en cédant à un désir que je méconnais et qui a lui-même engendré cet idéal de moi!
Mon moi idéal me semble bien lointain tout à coup.
sophiek   |2007-02-23 20:31:54
avatar J'ai un peu compris que pour Lacan, le Réel est un ensemble de choses que l'esprit ne peut appréhender en totalité. Donc le Désir en est faussé... C'est ça, FOL ?
Corrige-moi, je dois me gourrer.
marie-f   |2007-02-23 20:49:29
L'illusion du réel? C'est un concept que j'aime beaucoup.
franck-olivier     |2007-02-23 22:29:33
s'cusez mais je suis pas encore tout à fait rentré de vacances, moi, pour tout vous dire...eh eh...bon...(je me râcle la gorge là, au cas ou ça ne s'entendrait pas, hein ?)
Sophie et Tsquaron...Lacan, je ne suis pas certain qu'il puisse être aborder sans analyse...en tout cas c'est mon chemin...lorsqu'il arrivait que Françoise Dolto lui dise :"Jacques, je ne comprends rien à ce que vous racontez..." Lacan lui répondait qu'elle faisait...ce qui révèle la part d'obscurité qui entoure son enseignement...aujourd'hui encore...beaucoup de ceux qui eurent la chance d'assister à ses séminaires disaient, Lacan, ça parle à l'inconscient...ce qui était une manière de dire qu'ils n'avaient pas tout compris...Jusqu'au jour où J.A Miller s'y colla, assénant du haut de ses vingt et quelques années que si, le Lacan ça se traduit...il devrait terminer la publication des séminaires vers 2011...il y est depuis 1981...une paille, donc...Bref...que Lacan soit difficile d'accès est un
euphémisme, pas de doute sur le sujet...il n'empêche que...les seuls endroits dans le monde où la psychanalyse continue d'exister et d'oeuvrer véritablement sont ceux où quelque chose de ce que Lacan a produit est entendu...dont acte...ailleurs au mieux elle s'enlise, au pire elle cède ce qui la fait si particulière pour s'amménager une niche parmis les pratiques comportementalistes et cognitives...les premières marches vers le dressage de l'humain à la manière du chien de Pavlov...
effectivement, il y a un lien à faire avec la linguistique, et la littérature...rien de ce qui touche aux sciences humaines n'est étranger à cette psychanalyse-là...peut-être même que l'un des derniers bastions où la littérature n'est pas mis à mal par l'air du temps c'est bien là, dans cette niche lacanienne...qui sait ?

(oups...parti comme c'est parti je vais en mettre des kilomètres...)
revenons au concret...Sophie cette notion "d'enfant-tyran ou d'enfant-roi" c'est à Serge
Leclaire qu'on la doit dans cet ouvrage: "On tue un enfant" collect; point Seuil...et il est effectivement le représentant des désirs de la mère...ce que nous portons d'elle, se lègue qui nous plombe, et dont il faut sans cesse re-faire le deuil pour pouvoir vivre...re-commettre le meurtre serait plus juste...avec toute la délicatesse que cela engendre lorsqu'on imagine deux secondes ce qu'il peut y avoir de confusion chez un individu qui souffre et s'amalgame à cet enfant fantasmatique...de la possibilité de se supprimer en pensant le supprimer lui...Pour le Désir...humpf...c'est un peu ça...s'il y a un lieu impensable, c'est le Réel, là où se loge, le Désir, la mort(la notre) et le roc de la castration...soit que le Désir qui nous anime est un inommable..;ce que l'on en perçoit ça n'est jamais que des expressions, lui dans sa totalité, nous échappe...mais on peut en lire quelque chose a postériori, sans pour autant que cela nous donne la possibilité de le nommé,
mais tout au moins de le re-connaitre, et donc de l'accepter...pour faire simple (mouarf) je vous raconte une anecdote...l'histoire d'un type qui va passer sa vie entière à tenter de prendre l'ascenseur social que symbolisait encore l'école républicaine...il enchaîne, année après année les diplômes...pour finir bac plus 17 si mes souvenirs sont bons...sans pour autant y trouver son compte...il avait poursuivi le chemin qui, pensait-il, le mènerait le plus loin possible de son père et de son grand-père, et arrière-grand-père etc etc...pour finir, un jour sur un divan, par comprendre qu'on pouvait exister dans son propre désir, même si celui-ci paraissait, en partie, celui d'un ou plusieurs autres...il a rangé ses crayons, ses livres et ses cahiers pour faire comme tous les hommes de sa famille depuis 7 ou 8 générations, forgerons...si l'expression de son désir coincidait avec celle de son ascendant, en rien, son Désir ne pouvait être celui d'un autre...sauf qu'à confondre les
deux il avait fini par fuir inlassablement...jusqu'à épuisement...et là c'est une anecdote qui se termine bien...
ps: Marie-f j'epère que ça aura répondu un peu à ton interrogation...
sophiek   |2007-02-23 23:03:28
avatar Merci FOL ! On te donne du boulot, hein ? Ha ha !
franck-olivier     |2007-02-23 23:36:18
non, c'est que je ne suis pas tout à fait redescendu de mes nuages...suis un peu lent à la réaction en fait...
Franswa P.   |2007-02-24 00:30:04
avatar Oui, bon, il me faut attendre que minuit sonne un vendredi soir pour enfin pouvoir tout (re)lire, essayer d'entrevoir ce que les gens disent, et me demander ce que tout cela m'évoque.
Déjà, bon, je l'ai déjà dit, chapeau bas, chapeau bablabla, on peut pas vraiment dire qu'il n'y ait pas de matière, là dedans. Trop, sans doute, pour mon pauvre, donc me voilà bien contraint d'écarter certains pans. Notamment le débat lacan-jung-saussurisme, parce que je n'ai jamais été réellement compétent en philo-psycho-linguistique, donc bon, je vais même pas essayer de jouer dans la cour de grands.
Ensuite, l'échange Lacan (encore ?) contre Freud, parce que là encore, et plus encore, j'ai toujours été super circonspect par rapport à ma faculté d'imprégnation par rapport à ces deux là. Je ne sais pas, je dois être complètement con ou complètement dangereux, et à vrai dire, je n'ai pas vraiment choisi.
Je ne vais rebondir que sur trois concepts développés par trois émetteurs différents,
soit :

