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L'avantage, avec le Poulpe, c'est qu'on n'y comprend rien, la plupart du temps, mais qu'on s'en tape souvent, quand même, en tant que lecteur. Il faut dire ce qui est. Oh, ce qu'on ne comprend pas, n'allez pas vous y tromper, c'est rarement l'histoire servie par une louche plus ou moins brillante, plus ou moins cradingue dans chacun des deux cent quarante-neuf ovnis de la série - ce qui ne nous empêche pas pourtant d'y être copieusement largué, de temps à autre. Oh, ce qu'on ne comprend pas, ce n'est pas non plus l'esprit de la série, encore moins la démarche générale de l'entreprise collective, toujours moins la virtuosité inégale des jeux de mots journalistiques qui ont égrené la démarche tentaculaire du céphalopode (et dont les termes "tentaculaire" et "céphalopode" sont bien évidemment les chefs de file, à terme un peu pénibles).
Non, ce qu'on ne comprenait pas, et dont on se foutait quand même copieusement, pendant longtemps, en tant que lecteur, c'était le magma coulissien constitutif des arcanes du Poulpe, ciselé à la serpette, à la hache de guerre et un peu aussi au larsen et au pet-de-nonne, il faut bien le reconnaître, dans les pénombres de ses deux maisons-mères, les Editions Baleine à la ville, le Pied de porc à la Sainte Scolasse à la page. En même temps nous, pauvres lecteurs, il fallait nous comprendre. Et si je peux un tantinet vous donner une idée du bordel, ici et maintenant, je le ferai avec plaisir. D'ailleurs, allez tiens, je vais le faire. Jean-Bernard Pouy aux manettes (celui de Spinoza encule Hegel (puis de A sec - un perfectionniste, je vous dis) et des Papous dans la tête, pour ne citer que deux exemples de manifestations intermédia de l'expressivité du bonhomme), tout un tas d'auteurs derrière lui, deux cent quarante-neuf ovnis écrits par un nombre presque équivalent d'auteurs psychopathes plus ou moins barrés et plus ou moins libertaires (rarement madelinistes, ceci dit) - peut-être deux cent cinquante, peut-être plus -, une reprise bédé-esque, un film récoltant des critiques inégales (j'ai aimé, vous vous en foutez mais j'ai aimé - Darroussin a bien pris la bête par les... disons... par les cornes), des éditions indépendantes (intitulées Baleine ou Céphalopode, on ne sait même plus trop), puis Le Seuil puis plus-le-Seuil puis plus rien puis peut-être quelque chose à nouveau, des projets, du n'importe quoi, le crapaud anar' qui se croit plus gros que le boeuf vendeur de bagnoles, peut-être ou peut-être pas, tout le monde largué, des Poulpe de merde et des Poulpe de génie, des Poulpe intermédiaires en surnombre, etc. etc. etc. Si je n'étais pas un tel branleur, je me lancerai illico dans une chronique à la Decaux de cette épopée flinguée en plein vol, dont Decaux se serait d'ailleurs bien abstenu de parler, notamment parce qu'il était déjà... ah non, désolé... mais il est Académicien, on tolèrera la méprise. Et puis il faut me comprendre, aussi. Je n'ai pas de tuyaux sur le truc. Bien sûr, je pourrais compulser l'ensemble des supports papiers et numériques ayant michetonné de manière plus ou moins offensive, plus ou moins complaisante, sur le sujet, et vous en livrer une somme pénible quoiqu'instructive, un monolithe lourdingue, à déguster au coin du feu en s'assoupissant ou en se concupiscent tranquillement dessus comme un incontinent auditeur. Je m'en garderai bien : c'est le lecteur qui vous parle. Et si ce projet longtemps contenu en mes placides entrailles devait un jour voir le jour, j'espère bien quand même pouvoir vous illustrer un peu plus dignement le bourzouf - c'est à dire, on ne refait pas le socle d'une vraie chronique, en l'accommodant de quelques anecdotes et tuyaux non moins coulissiens, percés à la source par un anonyme scribouillard qui voudrait bien pouvoir se revendiquer reporter de guerre (c'est à dire juge, un peu), au moins trois secondes durant sa splendide existence en peau de chagrin. Mais qu'est-ce que le Poulpe, au bout du compte ? Question initiale. Et qu'est-ce qu'UN Poulpe, finalement ? Question complémentaire. Et va-t-il nous lâcher, avec cette connerie, ce casse-burettes ? Question contingente. Pour ceux qui se sont posés la première question, allez en 2. Pour ceux qui se sont posés la deuxième, allez directement en 3. Pour ceux qui se sont posés la troisième, retournez à l'accueil, ça va pas s'arranger par la suite. Pour ceux qui ne s'en sont posés aucune des trois, foncez (en dansant le mambo du winner) en 4. 