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Je ne sais pas, ce truc swinguait comme rarement, une sonorité tellement apaisante que plus rien d'autre ne comptait vraiment. Pas langoureuse, non, pas une seule seconde - juste apaisante. Vive, rythmée, délicieuse, interactive presque, dans la mesure où ce dernier terme voulait encore dire quelque chose - mais apaisante. Tac, tac, tatam - trois pas en arrière, une impulsion du poignet et ta cavalière comprend plus vite qu'il n'est humainement possible de le faire qu'elle doit rejeter la tête en arrière, sur sa droite, évidemment, les quelques avortons libres de sa frange à peine esquissée allant valdinguer à l'extrême de son mouvement, pour le seul plaisir des yeux. Pas que des tiens, évidemment. Mais aussi des tiens. Tu es un pape, un coq en pâte, un héros invulnérable, un Dom Juan magnifique. Sa hanche gauche sous ta main droite bat d'une façon beaucoup trop intense pour être honnête. Pour le seul plaisir, cette fois-ci, de ta petite gloriole rien qu'à toi.
La même musique était posée là, en arrière-plan de ma solitude crasse. Un Random de lecteur, et tac, la chose était installée là, trônait en plein-air, à l'aise, comme si de rien n'était. Mes cellules se crispaient, se recroquevillaient chacune dans leur coin, sapant mon hypothétique envergure bien plus vite que l'alcool ne parvenait à la gonfler d'artifices divers. Une tristesse ivre, accompagnée d'une lumière crasse, que je n'étais jusqu'ici jamais parvenu à saisir durablement ni l'une ni l'autre entre mes doigts. Je les sentais se refermer toutes, l'une après l'autre, comme des bourgeons qui se seraient tous passés le mot, d'un seul coup : "non, en fait, ce monde est pourri - on s'arrache, les gars." Nouvelle piste. Nouvelle piste, donc. Une sonorité presque lancinante, un timbre de voix fragile comme la flamme d'une bougie presque éteinte. Je suis posé sur mon banc, le bassin en fonte et le sourire figé. Plus rien d'autre que moi-même ne devrait être en mesure, à cet instant, de m'amuser, tant je suis grotesque au bord de ce lac. Je pourrais être assis seul, dodelinant du chef comme une poule de laboratoire, coupée de ses pairs ou entourée de quelques chimères microscopiques qui souriraient à son monde comme seul un troupeau d'acariens cléments accepterait de le faire. Mais voilà, dommage pour toi : il y a quelqu'un d'autre sur le banc, assis à tes côtés sans que tu n'aies rien fait pour. Ah si. Mais non, pas vraiment en fait. Les choses se sont passées comme ça, et puis voilà. Tu regardes au loin, tu tires sur ta cigarette déjà inexistante d'inconsistance pour tenter de te donner un genre. Mais rien ne se passe. Pendant des jours, te semble-t-il. Tu t'ennuies, et je ne te félicite pas de le faire. Parce que nous ne sommes pas seuls, quand même. Ce type va se démonter la voix, à force de la pousser ainsi, comme pris d'une frénésie outrancière, jusqu'à ses derniers retranchements. Toi, tes organes ne sont déjà plus trop là - enfin si, tu peux encore les sentir, mais tu ne peux le faire, pour une fois, que parce que chacun d'entre eux te cause une douleur à peine humaine. Paradoxalement, c'est comme si chacun d'entre eux défilait devant tes yeux et au bout de tes nerfs, comme pour un baroud d'honneur dont la seule véritable victime ne sera jamais personne d'autre que toi. Ceux qui vont mourir ne te saluent pas, Empereur, mais ne peuvent s'empêcher malgré tout de se serrer une dernière fois la pince les uns aux autres : leur disparition va causer ta perte, dans tous les cas. Et l'autre, là, dont le filet de voix s'éteint presque, déjà. Enfin, bref. Nouvelle piste. A nouveau, cet arrangement-là te rappelle vaguement quelque chose. Ca bouge bien, c'est du faux hard-rock sans nul doute, et ça date pas mal quand même. Tu traines sur un banc - déjà-, et cette fois-ci, enfin ce coup-ci, il n'y a personne d'autre autour de toi que quelques moustiques succubes, dont tu pourrais connaitre chacun des petits noms s'ils ne te vidaient pas de ton sang avant la fin de leur danse macabre - ce qui est couru