- Tsquaron et le jeu binomial. Là dessus, je trouve la remarque d'autant plus pertinente qu'elle ne m'avait pas du tout traversé l'esprit et que, qui plus est, elle est discutable dans le sens noble (?!) du terme, ce que marie-f a déjà fait (en discuter, ndlr). Bien sûr, et c'est l'origine, j'avais oublié de relever le potentiel interactionnel de l'échange des deux, de l'image refletée par les deux à leurs yeux propres et à leurs yeux mutuels. Bien sûr que ça joue, bien sûr, mais plus dans le sens d'une exacerbation de ce qui existe déjà que dans celui d'un positionnement ex nihilo de chacun des deux acteurs.

- Marie-f et le bar comme théâtre. Bien sûr. Les fameux pouvoirs magiques dont je parle, et qui ne trompent personne à part ceux qui viennent sur place avant tout pour être trompés, voire pour se tromper eux-mêmes, en sont un parfait exemple, puisque le barman les perd aussitôt qu'il sort du cercle mystique tracé par les murs qui l'entourent. Côté cour ou
côté jardin.

- FO et le Désir. Là aussi, rien à dire, le truc me travaille non-stop depuis ce matin. Ce décalage entre ce qu'on désire et ce qui est joue, là aussi, à plein régime dans la conception de ce que l'on est (naît ? - tribute marie-f).

Mais c'est marrant, parce que cette question de la vocation en était évidemment une soulevée par cette coquille vide de texte, vide non pas parce qu'elle est vaine (je l'espère), mais parce qu'elle n'impose pas une thèse donnée, là encore, et qu'elle ouvre le débat. La preuve, d'ailleurs, on a parlé de Freud, du Désir, de la dualité, de l'interaction, du devenir et du se-concevoir, donc franchement, je peux pas me plaindre.
Mais il y avait aussi celle, plus confusément exprimée, sans doute (quoique éponyme), du pouvoir en tant que ressenti et du pouvoir en tant que puissance exploitée ou non. Mais bon, je veux pas en remettre une nouvelle couche.

