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Parmi tout un tas d'autres égarements plus ou moins passagers, il m'est arrivé de faire un peu d'ethnologie. De l'ethnologie de la parenté, précisément. Je ne le hurle pas sur les toits, non par honte (l'ethnologie, c'est bon, mangez-en, et puis ça peut servir, tout le temps), mais plutôt pour trois raisons simples : d'abord parce que je n'ai suivi cet enseignement que pendant un an ; ensuite parce que c'était à Nanterre (ethnologie = drogue ; ethnologie + Nanterre = gauchiste drogué ; bouh, pas beau, pas moderne, une chimère encrassée jusqu'aux tréfonds de son démoniaque trognon) ; enfin parce que tout le monde est en droit de s'en foutre, royalement et légitimement, du fait que j'ai pu suivre un enseignement d'ethnologie de la parenté pendant un an à Nanterre. Pourtant, on apprend une chose très très rapidement, dans ce genre de discipline - au-delà de l'inanité du concept même de discipline, - c'est qu'un glissement structurel, tant culturel que sémantique, s'est fait jour, avec le temps et dans nos sociétés, par rapport à la procréation. Quelque chose de très simple : le passage du devoir d'enfanter au droit de posséder son enfant. Pardon - au droit à l'enfant.
Ah oui, quand même, tout ça pour ça ?! Oui, je sais, j'ai honte. Parce que c'est effectivement quelque chose de très simple, qu'on apprend tout au plus à illustrer d'exemples (en seulement un an, quoi, aussi). Mais quelque chose de révélateur quand même. Le devoir d'enfanter, c'est ce qui pousse la morale religieuse à n'excuser l'acte de chair (quelle-jolie-expression) qu'à condition qu'il ne vise qu'à produire un nouveau soldat. Le devoir d'enfanter, c'est également ce qui a poussé certaines femmes stériles de certaines sociétés à choisir entre être écartelées sur la place publique... ou devenir des hommes. Absolument, des hommes. La stérilité vécue comme une honte, socialement soumise à l'opprobre populaire, et bien évidemment attribuée aux seules femmes. Une femme étant déjà, par définition, une sirène abjecte, une Lilith en puissance, elle se métamorphose immédiatement en ignoble succube improductive si elle ne sert même pas à porter dans son ventre la descendance, mâle de préférence. Le devoir d'enfanter, c'est enfin cette spécificité sémantique qui a attribué, en certains points du Globe, le même vocable pour désigner la femme et pour désigner... un sac. A partir de là, les différents groupes s'organisent à leur façon, et si la lapidation des infertiles s'impose parfois (il faut bien que le bon peuple se détente), si le viol collectif apparaît de-ci de-là comme un châtiment mérité, il existe aussi des endroits où une femme stérile devient de facto un homme, puisqu'elle ne peut pas porter d'enfant. Terriblement logique, quand on y pense. Là où les choses deviennent amusantes, si vous me passez l'expression et sur cette base, c'est que, devenue homme, elle bénéficie enfin des prérogatives masculines propres au règne du patriarcat (qui ne connaît pas, je le rappelle, d'alternative en quelque endroit du monde : qu'on se le dise, le matriarcat n'existe pas - les sociétés matrimoniales, oui, mais pas le matriarcat, entendu comme l'autorité suprême et exclusive attribuée aux femmes). Bref, je m'égare, mais peu importe. Mon sujet a changé en cours de route, mais mes mouchoirs sont assez vastes pour recouvrir tout et n'importe quoi - le privilège des vrais Lâches, sans nul doute. Disons que je m'emballe, que mon introduction était trop essentielle dans son sujet pour faire l'objet d'une instrumentalisation stylistique, et rangeons le dossier. Conservons malgré tout le titre "Le droit au livre opposable", comme pour souligner l'extrême anomie régnant sous ma capillarité toujours plus abusive/anarchique, et poursuivons. Donc, la femme stérile devient homme, et puis voilà. A ce titre, il/elle peut prendre femme, sans que le moindre soupçon d'homosexualité ne pèse sur lui/elle. Une femme, si elle devenue homme, ne peut pas être taxé(e) d'homosexualité si il/elle partage sa couche avec une femme - logique, encore. Pour mémoire, rappelons