|
"André Balland : Editeur maintes fois cité dans la presse par les journalistes dont il publiait les livres." Bon, évidemment, c'est du Desproges et ça date de 1982. A la fin de son Réquisitoire... contre l'éditeur dont il était question, le Pierre s'amusait à lui clouer son cercueil au moyen de cette épitaphe lapidaire. Je ne suis particulièrement ni fan ni pas-fan de Desproges (en fait, je m'en fous un peu), mais j'ai trouvé l'assertion plutôt marrante, et avant elle, cette introduction du même, sur le métier de l'invité : "Rarement, au cours de l'histoire du monde, une profession aura été autant controversée que celle de l'éditeur. Aujourd'hui encore, on accuse les éditeurs d'exploiter les auteurs. Dieu merci, ce n'est pas l'avis de tous. A la question "les éditeurs sont-ils un mal nécessaire ?", 100% des maquereaux de Pigalle interrogés répondent : "Oui, bien sûr. Si y a personne pour les pousser au cul, les livres, y restent dans la rue au lieu de monter dans les étages.""
C'était Desproges, oui bon, donc bon, mais c'était surtout en novembre 1982. Et ça raillait gentiment, et plutôt intelligemment, ledit métier. Un calcul rapide me permet de situer 1982 il y a vingt-cinq ans - un quart de siècle, donc -, ce qui mérite quand même d'être souligné à au moins deux titres : d'abord parce que la critique ne date pas d'hier, évidemment ; ensuite parce que, du coup, je ne peux pas m'empêcher de sourire encore, aujourd'hui, à la lecture de certaines "attaques underground" de Caliméro (Calimeri ?) scribouillards dans mon genre, qui s'évertuent à nous apprendre la vie en pensant réinventer un procès déjà usé jusqu'à la corde depuis quand même bien longtemps, il faut bien dire. Et qu'essaient de démontrer ces mêmes Cassandre en polyester, sinon que les éditeurs sont là pour vendre les bouquins de leurs auteurs... ouaaais, ça se tient... que pour ça il faut que lesdits bouquins soient cités un maximum dans la presse... okaaay, jusque là, je suis... et que pour qu'ils y soient cités un maximum, il faut qu'on les fasse connaître... bon. Une pensée bien-bien révolutionnaire, donc. Novatrice, même. Attention, apprenons la vie avec les grands penseurs de notre époque : l'auteur écrit ; l'éditeur sélectionne les bouquins qu'il veut publier ; l'éditeur contacte des critiques et des journalistes pour leur faire lire les bouquins ; les critiques écrivent des papiers ; les bouquins se vendent. Ouais, bon, rien de bien surprenant, après tout. Si ? Ben si, justement. Tadadam. Scandale infect, bien au contraire. Parce que tout ça forme système : pour être publié, un auteur doit FAIRE LIRE son texte à un éditeur ; l'éditeur l'envoie ensuite GRATUITEMENT à des journalistes ; les journalistes écrivent parfois des articles E-LO-GIEUX ; et, comble du comble, des fois, les bouquins se VENDENT, même (c'est à dire rapportent de l'ARGENT). Le scandale le plus terrifiant du XXIème siècle, et même des siècles d'avant, soulevé puis scruté à la loupe par des aspirants de l'ombre qui, parce qu'ils n'ont pas encore eu l'occasion de glisser le pied dans l'embrasure de la porte, comme un VRP de base (parce qu'on ne la leur a pas encore ouverte, bon, alors qu'ils jouaient pourtant de la cornemuse tout en jonglant avec les pieds, aidés en cela par la longueur démesurée de leurs incisives, qui leur permettait de se tenir en équilibre tout en battant le Vent de leurs quatre membres), décident de tout dézinguer à la Gatling, persuadés que c'est en cognant fort qu'on fait finalement sauter les verrous. Filez à ces aspirants une miette de célebrité, même factice, un à-valoir si insignifiant soit-il, et hop hop, illico, ça vous rentrera dans le rang, ça filera droit voire, pire encore, ça se figera dans une révolte toujours plus profondément vidée de son sens, dans une pose commerciale de franc-tireur sans queue ni tête. "Je suis l'alternatif, je mets les pieds dans le plat ; regardez-moi bien cracher en public, mais évitez quand même de me flasher tandis que je séduis dans les alcôves, hein, quand même, faudrait pas voir à déconner non plus." Ca, ce serait une bonne idée, après tout, si tout le monde avait un peu de temps et un peu d'argent à perdre : "tu veux être sur le devant de la scène, tu ne travailles plus ton style depuis cinq ans que tu essaies de prendre la citadelle éditoriale d'assaut ? Très bien, voici un blanc-seing. Monte sur scène et ridiculise-toi bien, décrédibilise-toi un max et reviens pleurer, après un certain temps, parce que personne n'aura compris ta démarche." Ca dégoupillerait la bêtise avant même qu'elle n'ait eu le temps de baver massivement et de faire des émules. Le monde serait tellement beau si on pouvait, sur le pouce, leur offrir un petit espace imprimé, pour qu'ils se rétament benoîtement avant de revenir, plus tard, mûris par la pratique d'un travail dont ils avaient tout bonnement oublié la nécessité... Mais bon, ni trop de temps ni trop d'argent, on va se recentrer un peu sur ce qui compte. Attention, je