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Very Important Pochtron. J'avais les amygdales en place, le sourire idiot, un faux bonheur plaqué sous la tête et tout le reste coincé entre les tripes. Jamais, jamais, je n'y avais traîné. Pas par choix, non. Plus par hasard, en fait. Bon, travaillant ponctuellement, cette année, pour le Trésor du Pat' (médailles et Prince M., bonapartisme en berne et l'haleine d'un Captain'Cavern - en moins marrant, quand même), j'avais été invité - conjoncturel hasard (des fois qu'un hasard ne soit pas conjoncturel) - à assister à deux (invitation pour deux, donc), aux déboires des milliards de pochtrons hantant cette inauguration presque mythologique. Je m'y suis rendu, donc, les doutes au creux de la poche et l'humilité au maximum de sa forme - ah ben oui, il faut se préparer, aussi.
Tap-tap, tu rentres. Tap-tap, tout le monde rentre avec toi - des milliers devant, des milliers derrière. Ton humilité est à bloc ? Ca tombe bien. J'étais accompagné d'un camarade anarchiste, vicomte de son Etat, mais anarchiste notamment parce que bon, un titre de vicomte, aujourd'hui, ça ne vaut plus tripette sur un marché du poisson de Rungis, il faut dire ce qui est. Mais un garçon prêt à en démordre, à en découdre et à en recoudre, blindé comme un fourgon presque éponyme, chaud comme une saucisse de Francfort et nihiliste comme une bonne vieille gueule de bois. Tap-tap, vous rentrez. Tap-tap, il faut que vous alliez tourner du rond avec les Editions du Pat', c'est quand même votre employeur. Tap-tap, vous y croisez le Prince, que vous ne connaissez même pas, vous croisez aussi celle qui vous y a employé, et autant le Prince vous donne un peu envie de rendre, autant l'autre vous donne envie de donner, simplement, tout ce que vous avez. Ca tombe bien, d'ailleurs - vous n'avez déjà plus grand chose en magasin. Ce qui suscite moins d'efforts, quand même - et pour tout rendre, et pour tout donner. Ah ben oui, aussi, vous avez commencé au Seuil (comme tout le monde, finalement), et la piquette noblionne vous a déjà fait noublier pas mal de trucs. Votre résistance à l'alcool, notamment. Vous êtes déjà ivre et il n'est pas vingt heures - la fête du Livre, rien à dire, ça réhausse la littérature comme aucune fête au monde. Vous éclusez comme une vieille péniche sans capitaine, et puis vous rejoignez, presque à la brasse, ceux qui allaient vous oublier sur le bord de l'autoroute, les ingrats, si vous n'aviez pas aboyé à nouveau, et numériquement, dans votre vieux téléphone à la batterie fragile. Vous surnagez donc, et puis vous arrivez. Les Editions du Panama. Louis-Stéphane Ulysse, l'homme le plus déstabilisant du monde juste après le Dieu des séismes (Eole ? Hadès ? Peu importe). Vous aimeriez qu'il reste mais il aimerait partir - vous êtes un démocrate, pas Tony Montana : vous ne lui sciez donc pas les rotules pour qu'il reste en place. Mais vous écrasez une larme quand même. Il se faufile dans la foule, et n'est bientôt plus rien - le principe de la foule, après tout. Englouti, le Ulysse : les sirènes ne l'intéressent pas, il se fait harnacher à son mât, et suit sa route, un bras d'honneur en réserve. Mais tous les autres sont restés, tout va bien. Et hop, pris par la foule, vous commencez à dériver. Sans trop réfléchir, franchement. Et hop, mouillage au stand du Seuil, again. Le Vicomte drague le fleuve, laconique, et retrouve enfin celle qu'il voulait y retrouver (enfin à part moi, mais je ne suis pas une "celle" mais un "celui", donc je ne me formalise pas) : Sophie M. (retenez ce nom, enfin cette initiale, enfin le couple formé par ce prénom et cette initiale, et le terme "Seuil" derrière, et revenez me voir dans deux mois si vous savez de qui je parle et si vous n'avez pas aimé - on se battra à l'amiable, sans mitaine et sans limite, j'en réponds). J'ai été absent trop longtemps, symboliquement, et après un verre supplémentaire, je décide d'être vraiment con. Je décide de surnager, et d'entrainer tout ce petit monde qualitatif dans mon sillon sans cap. Je surnage donc, nous frayant un chemin en hurlant quelque chose de stupide comme "excusez-moi, veuillez-vous pousser, derrière moi passe un vrai auteur de livre, quelqu'un qui écrit des livres - vous n'en lisez même pas, veuillez-vous pousser, donc." (enfin quelque chose d'encore moins "intelligent" que ça - je le pense, certes, mais j'en suis présentement à trois grammes huit). Je dérive à mon tour.