1. (si vous êtes arrivés ici sans être passé par un autre chiffre, vous trichez - rendez moi illico votre feuille de personnage.) Je commencerai d'abord (ce qui se tient, finalement, sémantiquement), par la définition "officielle" du personnage, tamponnée au dos de chacun des exemplaires du Poulpe : "LE POULPE est un personnage libre, curieux, contemporain (qui aura quarante ans en l'an 2000 - [mention retirée après 2000, évidemment]). C'est quelqu'un qui va fouiller, à son compte, dans les failles et les désordres apparents du quotidien. Quelqu'un qui démarre toujours de ces petits faits divers qui expriment, à tout instant, la maladie de notre monde. Ce n'est ni un vengeur, ni le représentant d'une loi ou d'une morale, c'est un enquêteur un peu plus libertaire que d'habitude, c'est surtout un témoin." (copyright je-sais-pas-qui, mais copyright-quand-même) Et sinon, vous êtes plutôt d'obédience de gauche, ou pas trop ? Nan, en fait, c'est juste pour savoir. Puis je poursuivrai par la fiche biographique, signalétique et quasi-officielle de l'auteur du numéro 234 du Poulpe (Parkinson le Glas) : "Né un 22 mars à la fin des années 50, Gabriel Lecouvreur a hébergé des sans-papiers sous Pasqua et Chevènement. Il n'a jamais été marxiste, maoïste, trotskyste, communiste ou franc-maçon. Il adore les Deschiens, les films de Tati, Pascale Clarke, le cognac, les vacances en bord de mer, la cuisine indienne, les iguanes et Godichon, le matou de son vieux copain Bruno Masure. Il a vu seize fois Cul de Sac de Roman Polanski. Il n'a jamais serré la main de Mitterrand. Il n'a pas lu les romans de Mazarine Pingeot et Loana. Il trouve qu'on parle un peu trop de Houellebecq et Christine Angot. Il n'a jamais couché avec Catherine Millet. Il rêve d'être invité chez Albert Algoud et de faire la connaissance de Jean-Bernard Pouy. En 2001, il décide enfin de prendre un congé sabbatique pour écrire un roman se déroulant en Palestine, pendant la Guerre du Golfe." (comme quoi tout est sujet à la relativisation, finalement.) 2. Vous êtes un non-initié, c'est mal. Retournez en 1 en maudissant votre éducation et les hasards de la vie. 3. Un Poulpe, en fait, c'est simple. Un auteur "X" met en scène un type appelé Gabriel Lecouvreur, qui forme un couple extrêmement libre avec une coiffeuse prénommée Chéryl, idéal socio-plastique dont l'appartement est quand même salement mâtiné de rose bonbon, bon. Il a des potes dont certains sont de vieux anarchistes anti-franquistes surarmés, des pas-potes dont beaucoup sont des flics, des conseillers municipaux, des capitaines d'industrie ou, à tout le moins, des incarnations diverses du Pouvoir ou de sa Matraque officielle. Il aime bien passer quotidiennement dans un rade déposé à l'INPI sous le nom de "Pied de porc à la Sainte-Scolasse" (le chien Léon, le tenancier Gérard, le chien Léon, Maria, le chien Léon, Vlad, le chien Léon) - il y lit le canard, y découvre en général la relation d'un fait divers nauséabond, fonce sur place, et s'y heurte alors soit à une équipe municipale crypto-frontiste, soit à des entrepreneurs un peu nazis (aussi), soit à des gourous à gogos (aussi, et encore) - en bref, à des enfoirés de première. Il s'y retrouve des fois sévèrement armé, des fois non. Il y rencontre parfois de belles donzelles, des fois pas. Voici, à gros traits tirés, un synopsis d'UN Poulpe-type. L'auteur "X" se poste donc à son bureau, et attaque sa prose à la plume d'oie, au stylet, voire au burin. Ah ben oui, aussi. Les vrais Poulpe sont inégaux - c'est même à ça qu'on les reconnaît, comme disait l'autre. Estampillés d'un titre jeu de mots plus ou moins fin, parmi lesquels les originels L'écuyère a cafté, Arretez le carrelage ou Nazis dans le métro, les osés L'antizyklon des atroces, La route du Rom ou Jeux de roumains, jeux de vilains, les impec' La pieuvre par neuf, L'agneau pas squale ou Les potes de la perception, les tirés par les cheveux Les Huns dealent au soleil (j'ai galéré un moment, et puis je me suis finalement dit que j'étais trop con) ou Belles et putes et les lamentables J'aurai ta Pau (Battisti, pourtant, quand même) ou Le cas G.B. 4. Jusqu'ici, le Poulpe n'a qu'une grosse dizaine d'années de vie réelle - c'est à dire littéraire, bon. Créé en 1995 par Pouylpe et ses poulpotes (désolé), un peu parce que Gabriel est un grand type aux bras longs, un peu parce que le Pulp fiction à la française avait quand même envie d'exister, le type s'est dégingandé sur la scène, et il y avait quand même derrière, a priori, un vrai projet. Qui n'était surtout vrai que parce