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La littérature québécoise existe, je l'ai rencontrée. (Mais qui en doutait ?) (Les franchouillards.) (Ah oui d'accord, alors.) Ok, d'accord, ce sous-titre est assurément le plus pourri du monde. Pourquoi ? Parce qu'il insinue subrepticement que la littérature québécoise existerait toute seule, comme un bloc, comme, aussi, un plat de haricots (les haricots ? tous les mêmes !) ou une assiette de croyants (les croyants ? des haricots, ni plus ni moins !). Or, et en bref, la littérature québécoise n'existe pas plus que la littérature française, et franchement : il y a des écrivains québécois - des bons, des mauvais - et des écrivains français - Guy de Maupassant, Florian Zeller. Point. Les uns ne sont pas plus comparables entre eux que les autres, mais il y en a qu'on connaît suffisamment pour pouvoir les classifier sur une échelle complète - de Machant à Trucler, donc -, et d'autres qu'on ne connaît pas assez pour... enfin, tout le monde aura compris. C'est d'ailleurs là tout ce que mon sous-titre veut dire, maladroitement sans doute : jusqu'à aujourd'hui, ou presque, je n'avais jamais lu un auteur originaire du Québec, qui taquine le joual sans ambage (qui mieux est). Donc je me dis, et simplement : ah ben oui, il y a de bons auteurs qui écrivent en français, mais qui ne le sont pas. Attention, je suis un fan de Kourouma, et vraiment, de Mohammed Dib aussi, et du défunt Driss Chraïbi. Mais là n'est pas la question, encore, et vraiment : non, il y a de bons auteurs qui écrivent en français, qui ne le sont pas, et-qui-viennent-d'Amérique-du-Nord (Littell n'étant pas le sujet ici). Donc voilà. D'un coup d'un seul, j'ai heurté une nouvelle francophonie, caractéristique dans ce qu'elle a de plus joliment non-strictement-francophone, de plus joualique, donc (et j'ai casé le terme "francophonie" dans un texte sur le Québec - je suis mort.)
Le joual, c'est cet (quatrième de couverture, merci) "argot populaire québécois souvent méprisé", que Michel Leeb aurait aimé imiter lourdement s'il ne s'était pas, en début de carrière, bloqué l'esprit (dont il n'était pas prodigue) exclusivement sur l'imitation lourdaude des Africains et des Asiatiques parlant français. Les "T'sé", les "tabârnac'", les "crisse de côlisse" et les "j'va conduire mon char loin d'c't'agace-pissette " qui font tellement rire les franchouillards parigoutiers quand ils sont complètement cons (ou ivres, ce qui revient un peu au même). Et pourtant. Et pourtant le joual, c'est précisément ce qui pousse les Québécois à prononcer, en lieu et place de "notre" "j'y ai perdu des heures", un "j'y ai perdu des arrhes ", nettement moins handicapant pour leur vie sociale. Ah ben oui, aussi, quand on connaît le sens du terme "arrhes", on comprend mieux que "ces gens-là" perdent beaucoup moins de temps que "nous" à en perdre, précisément, avant d'aller au coeur des choses. A se triturer le nombril en espérant qu'il en sortira un jour quelque chose. A se le regarder avec le seul espoir de le voir grandir sous nos yeux, idiots que nous sommes (et faire un jeu de mots nul, déjà, c'est mal, mais en expliquer le sens juste après, c'est pire - belle démonstration, Franswa). Ils perdent moins de temps au niveau du pieu, par exemple et sans doute - d'ailleurs ce bouquin le confirme indéniablement. Mais au niveau du reste aussi. Et franchement, voilà un apprentissage qui justifie qu'on reçoive une ou deux gifles au passage, des gifles qu'en l'occurrence on accueille presque avec le sourire. Eric Mc Comber, en l'espèce, et puisque c'est de lui qu'il s'agit - enfin de son livre, mais bon -, semble avoir écrit son Sans connaissance presque d'une seule traite, tant à aucun moment il ne frôle l'abîme, malgré la conduite sportive qu'il nous propose (ce que je viens d'ailleurs de faire avec cette dernière expression). Or le type s'en sort bien, et personne ne pourra en douter. La preuve (jugez sur pièce !), avec un passage du début (et je vous épargne les passages érotiques, qui sont tous bien écrits, mais tantôt franchement excitants, tantôt non moins répugnants - cette histoire de pépite me reste bien ancrée dans la tête, si vous me passez l'expression ; et comprenne qui pourra) : "On doit expliquer ce qui s'est passé dans le dedans de l'intérieur de notre moi profond pour que nous en soyons venus à manquer ainsi à nos devoirs, à trahir l'union sacrée de la famille. Frérot trouve le truc assez vite. Il s'accuse de tous les pêchés, pleurniche de remords, promet, déchire ses vêtements, s'immole au tapis... Tous les dimanches, il obtient sa libération sur parole. Moi, je ne suis pas pragmatique. Je plaide. Je discute. A la fin, après des heures de faux parlementarisme, neutralisé par leurs outils de psys, je finis par abdiquer, mais moi, je ne pleure jamais. Il y a deux ans, frérot m'a fait une petite blague et j'ai été sévèrement grondé à sa place, pour une sombre affaire de litière renversée. L'injustice me rendait fou. Je criais, je suppliais, je sanglotais. Mon père m'a pointé du doigt : - Tu brailleras quand t'auras saigné une chaudière de sang. Alors, je braille plus." Et un autre passage, encore du début, je ne veux rien gâcher (pour info, les parents sont des psys, donc, dont la salle d'attente est ornée de grands coussins mauves, et une "granole" est une "baba-cool" - le narrateur est alors, et encore pour le moment, un môme) : "La granole