Et puis, sans même vous en rendre compte, vous dérivez à votre tour, donc, emporté par le courant. Vous confondez une fille avec Nikki Gemmell, une Anne avec une autre Anne, un type avec Chuck Norris, un stand de livres avec un zinc, une foule avec un agresseur, votre main avec une citerne et, sans même vous en rendre compte (là encore), vous êtes amarré au stand du Castor Astral. Comme ça, d'un claquement maladroit de votre doigt désormais incontrôlable - il faudra bien vous y faire. Vous y croisez Guillaume Chérel (ah ben oui, il est plus grand que vous, et pas qu'un peu), et vous croisez Aymeric Patricot (ah ben oui, il a l'air sympa), et vous croisez quelqu'un qui a du jouer dans une série Z, ou alors non, il est juste un auteur à la mode, et vous croisez des gens et vous croisez vos doigts et vous croisez vos yeux (sans même le vouloir, hein, on ne va pas se mentir), et vous vous dites que vos doigts, vos yeux, en fait, c'est un peu comme des gens, en mieux connus - la preuve que vous êtes ivre, et bien. Mais ivre. Mais bien. Enfin peu importe. La poche du Fabien s'entrouvre comme une courtisane, hurle sur les toits "viens me manger, connard", et comme vous avez la fierté bien placée (elle vous a traité de connard, après tout), vous y plongez la main. Et bing, une flasque de sky deux mois d'âge - les meilleures, dans votre état, comme toutes les autres, au fond. La poche de Fabien vous sussure : "Eh ben vas-y, malin", et Fabien ne sussure rien, il parle avec quelqu'un d'autre. Alors bon, réactif, pragmatique, vous en buvez une lampée - et votre voisin injecte sa noblesse sur le goulot, sympa, de bonne guerre, déculpabilisant. Le ding-dong va bientôt résonner, et vous n'avez pas encore réellement fêté le Livre, en fait. Mais qui l'a fêté, réellement ? Cette question, et sa réponse implicite, vous aident elles aussi à faire dégonfler la culpabilité, comme un soufflé malade agressé, en trente secondes, de quarante-cinq coups d'aiguilles à tricoter. Et hop, ouste la culpabilité. Vous frayez, vous dérivez là encore, et par ici la sortie, vous n'avez pas rencontré tout le monde, et vous vous en tapez en fait. Le reste du tout le monde, vous le croiserez demain, ou alors après-demain, ou alors dans un mois, un an, dix ans ou alors jamais, et franchement, vous vous en cognez. Il est l'heure d'aller bouffer, aussi, merde. Le lendemain, peinard, vous vous repointez, seul, en éclaireur ou presque. Ah ben oui, il y a quand même un mec que vous n'avez pas réussi à croiser, en fait - la veille. Or il dédicace. Et la journée même, il s'est fait menacer par une tuile en tongs, ça vaut le coup de voir si la tuile va décider de tomber du toit, une bonne fois pour toutes. Un peu plus tard, vous avez rendez-vous avec Sophie pour découvrir, enfin, le Tsquaron du Nord du Nord. Vous êtes satisfait, et puis, comme par hasard, vous croisez S. Koechlin et G. Chérel, qui vous hâlent ("les Titans parlent aux hobbits", c'est la Confédération de l'Anneau, un peu). C'est cool, vous radinez vos fesses. Et puis Fab n'est pas loin. Alors vous vous retrouvez et, comme par magie... et ben vous picolez, mais peinard quand même. Le Salon du Livre, en fait, c'est un peu comme une Oktoberfest munichoise, les livres en plus. Vous avez un peu honte, mais vous rencontrez Franck Magloire, juste après, alors ça va. Le type est humble comme vous ne pourriez même pas l'être avec la meilleure volonté du monde et pourtant, son bouquin (En contrebas - vous l'avez parcouru, depuis) fleure bon le talent laconique du mec qui connait un programme secret de révolution des dérives éditoriales, mais qui n'en dira rien si on ne le torture pas. Ah ben ouais, c'est ça aussi, le salon du livre. Un bouquin de Magloire que Chérel vole presque à l'éditeur, et qui vous reste entre les mains alors qu'autrement, soyons franc, vous n'en auriez jamais connu l'existence. Et puis le stand Technikart, les îles Fidji en dédicace, du gin derrière et du gin dedans, et c'est reparti comme en quarante (de quel siècle au fait ? prions pour que ça ne soit pas le XXème). Le Ténia-Magnifique, la Tuile-en-tongs, n'intervient pas, ou alors à peine, et de loin, et la soirée poursuit son long cours.
Le reste restera privé. Notamment parce que vous ne vous souvenez pas de tout - il faut, là encore, dire ce qui est. Mais écrire "le reste restera privé", ça fait quand même plus smart que "après, je ne me souviens de rien", soyons franc.
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Chez Zoë, y a bagarre !!!
Je reviens sur cognée: son tableau presqu...
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pour entretenir la polémic à Zoe: image:...