d'avance. Tu penses à cette année scolaire, à Machine dont tu es tombée farouchement amoureux, tellement amoureux d'ailleurs que tu es déjà en train de te demander de quelle autre Machine tu tomberas farouchement amoureux l'année prochaine. Peu de gens ont assimilé comme toi à quel point les vacances d'été devaient faire office de table rase absolue, au risque de sombrer, sinon, définitivement, dans une folie dont tu sais bien que tu ne cueillerais jamais les fruits. Déjà que la karchérisation annuelle de ton petit plan de travail ne donne pas grand chose, alors imagine les miettes de pain rassis que te feraient récolter la persévérance et l'obstination. Non, mieux vaut la jouer comme au Tiercé, sincèrement, et miser sur un nouveau cheval. C'est amusant, ça. Ta respiration est entachée de spasmes asthmatiques. Jusqu'ici, rien d'anormal. Mais plus amusant encore, chacun des spasmes semble parfaitement coordonné à chacune des grandes lignes de la batterie, comme si tout ton corps était plaqué, scotché, à l'extrémité d'une baguette gigantesque, qui cognerait en cadence sur une immense étendue de peau morte. Tu ne sais plus très bien qui tu es - la victime, la baguette ou la peau morte. Mais peu importe finalement, puisque personne ne t'a jamais posé cette question, "qui es-tu ?", dans l'espoir que tu y répondes de manière sincère, complète et satisfaisante Tiens, allons-y : c'est toi, la peau morte, la corne calleuse incrustée au fil des années aux endroits stratégiques de la main du joueur de jumbé, de caisse claire ou de tambourin. Ca te fera les pieds. Nouvelle piste. Ce chanteur est un junky magnifique de la côte Est, parait-il. Mais tu t'en fous tellement, en ce moment. Tu sens une main chaude au creux de ta main dont tu ne sens même plus la température, et tu aimerais regarder au loin, en te disant que ton regard est profond, mais ton regard est lourd et tu luttais déjà pour garder les yeux ouverts avant que cette main ne s'immisce entre les tiennes, comme une squatteuse que tu aurais pourtant appelé de tes voeux (mais sans un mot, bien entendu) pendant toutes ces heures. D'un coup, ce contact persistant sur la rigidité mollassonne de ta peau te donne envie d'explorer enfin le monde. D'explorer cette musique, d'abord et une fois pour toutes, que tu entends comme le chant d'un coq millénaire (et peu importe la vacuité de cette formule, tu vaux beaucoup mieux que ça), cette musique que tu pourrais reproduire en l'améliorant, toi, le héros intouchable, les doigts dans le nez et une pâte visqueuse de dentiste au creux de la bouche. Sans problème. Envie d'explorer ce corps, surtout, que tu sondes maintenant comme un morceau de spectre improbable. La nuit est tombée, tu ne sais plus qui tu es, mais les choses sont posées comme telles, alors autant en profiter comme une hyène condamnée d'avance.
Mes cellules avaient maintenant calfeutré leurs fenêtres. Mes organes jouaient depuis un bon moment la politique de la chaise vide. Mon souffle se manifestait de manière de plus en plus sporadique. J'étais franchement en train de me dire que j'avais tout gagné. D'ailleurs, là encore, alors que mon épopée dérisoire touchait à sa fin, la musique accompagnait encore chacun de mes pas. La preuve : elle stoppa net, une fois la dernière chanson achevée. Alors, je me suis dit. "Bon, ben respiration off, alors." Mais en réalité, c'est quelque chose de très difficile à faire, tout de même, ça, de couper sa respiration une bonne fois pour toutes pendant des tas de siècles. J'ai donc continué à faire semblant. Mes organes n'allaient pas beaucoup mieux, mes cellules n'étaient pas beaucoup plus fières d'exhiber leur face au monde, mon souffle jouait encore sa régularité à pile-ou-face, mais j'étais encore là. Appelons ça un caprice du destin. Alors je suis sorti danser, à nouveau.
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Bon. J'ai pas fait de post aujourd'hui, j'...
Pareil pour Micklin avec son éternel cigar...
Ah.... graisse moi la mouillette au st&nb...
Bon... auli...
Rien pigé. Hihi... Viens de voir une pu...