qu'en fait, il n'en était pas vraiment un - ou alors si, mais pas posé orgueilleusement comme tel. A ce sujet, les témoignages divergent : manuscrits non sélectionnés, envoyés à l'imprimeur en l'état selon les uns, commandes selon les autres ("tiens, tu peux me faire un Poulpe qui se passe à Dijon, à Paris, un Poulpe sur les gens du voyage, sur le rock alternatif ou sur Castro ?"), pataquès éditorial selon les mêmes ou selon d'autres ("putain, j'ai envoyé un manuscrit, pas de nouvelles et il est annoncé dans les sorties du mois prochain."), collectifs idolâtres ou jeunes premiers qui s'en sont servis pour accéder à l'édition papier... il n'empêche. Le truc existait de sa vie bordélique, la vie bordélique du truc ressemblait à la vie bordélique du personnage, de l'univers ; certains bonshommes ayant pignon sur rue s'y sont même trompés, puis ont décidé à leur tour de tromper la bestiole d'un coup de poignard ou de braquemart dans le dos... et le temps a passé, jusqu'à l'épuisement. Mais il ne faut jamais oublier deux choses, quand on pense, quand on parle du Poulpe. D'abord, sur une scène polardistique récurrente française qui distribuait alors comme un graillon populaire (parce que le peuple ne bouffe que de la soupe de merde, c'est bien connu (des cons)) du SAS priapique ("Malko aux yeux d'or", sa vie, son sexe turgescent, son oeuvre poujadiste, machiste et crypto-fasciste... et son sexe turgescent, again), de l'Exécuteur nauséabond ("un bon arabe est un arabe mort" - les enfants arabes tout itou), du OSS démodé-avant-qu'on-ne-le-remode(-délise), et du San-Antonio dont je ne dirai sincèrement rien parce que je n'ai personnellement jamais pu le lire, mais que j'accorde malgré tout mon respect posthume à Frédéric Dard, Gabriel Lecouvreur manquait à tous ceux qui attendaient d'un polar rapide-à-lire qu'il ne soit ni un polar de bouge, ni un polar pré- ou post-frontiste, ni un polar de droite colonialiste triomphante. Ensuite, le projet en lui-même me semble parfaitement honorable : balancer en patûre à tous et à n'importe qui, auteurs et lecteurs, un personnage et un univers entier, pourvu que tout un chacun en respecte le "cahier des charges", me semble un des actes littéraires anti-narcissiques, anti-culte-de-la-personnalité, les plus parlants parmi tous. J'y vois tout un paquet de motivations pures (au moins initialement, je ne connais pas bien la suite des opérations, et je le confesse) qui existaient déjà, sans doute, bien avant les Soirées de Médan de Flaubert et consorts, les experts n'auront de cesse que de me le préciser sans doute, mais qui s'y apparentent farouchement. Je trace une ligne historique, mentale et imaginaire des Soirées de Médan ("Maupassant, Huysmans et autres, entrez tous dans la matrice, et publiez donc un ouvrage commun, au lieu de vous la jouer perso") au Poulpe de Pouy, qu'on le veuille ou non, en passant par les regroupements de Breton et les contraintes oulipiennes Queneau-Perec-Calvino, sans l'ombre d'un doute à mes yeux - avec l'Oubapo de Trondheim, David B. et autres bédéistes membres de l'Association, voire Cortazar et sa Marelle en franc-tireur sacrément partisan, même, surfant tous sur la même vague, en aval. Exister en-soi, pour-soi, certes, aussi, mais faire partie avant tout d'un collectif qui n'est pas juste une coquille vide, qui représente quelque chose, qui porte quelque chose en lui. Un "Ami, si tu tombes..." appliqué sans rond-de-jambe à la littérature, signifiant notamment quelque chose à mes yeux parce qu'il se dédouane tranquillement du bête égocentrisme du mégalomane, de la futilité putassière du vendeur de tapis ("ah non, ce sont mes livres ? c'est pas grave, ça marche pareil") et de l'arrivisme pathologique de ces écrivants de l'ombre que l'on insulte bien souvent de la manière la plus détestable du monde, c'est à dire en les claquemurant, comme on les ferait croupir dans une geôle de désespoir, sous des termes froids et tristement porteurs tels que wannabe's, en-devenir ou "nouvelle génération". Pour toutes ces raisons, sauvons les Baleine. Pour ce qu'elle sont, en partie. Et pour ce qu'elle représentent, principalement. Et toutes les fautes d'orthographe de ce texte sont pleinement assumées. Même celles-ci, les quelques dernières.
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Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave...
Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave....
Nick Cave...
(De Nick Charles à Nick Cave, je me demand...
Bon, j'ai pas d'idée de post, en ce moment...