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Mon compte est bon. Déjà, je connais (un peu) Sophie Maurer, et je critique son bouquin. Donc, hop-hop-hop, cet article illustre parfaitement la théorie-du-copinage (TM) : ma parole n'est parée d'aucune crédibilité, je suis un infect parasite (et en plus, je mesure moins d'un mètre soixante-dix, faites-moi rire). "Si quelqu'un que tu connais publie un livre, n'en parle pas, ou alors pour le démonter sauvagement sur la place publique" (Zarathoustra, bourré). Ah d'accord. J'ai donc tout faux. Ensuite, Asthmes, puisque c'est de lui qu'il s'agit, plus que de Sophie Maurer elle-même ou, pire encore, du pauvre insecte rachitique que je suis (manquerait plus que ça), Asthmes, donc, est un roman de moins-de-cent-pages - quel tocard, vraiment. Poster ça juste après le papier de Stéphane ; mon attitude confine définitivement à la mission-suicide.
Enfin, et pire que tout, ce livre est une splendide perle, la langue y est ciselée parfaitement, et il ne raconte pas une histoire anodine mais dix fragments d'histoires bouleversantes. Oui oui, une splendide perle. J'aurais tellement aimé qu'il soit mauvais, je vous assure, sur ma tête. J'aurais aimé ne pas pouvoir le lire vraiment, devoir me résoudre à envoyer un minable mail à Sophie, en lui disant que bon, oui mais non, là, ça ne va vraiment pas être possible, j'ai parlé trop vite, mais que sans doute, il y aura sur terre des (vrais) critiques (professionnels) qui les apprécieront, elle et son bouquin, que moi je n'aurais rien pu faire, que je ne pèse rien, que je suis un misérable moustique dans ce beau monde peuplé de gens beaucoup plus sérieux , etc. Allez, je le confesse entièrement : j'ai presque prié pour que cet Asthmes soit une bouse pathétique - j'aurais gardé des amis, mon honneur eut été sauf, et, qui sait, j'aurais pu enfin faire quelque chose de ma vie. Mais non. Sophie Maurer, je te le dis les yeux dans les yeux : tu n'aurais pas pu faire un effort pour en faire moins, justement ? Franchement ? Par pur copinage, là encore ? Je ne sais pas, Sophie, fais comme tout le monde, la prochaine fois : raconte d'insignifiantes histoires de soirées branchées, de poudre et de foutre, glisses-y des phrases entières en langage SMS, arrête donc de te prendre la tête question style : tout le monde s'en fout. N'essaie plus de remuer ton lecteur, la prochaine fois. Par pitié. Non, tu n'as décidément rien compris à la littérature moderne - la preuve, tu as décidé d'en faire, et de la bonne en plus. Malheureuse insouciante. Mais recentrons-nous quelque peu, dring-dring, il est temps que je me livre en pâture aux lions - là, maintenant. Grâce à toi, merci. Donc, Asthmes est un roman divisé en dix parties (mais sans chapitre) : une femme se balade dans la rue, en quête de quelqu'un, elle croise un type la tête ailleurs. Le type croise une gamine qui flippe sa mère (je ne revendique pas du tout ce jeu de mots, au passage), la gamine passe à côté d'un agent d'entretien sans le voir (qui repèrerait un agent d'entretien dans la foule, entre nous ?), et ainsi de suite. Vous avez compris. On saute de tête en tête, de préoccupations en préoccupations, de drames en drames, de douleurs en résignations, de fatigues en abandons. "Ah ouais d'accord, un peu comme dans un Lelouch ?" Ouais, c'est ça, "comme dans un Lelouch", gnagnagna. Toi mon gars, tu vas tout de suite ranger ton Lelouch dans sa boîte et repasser tes mitaines : il faudra qu'on cause, tous les deux, vers deux heures du matin et au quatrième sous-sol du parking. Lelouch. Bordel, mais t'es à la ramasse sur ce coup-là, t'as même pas idée. Les destins croisés, t'as tout compris, vraiment. Sauf que là, les destins ne se croisent pas du tout, précisément. Chaque personnage n'ose pas accoster le suivant, s'il le remarque, et puis, dans la plupart des cas, il ne le remarque même pas, de toute façon. Tout imprégné par sa propre