au passage que les Grecs antiques condamnaient ouvertement l'homosexualité, contrairement à ce qu'on pense trop vite aujourd'hui. Là encore, une logique, qu'on qualifierait d'hypocrite de nos jours, certes, sous-tendait culturellement les rapports humains. Et cette logique disait, peu ou prou : "l'homosexualité, c'est un homme qui couche avec un homme [les femmes étant alors regroupées dans des gynécées, nul n'est question d'elles entre elles, bien évidemment] ; or un esclave ou un enfant n'est pas un homme. Coucher avec un esclave, ou avec un jeune garçon, ce n'est donc pas être homosexuel." (Socrate, disons). Mouais. Bref. Cela dit, les mots ne se revêtent que des fringues qu'on leur refourgue, ne l'oublions jamais. Et c'est tout ce que je voulais rappeler. Donc, la femme stérile devient homme, et à ce titre, "prend femme"; comme on dit. Mais le problème de la stérilité, vous en conviendrez, n'est pas résolu pour autant. Et même pas du tout, en fait. Or le devoir d'enfanter joue encore à plein. Un couple normal se doit d'avoir des enfants. Que se passe-t-il alors ? Rien ; en fait, c'est très simple. La femme-homme peut librement envoyer sa femme-femme séduire (la femme est une succube, rappelons-le) un quelconque berger un peu niais (le berger est niais, c'est là aussi une règle de base), s'installer chez lui, procréer tranquillement dans son lit, et fonder son foyer. Et après ? Et après, rien. C'est simplement la règle du preum's qui joue à plein régime, tout simplement. La femme-homme débarque, montre ses papiers sur lesquels on a rayé à la va-vite la mention "sale succube (droit de fermer sa gueule)" pour la remplacer par la mention "fier guerrier solitaire (droit de vote, droit de frapper sa femme, droit de la tromper mais discrètement quand même, ou pas, etc.)", s'attribue la paternité des enfants, et repart avec femme et progéniture, conscient(e) du devoir social bien fait... et laissant le pauvre berger (car le berger est pauvre) seul avec ses chèvres (car le berger... oui, bon). Le devoir d'enfanter peut mener à ça. Précisément parce que le mot "devoir", comme les mots "femme" ou " homosexuel" sus-cités, sont toujours compris à un moment donné comme on veut bien les comprendre et que pour le reste, hein, l'intendance suivra, comme le disait le pénultième président-militaire de la Vème République. Autre variante : le lévirat. Une madame épouse un monsieur. C'est la fête. Malheureusement, on ne peut juger des potentialités en terme de fertilité du monsieur, parce qu'il meurt avant d'avoir mis sa femme enceinte (très belle expression, d'ailleurs, au passage). La pauvre veuve éplorée se voit donc imposer le frère de monsieur, qui glisse ses valises et le reste dans le lit conjugal, en espérant que des enfants naîtront de cette belle union (pardon, j'émets un jugement, ce qui est totalement interdit en ces disciplines, et à raison sans doute). Si c'est le cas, de qui sont les enfants nés de cette nouvelle union ? Du monsieur mort, en fait, parce que dans ce cas, il n'y a pas eu de nouvelle union. L'union initiale n'a pas varié son cours, le mari n'a pas changé puisque l'individu passe derrière le devoir d'enfanter, et au petit aîné, appelons le Kevin, on expliquera que son papa est mort trois ans avant sa naissance, mais que c'est son papa quand même. Et tonton alors ? Oh non, tonton, on s'en fout. Tonton, c'est papa aussi. Enfin, c'est le prolongement de papa. Enfin, file dans ta chambre, et va jouer à la Playstation, au lieu d'emmerder les adultes. Tu as vu l'heure ? Bref. Pourquoi tout ce laïus introductif pénible ? Pour rien, en fait, je me suis dit que j'allais être super malin, et esquisser ensuite un parallèle intelligent et futé entre le passage du devoir d'enfanter au droit de posséder son enfant, au passage actuel du devoir d'écrire-pour-les-autres au droit de posséder son livre-à-soi, qu'on-a-écrit-soi-même, ou qui porte au moins son nom sur la couverture, et induit donc toute la petite gloriole onaniste qui va avec. Mais là, franchement, ce serait quand même super indécent. Donc j'en parlerai à un autre moment. Ou pas.