ne dis pas qu'aux différents niveaux de la chaîne, il n'existe pas des passe-droits, des coupe-file, des échanges de bons procédés, des aberrations dégueulasses, même. Mais qui dit le contraire, au fond ? Est-ce que des écrivants ont été publiés parce qu'ils étaient des "fils de" ? Ben... ouais. Est-ce que des types ont publié un deuxième bouquin nul uniquement parce que le premier avait fait de bonnes ventes ? Euh... effectivement. Ah ouais, et alors, est-ce que certains journalistes ont encensé des livres sans les lire, uniquement parce qu'ils entretenaient de bonnes relations, personnelles ou professionnelles, avec tel ou tel auteur, tel ou tel éditeur ? Oui, oui, et encore oui. Mais on peut aller loin, à ce rythme là : des gens séduisent pour réussir, des gens contactent d'autres gens plus influents parce qu'ils espèrent que ça leur servira ; des gens couchent pour réussir, d'autres passent simplement des soirées à sourire à des gens qui les emmerdent uniquement parce qu'il faut bien le faire. Et poursuivons, allons-y tranquillement dans la dénonciation, et jusqu'au bout : des gens montent-ils des blogs pour se faire connaître ? Oh non, ça non, bien entendu - Internet, c'est la liberté pure, personne ne l'instrumentalise, bien entendu encore. Ah, d'accord. Désolé, je me suis emporté, sans doute. Dans mon élan vengeur. Tout cela existe bel et bien, c'est un fait. Dans le monde littéraire, absolument. Mais aussi (chuuut, je vais vous dire un secret), dans tous les mondes du monde, dans toutes les sphères professionnelles, dans tous les réseaux de connaissance, d'amis, dans toutes les familles et même, je pense, dans chacune des interactions inter-individuelles qui se nouent entre les différents petits pois d'une boîte de petit pois. S'il y a des excès, très bien, dénonçons les en tapant du poing sur la table. Vouloir dénoncer les choses, c'est toujours salutaire. Vouloir fonctionner réellement en franc-tireur, aucun problème, à condition d'accepter d'aller jusqu'au bout des choses, d'en mesurer et, surtout, surtout, d'en assumer les conséquences. Là où le bât blesse, évidemment, c'est quand les jolis Emile Zola en toc rentrent dans le rang après un premier appel, après une première promesse. Là où le bât blesse, c'est quand l'arrivisme perce clairement à travers la dénonciation de... euh... l'arrivisme, justement - dénonciation conçue, en l'occurrence, ni plus ni moins que comme un moyen de se hisser au plus vite en lieu et place de ceux qu'on fustige à larges rafales. Là, évidemment, on s'éparpille au vent comme une pauvre fleur de chardon. Ah ben oui, parce qu'instrumentaliser la dénonciation à des fins personnelles, là, tout de suite, ça commence à puer un petit peu, quand même, comme démarche (non que les chardons ne puassent, d'ailleurs, au demeurant). Pourquoi dénoncer ? Pour que les choses changent - là, ok, aucun problème. Pour assainir le système, pour que les passe-droits des tocards fondent comme neige au soleil, au profit des pépites d'encore-obscurs littérateurs - ok aussi, évidemment. Mais dénoncer à tout-va, non pas pour faire bouger les choses, mais afin de libérer, pour son propre compte, une place au soleil (même petite, au départ, je saurai bien vomir sur mes voisins pour qu'ils me laissent les accoudoirs de leurs transats, puis leurs transats tout entiers, puis les transats de toute la rangée, jusqu'à la nausée), là, désolé, c'est quand même un petit peu difficile à encenser, comme démarche. Mais c'est une posture comme une autre, je dois bien le reconnaître. Elle a payé par le passé, pas de problème, il y a des exemples (et teeeellement sulfureux, en plus, miam...). Mais recentrons-nous deux minutes sur ce que nous faisons, plutôt que d'épuiser tous nos efforts à essayer de Devenir ce que l'on rêve de Devenir : un Ecrivain, un Président, un Journaliste. Des journalistes qui ont conspué les dérives de la profession, de l'extérieur ("Oh, Albert Londres, quels affronts ils te font tous, ces parvenus"), avant de se satisfaire, tout sourire, de quelques piges santé-beauté dans un pauvre canard racoleur ("C'est trop bien, j'aide les gens en leur conseillant les meilleures crèmes L'Oréal - ah ben ouais, c'est notre plus gros pourvoyeur de pub, aussi, faut comprendre"), ça court les rues. Des candidats à n'importe quel poste décisionnel qui, dès qu'ils ont accédé à une investiture plus ou moins suprême, foulent au pied le programme que d'autres ont écrit pour eux, on en connaît des tas, et ceux-là ne sont pas les derniers. Et des écrivants qui n'ont plus réellement retravaillé une ligne depuis qu'ils ont commencé à dénoncer le monde pour s'y conquérir une place au chaud, à la serpette ou au Uzi, selon leur tempérament, ça ne doit pas être très difficile à trouver non plus. Si ?
|
link:http://www.youtube.com/watch?v=Esb...
Chez Zoë, y a bagarre !!!
Je reviens sur cognée: son tableau presqu...
link:http://www.youtube.com/watch?v=Esbt...
pour entretenir la polémic à Zoe: image:...