asphyxie. Trop de monde, chacun sa merde, chacun sa bulle. "Ah bon, ok. Mais c'est quand même super glauque, alors." Super. Effectivement, t'as pas tort sur ce coup-là : aucun personnage n'est trop cool ni trop fun - la hype, je crois qu'aucun de ces dix-là ne la kiffe, pas plus que la vibe ni quoi que ce soit, et y en a même pas un seul sur les dix qui gobe des cachetons trop chanmax en matant les petits culs qui se dandinent sur la piste de danse trop trendy dans sa tête, tu vois. Bon, ça suffit. Virez-moi ça, tout de suite, par pitié - je vais faire un malheur. Ce bouquin n'est pas un livre drôle, et des calembours, je n'en ai même pas vu - c'est dire si c'est un livre chiant. D'accord d'accord d'accord. Et la porte, c'est juste par là. Et non seulement, l'intrigue n'est pas du tout trop-funky-tu-vois, mais même la langue - la langue, quand même ! -, franchement, j'ai l'impression qu'elle a été travaillée. Je me trompe peut-être, hein, je croise les doigts : mais c'est l'impression que ça donne, en fait. Et pas qu'un peu, en plus. Cet auteur est vraiment trop vieux-jeu, c'est vrai. Elle travaille ses phrases, vous vous rendez compte ? Non seulement elle parvient à nous dire quelque chose, mais en plus elle arrive à nous mettre des gifles stylistiques en nous les présentant. N'im-por-te quoi. Au lieu d'écrire quelque chose comme "elle venait encore de prendre sa raclée", elle écrit "Toujours immobile au milieu du trottoir, une fois de plus, elle pensait à cette fois, celle du bain, parce que c'est ça, avec les coups, pour s'en souvenir, on leur donne des noms, la fois du téléphone, la fois du bol, la fois du café, tous ont des noms comme ça et parfois, la nuit, elle se réveille et c'est comme un catalogue, elle les passe tous en revue, pour être sûre de n'en oublier aucun et de soigner sa haine." Et ça continue, sur des pages et des pages. A propos de l'agent d'entretien : "De temps en temps, il pensait le village, encore un peu, pour faire le beau encore un peu, et après, ça ira, je retournerai écouter les histoires du Marocain qui nettoie les tags, qui travaille autant que moi mais qui a moins de fatigue parce qu'il ne croit plus qu'il aurait dû avoir davantage. On parlera un peu de nos fils inquiétants et de nos filles plus fortes que tout, et à voix plus basse, de la peur qu'un jour ce soit l'inverse." A propos de la prof : "Et le regard alors, c'est à ça que chaque fois elle pense longtemps après, le regard quand d'un seul coup il comprend tout, qu'en fait si, les pentes, justement, c'est aussi pour lui et qu'il va devoir rejoindre ses frères après la traîtrise, dire bon, j'y ai cru et c'était idiot parce qu'évidemment ça ne pouvait pas marcher mais maintenant je sais qu'il y en a pour qui c'est possible et ceux-là il va falloir les haïr bien et longtemps pour que ça passe un peu, pour digérer et penser que ça va quand même", puis plus loin : "Il fallait du coup rester, et dire au gamin tout est fait pour que tu rates sauf toi, tu en fais ce que tu veux." Comme ça, sur des pages et des pages (enfin moins de cent, quand même). Ah oui parce que oui, la Sophie, son style change selon la personne dont elle nous livre les pensées. Incroyable, non ? Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? N'importe quoi, vraiment. Je le dis donc officiellement, publiquement : Sophie Maurer, ne me fais plus jamais un coup comme ça. Ou alors quand tu veux, sinon. Asthmes, de Sophie Maurer. Le Seuil, 2006.
Et les autres, vous êtes encore là ? Allez, hop hop hop, on s'active, le bouquin est sorti aujourd'hui même en librairie. Et oui, bien entendu, pour ceux auxquels ça peut faire plaisir : c'est signé, je suis un vendu. Je me débecte, même, des fois.
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Chez Zoë, y a bagarre !!!
Je reviens sur cognée: son tableau presqu...
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pour entretenir la polémic à Zoe: image:...