Disons simplement que puisque l'enfant est devenu un droit inaliénable que, si les conditions physiologiques ne le permettent pas, la technologie se chargera de faire respecter (ce que je ne juge pas, là encore, mais qui est quand même un fait), il n'est quand même pas plus étonnant que ça que l'accès à la propriété soit devenu un droit inaliénable, que la libre possession de sa voiture propre soit devenue un droit inaliénable (et puis les commissions de surendettement sont là pour ça), que la libre possession d'un doberman dans son douze mètres carrés à Paris soit devenue un droit inaliénable (et puis un animal, ça ne ressent pas d'émotion, soyons sérieux - ah bon, d'accord), et que, par un non moins grotesque prolongement, tout un chacun puisse être écrivain un jour. Avoir son nom sur un livre, quoi (parce qu'en fait, c'est ça être écrivain - ah bon, d'accord) ; un livre qu'il a écrit (même s'il n'a rien à dire, ou aucun style) ou qu'il a fait écrire (s'il est passé plus de deux fois à la télévision, et/ou qu'il et/ou que son éditeur en a les moyens). Et zut, j'ai été indécent, du coup. Je n'ai pas pu m'en empêcher. Evidemment, que les deux évolutions ne sont pas assimilables en l'état, et qu'il est déjà dégueulasse d'esquisser seulement un tel parallèle. Evidemment que je ne juge pas les couples qui ont recours aux innovations technologiques, ou à l'adoption, pour pallier à la stérilité de l'un ou de l'autre des individus qui les composent, évidemment que les drames psychologiques qui sous-tendent ces situations n'ont que peu à faire de mes condamnations arbitraires (ou considérées comme telles). Bien sûr que non. Sur ce coup-là, je souligne une évolution - je ne lapide personne.
Pour être vraiment franc, je me suis dit un beau jour de benoîterie ordinaire qu'au moment de ma vie où j'aurais fait un enfant et écrit un livre, j'aurais accompli quelque chose sur terre. Voire que je pourrais m'en retirer fièrement, sur la pointe des pieds quoique au son des trompettes. Or je n'ai encore produit aucun de ces deux caprices (passez-moi l'expression, par pitié - je ne parle que de moi), pour tout un tas de raisons qui me regardent. Mais qui, pour ne parler que de celles liées à l'écriture, se résument principalement au fait que j'estime encore qu'une oeuvre, dans son style, dans le fond comme dans la forme de ce qu'on livre au monde, est porteuse d'une responsabilité, d'une exigence, et d'un travail d'arrache-pied que je ne bâclerai pas sous prétexte de vouloir aller trop vite en besogne. Et que c'est un peu valable pour tout le reste, aussi. Les choses ne se font pas à la légère. Celle-ci pas plus que celle-là. Ce qui explique sans doute à la fois mes attaques contre les critiques qui aiment tout, celles contre les écrivants qui veulent aller plus vite que la musique (avant de s'être même relu une première fois) et celles contre les systèmes bien rôdés reposant exclusivement sur une bonne connaissance du sens du vent. Qu'est-ce que je suis chiant, moi, quand je m'y mets.
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Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave...
Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave....
Nick Cave...
(De Nick Charles à Nick Cave, je me demand...
Bon, j'ai pas d'idée de post, en ce moment...