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Accueil arrow Littérature arrow Chroniques et Critiques arrow Cinq matins de trop - K. Cook
Cinq matins de trop - K. Cook Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Franswa P.   
24-06-2007

Eloge de la descente, ou les bouseux psychopathes.

Il n'existe qu'une chose plus sinistre que d'être nommé instituteur, et né dépressif, dans un patelin perdu de l'Outback australien : être le même instituteur piégé, sur le chemin du retour à la civilisation, dans un village de psychopathes alcooliques et quasiment consanguins. Bundanyabba, étape obligée du trajet anus-du-monde - Sydney : cinq jours d'arrêt forcé, tout le monde descend. Tout le monde lève le coude - tout le monde descend, donc, plus vite que la musique, pour tenter tant bien que mal de noyer l'ennui rivé à la torpeur écrasante d'une ville de rien peuplée de gens-de-rien.

Et l'étape provisoire devient piège infernal, la ville-cuvette se transforme en nasse : le démon du jeu te fait les poches, celui de la picole (que tu peux pas refuser, juste une bière de plus, allez je t'en remets une, sinon c'est mon  poing dans ta gueule, snobinard)  te plaque au sol, celui du sexe pathétique ébranle tes convictions, tandis que celui de l'ennui te fait intégrer, tu ne sais même plus comment, un groupe de pochards jamais en rade d'une bonne vieille idée à la con.

Oh tiens, si on misait des sommes astronomiques à pile-ou-face ? Oh tiens, si on allait écraser des kangourous en voiture ? Oh non, mieux encore, on va les écraser en voiture, et leur tirer dessus au hasard, aussi, avec cinq grammes de trop dans le sang et un couteau dans la poche pour arracher des trophées putrescents sur leurs cadavres souillés.

Bienvenue dans l'enfer. Tu veux partir ? Trop tard. Et puis d'ailleurs, ça fait bien longtemps que tu n'es plus capable d'émettre le moindre désir. Tu suis le mouvement, tu es en plein dedans, tu es le groupe tandis que ton corps n'est plus qu'une outre inconsciente. Une bonne fusion-acquisition de ton libre arbitre, et tournée générale dans ta face de piaf.

Pour survivre à Bundanyabba, ou faire comme si, tu n'as que deux choses à connaître, un gimmick à la Coué ("Yabba est la meilleure petite ville du monde" - surtout si tu n'en es jamais sorti, mais passons) et surtout, la règle sociale numéro un, millénaire, incontournable, infernale: "un verre, ça ne se refuse pas, pour qui tu te prends ducon ?" John Grant s'ennuyait ferme avec ses élèves mutants - or l'année se termine, à lui les vacances, la fuite en avant et le petit chèque grassouillet. Qui plus est, sa belle amie l'attend de pied ferme à Sidney (mais existe-t-elle vraiment ? On ne le saura pas, mais j'en doute fort, tant elle parait onirique dans l'esprit du gentil héros). Il n'a qu'à crécher une nuit à Yabba, et il prendra l'avion, vers de nouvelles aventures faites de tendresse, de douceur et de conformisme en col blanc.
 
Manque de pot pour lui, Yabba, tu l'aimes ou... tu finis par te faire une raison. Tu n'en sortiras pas. La caution morale et policière, chargée de réfréner les délires éthyliques et de veiller à la quiétude publique, est un pochtron, comme tout le monde. Tu n'en es pas un ? Tant pis pour toi: tu aurais quand même mieux fait de t'échauffer un peu, parce que tu n'y couperas pas. Rappel de la règle sociale numéro un : refuser de trinquer, c'est ne pas valoir mieux qu'une carcasse de kangourou, sur laquelle on roule en avant, en arrière, en avant à nouveau, pour lui apprendre les bonnes manières. Et puis deux balles dans la tête, pour déconner, et, ah oui tiens, trop bien, on va lui couper les parties maintenant, et les jeter aux orties. Et si après quatre jours tu tentes de t'échapper, la tête vrillée, le foie obèse et le coeur en charpie, tant pis pour toi, là encore. Le routier qui acceptera de te faire faire un bout de chemin te ramènera, toujours, comme dans un cauchemar, à Yabba. "Ah, tiens ? On t'a pas vu, c't'aprèm'. T'étais où ? Nous, c'est trop bien, tu sais ce qu'on a fait ? On a bu. A mort. Et pour fêter ça, maintenant, on va boire en jouant à pile-ou-face. Ramène tes fesses sinon je te brise.
 
Mais il y a aussi de la beauté, à Yabba, de l'amour, du romantisme. Yabba, sa sensualité, son érotisme torride : la fille de ton premier hôte, une gamine qui t'emmène dans les fourrés alors que tu as (déjà) trop bu, parce qu'elle aime bien coucher avec tout le monde et que tu n'es qu'un élément du tout-le-monde, après tout. A travers toi, c'est toute la ville qui s'abandonne en elle, et à travers elle, toute la ville qui te phagocyte une bonne fois pour toutes. Oubliée, ta fiancée perdue à l'autre bout du continent. Oubliée, ta fiancée fictive agrippée jusqu'ici à ta mémoire de névropathe. Oubliés, ta dignité, ton nom, le temps qui passe, l'avion de onze heures, la douceur mièvre d'une vie de sardine. Oubliées enfin, tes chances de te dépêtrer de l'hystérie collective, de ne pas tirer au fusil quand on t'en glisse un entre les mains, de ne pas ouvrir grand ton gosier quand on lui présente un liquide quelconque, de détester les gens détestables et d'apprécier les bons moments. Il n'y a pas de bons moments - il y a un tourbillon sans queue ni tête, et tu es un étron perdu dans le mouvement en spirale qui te mènera loin, très loin, très profond dans les égouts d'un monde qui se nourrit de poubelles et d'entrailles moisies.
 