prend un air sympathique et vient me rejoindre. Elle pue. Sinon, ça serait une super-touffe, la granole. Maigre, mais quelle déesse ! Lui dirais, moi. Lui économiserais trois ans de coussin mauve, pauvre granole. Elle descend tous les samedis de Saint-Hyacinthe en auto-stop. Lui dirais, moi : - T'arrives pas à garder tes chums ? Mais non, spa parce tu te laisses pas recevoir. St'à cause tu pues. Tu pues des tsours de bras. Personne peut endurer ça !" Et on continue, sans trop avancer dans le bouquin (on va croire que je n'ai lu que le début - catastrophe. Je veux être sympa, ne rien livrer et tout, et on va croire que je n'ai pas lu le bouquin. Promis, le prochain passage, il est presque à la fin, tiens - ça va leur faire les pieds, aux détracteurs détraqués) : "Ca se passe comme ça pendant un bon bout de temps. Nous sommes élevés dans la non-violence, dans une sorte de granolisme grandiose catho-colonisé. En fait, à la base, mon frère et moi apprenons à nous prosterner devant les institutions : nos parents... l'Ecole... l'Eglise... les Lois... Le Règlement... les Traditions... Donc, on suit le programme. On se conforme. Il est pour nous tout naturel de nous rouler en boule et de nous laisser tabasser par toutes les brutes crottées autoritaires que recèle le quartier. Nous fuyons. On nous apprend à éviter autant que possible les conflits et à accepter la défaite comme une issue inexorable. Bien qu'à moitié têtes carrées, nos parents nous inculquent soigneusement la tradition canadienne française de la soumission. L'expression en usage pour dire pleutre est "pissou", déformation de pea-soup, terme injurieux utilisé par les Canadiens anglais pour désigner les Québécois." Et puis un dernier, beaucoup plus tardif dans le récit (ah ben oui, j'avais prévenu), et à la fois plus suspens et plus "couleur locale" (l'apprentissage de l'alcool et de la violence sont passés par là, pour caricaturer lamentablement le propos de l'auteur - comme celui du narrateur, au demeurant ) : "Paul pointe un immense revolver. Un calibre à la Dirty Harry ! Je reste bouche bée. Il est fou, mon drummer. Isabelle se tient là, au milieu de la rue. Elle se marre encore, c'est plus fort qu'elle. La tuque se retourne et aperçoit le canon anti-aérien de Paul. Le pied-de-biche tombe sans bruit dans la neige. Je vois enfin son visage. Oh ! C'est Jay Blackbird. Totalement certain que c'est lui ! Il ne m'a pas reconnu. L'atmosphère est apocalyptique, avec le gyrophare de la chenillette qui nous éclabousse de jaune en alternance et les sirènes des souffleuses qui s'activent tout autour dans le quartier, loin derrière le rideau de neige de la tempête. Paul s'approche de lui. Je crois qu'il va tirer... Il tient son pistolet à deux mains. Il a l'air de savoir s'en servir. - Man ! Sacrament, t'as failli me tuer ! T'as failli nous éffouèrer toué trois ! Mon câlisse, m'as t'mett' hors d'état d'nuire." Et je ne parle même pas, ici, de ce "Ti-crisse de glossaire" franco-joual que l'auteur nous sert dans les dernières pages du livre, et qui vaut la peine au moins pour cinq de ses définitions (je vous laisse découvrir les autres, c'est cadeau) : - "Matante : n.f. Tante (affectueux). On dit également mononc' ; ma matante, mon mononc'. Ecouter sans tarder les disques de l'ineffable Mononc'Serge. L'auteur prévoit que d'ici cinquante ans les petits Québécois ajouteront un autre préfixe affectueux à ce néologisme, ce qui donnera mon momonoc' et ma mamatante. Enfin. L'auteur boit, il est vrai." - "Light-bright : n.m. Jeu complètement débile constitué d'une grille criblée de trous et éclairée par derrière. on comptait que les bambins désoeuvrés des banlieues ficheraient de petites douilles multicolores de plastique translucide dans le tableau, ce qui devait les préparer à devenir junkies au LSD." - "Kickball : n.m. Sport loufoque, rejeton bâtard monstrueux du foot et du baseball, dans lequel les pauvres enfants sont forcés de jouer au baseball avec un ballon de foot pourri à la place de la balle et du batte, généralement dans une cour asphaltée parsemée de petites pierres coupantes. Opération montée selon toute vraisemblance par des agents secrets de la CIA, du FBI, du KGB et du Mossad pour empêcher les jeunes Québécois de se joindre au grand monde du foot, dans le but évident de les humilier, de les isoler sur le plan sportif de la France et du reste du monde. Résultat, les Québécois ont bien été obligés de dominer le hockey sur glace et le patinage sur courte piste, mais n'ont toujours pas de pays." - "Joual : n.m. Ensemble de dialectes et patois populaires québécois. Déformation du mot cheval. Fait l'objet d'une saisissante manifestation de socioschizophrénie affectant tant le cerveau que l'oreille des élites aristo, bobo et apprenti bobo québécoises qui renient tout de go son existence." - "Crisse : interj. Blasphème. Déformation de "christ"; Appliqué à une personne : vaurien. Veut également dire "très", comme dans "une crisse de grosse torche " : une très grosse salope." Ah ben si, j'en ai parlé, en fait. Désolé. Sans connaissance, de Eric McComber - traduction Eric McComber. Editions Autrement, 2007.
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Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave...
Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave....
Nick Cave...
(De Nick Charles à Nick Cave, je me demand...
Bon, j'ai pas d'idée de post, en ce moment...