Pour tout vous dire, je suis soufflé. Dans le sens noble du terme, là encore.
Et disons qu'être soufflé au sens noble, c'est être plié et admiratif, un truc bête dans le genre - je n'ai vraiment AUCUNE envie de développer ça, en revanche...
sophiek   |2007-02-24 00:41:33
avatar Pour rajouter une cuiller à ta louche, je peux te trouver un truc de Lao-Tseu à propos du pouvoir... Attends... "Qui s'affirme ne s'imposera pas" ? Ou : "qui se diminue grandira ; qui se grandit diminuera" ? hum.
sophiek   |2007-02-24 11:01:28
avatar Tiens, à propos de Lao-Tseu : pour ceux que "le Vieux" intéresse, la meilleure traduction existante (à mon avis) du Tao-Tö King est celle de Liou Kia-hway, dans la collection "Connaissance de L'Orient" (n° 42, 2003) chez Gallimard.
franck-olivier     |2007-02-24 11:43:01
hé hé, tu crois qu'il est raisonnable de ré-attaquer Franswa de si bonne heure ?
sophiek   |2007-02-24 12:25:10
avatar (Nan, t'as raison, il doit encore dormir, à c't'heure...)
:zzz
yannick b   |2007-02-25 15:02:09
histoire d'emberlificoter un peu plus les " choses " ( qui seraient à définir, ces fameuses " choses " ), on pourrait dire que la nouvelle complexité du monde ( extérieur et intérieur ) commence au début du XXième siécle avec la découverte de la mécanique quantique qui est " une crise des mots ".
Dans ce que j'appellerais les " Etats du monde ", je distinguerais ( je vais faire vite et sommaire ):
Le Concret, qui est le plus grand dénominateur commun des hommes des pays " riches ", à savoir la colonisation des esprits par la consommation.
Le Réel, compris comme tout ce qui agit ( ex: Dieu n'a pas besoin d'exister pour avoir des effets ). L'inconscient est réel. De la psychanalyse, j'adopte l'aphorisme d'Adorno: « rien n'est vrai que ses exagérations ».
La Réalité Réelle, empruntée au romancier noir Joseph Wambaugh, et rattachée à la douleur, car: « Rien n'est plus réel que la douleur ».
Les Réalités, qui sont une configuration de
" possibles ", existant avec une certaine amplitude, repérée par une " couleur " ( Nabokov emploie ce mot pour qualifier l'originalité d'un écrivain ).
( Les tueurs en série évoluent dans un monde " quantique " différent. )
Et puis la Réalité Imaginale ou Imaginâme, celle de la vision de l'artiste. Il essaie de voir plus d'une couleur, de balader sa torche lumineuse intérieure dans la boîte de l'espace-temps, d'éclairer les zones restées dans l'ombre, de proposer de nouvelles perspectives, comme l'écrivain irlandais Flann O'Brien qui écrivait dans " Swim-Two Birds ":
" - Les gens qui passent la plupart de leur vie siur leur bicyclette échangent avec elle des atomes et voient leur personnalité confondue avec elle. Le facteur a peut-être un " taux de 23% ".
- Il est 23% bicyclette?
- Oui. "

Tout ces détours pour recauser littérature?
Ben, oui...
franck-olivier   |2007-02-26 15:46:28
Yannick, juste pour toi

Psychanalyste, directeur de la revue « il particolare », Hervé Castanet est aussi un essayiste qui aide à penser la création littéraire. Approches de son travail.

Affirmons une thèse : l’écriture est un traitement du réel - entendu ici comme l’exclu défini du sens, comme ce qui se rencontre comme inassimilable. Le réel, c’est l’impossible, dira Lacan à la fin de son enseignement. Pour tirer des conséquences de son affirmation, il en sera quitte pour repenser des pans entiers de ses concepts et reconstruire sa théorie.
Comment entendre cette référence au réel qui ne se réduit pas aux formes concrètes de la réalité (biographique ou autre) ? Le concept de style ouvre une voie. N’est-ce pas là un concept vieillot, peu heuristique, vite réduit à la stylistique et à ses méthodes techniques ? Sortons le style de la stylistique et posons ceci : Le style - d’un écrivain, d’un poète, d’un peintre mais aussi d’un théoricien- est inséparable d’un point
spécifié de réel - soit ce qui échappe à toute prise du mot, de l’image, de la représentation ou du concept. Précisément, la fonction (et l’usage) du mot, de l’image, de la représentation, du concept est, non point de réduire ce réel, mais de l’épurer, de le mettre aux commandes de l’acte - de l’acte d’écriture, de poésie ou de création d’images. Ce réel est cause. [...]
Aussi, l’auteur, qu’un nom propre désigne, est moins la cause que l’effet de son oeuvre. Une telle formulation sort le rapport auteur-oeuvre de l’idéalisme causal qui souvent se retrouve encore ici ou là.

Hervé Castanet, introduction à Le choix de l’écriture,
Himeros/La Rumeur des Âges, 2004
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