Le tout dans la bonne humeur, bien sûr. "A la quatrième bière, les soucis d'un homme semblent bien moins insurmontables qu'ils ne le paraissaient avant la première (...) A la cinquière bière, un homme se laisse aller à apprécier ses compagnons, sauf Tydon. Tydon était un rat de première. Pourquoi deux hommes comme ces mineurs s'encombraient-ils de lui ? Malgré tous leurs défauts, ils n'en étaient pas moins des hommes, alors que Tydon était une créature tordue et répugnante." Et avec qui John Grant va-t-il passer le plus clair de son temps d'obscurité ? Avec Tydon, bien sûr. Logique. Logique et triste.
Logique et triste, mais normal aussi.
 
Pourquoi normal ? Si vous ne savez pas ce que c'est que d'être alcoolique, lisez donc ça :
 "Ses doigts tremblaient en s'enroulant autour du verre glacé et humide. Il le porta à son visage et respira la fraîcheur du liquide couronné de mousse.
Puis il fit absorber la bière à sa carcasse délabrée, rapidement pour anéantir la nausée, puis lentement pour sentir en lui la caresse des douces et capricieuses vagues de froid en provenance de son estomac. Puis il n'en restait plus."
 
Etre alcoolique, c'est chercher en permanence de mauvaises raisons pour se laisser aller.
 
Et si vous ne savez pas ce que c'est qu'un bon écrivain, lisez donc ceci :
"Il sirota prudemment sa bière et joua avec la fumée de cigarette dans sa bouche, la laissant s'échapper tout doucement pour qu'il puisse l'aspirer à nouveau par le nez. Ce qui, comme il se le fit intérieurement remarquer, ne contribuait guère à résoudre ses problèmes."
 
Lisez ce type. Il n'existe pas en France alors que des tas d'écrivains pourraves y vivent, et plus que tranquillement. Lisez ce type, qui existe dans son pays, enfin qui y existait avant sa mort, et qui passe les trois quarts de ses journées, encore aujourd'hui, à se demander pourquoi personne ne le lit en France.
 
Et en ce moment, ce type, ses journées durent des siècles, forcément.
 
Cinq matins de trop, de Kenneth Cook - traduction Mireille Vignol. Editions Autrement, 2006.  
Commentaires
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Franck-Olivier   |2007-06-25 07:47:43
Je jure qu'il existe des lieux comme celui-ci en France...si, si, un arrière-monde, un autre fond d'anus où croupissent des hordes de consanguins psychopathes qui se tirent dessus au 180 remington d'une montagne l'autre à au moins 5 grammes de trop, qui baisent leurs propres enfants et manquent (de peu) de tuer le premier étranger qui s'accoude à leur zinc à coups de pastis (que tu manges plus que tu ne bois) agrémentés, ça et là de manches de pioches, semelles(non, non, pas de vent) de rangeo et autres mimines aussi fines et douces qu'un demi tronc de chêne vert...

Excellent ton article Franswa. Encore un romancier qui va te bénir!
Franswa P.   |2007-06-25 08:28:37
Bien sûr, FOL, que ce genre de lieu n'est pas une spécificité australienne. Le bouquin, en revanche, oui.

Et béni depuis l'au-delà, ma semaine commence bien.
yannick b   |2007-06-25 09:35:09
grosso-modo, ça ressemble étrangement à " Cul-de-sac " ( Folio Policier ), le premier ( bon ) roman, un polar, de Douglas Kennedy, l'homme qui, aujourd'hui, vend des dizaines et des dizaines de milliers d'exemplaires de ses bouquins en France alors qu'il n'est pas édité aux USA.
Franswa P.   |2007-06-25 10:23:50
"Cul de sac" ? Et hop, un nouveau braquage de FNAC au programme.
C'est vra i qu'il y a certaines incrongruités au niveau de l'édition, et des succès d'édition, d'un pays à l'autre :
- Cook célébrissime dans son pays, et méconnu en France.
- inversement, Egolf et son Seigneur des Porcheries non-édités dans leur pays (les States) mais dont les droits ont été obtenus par Gallimard dès le départ.
- et question succès, Douglas Kennedy consacré en France et méprisé aux States (si je te suis)... ou, dans un autre registre, Mireille Mathieu au Japon (ah non, mauvais-exemple-pardon, elle est récemment revenue en force (?!) en France récemment).
Kill Me Sarah     |2007-06-25 10:28:11
Franck-O ça a l'air sympa l'endroit où tu vas passer tes vacances... si, si... tu me diras où c'est que je n'y aille pas surtout :-)
yannick b   |2007-06-25 10:32:34
les exemples sont multiples:
Joseph Wambaugh, à qui Ellroy reconnait devoir beaucoup, est une star aux USA ( ses polars se vendent par millions ), alors qu'en France, malgré plus d'une dizaine de traduction, il n'a jamais réussi à s'imposer ( et c'est bien dommage ).
et combien d'entre nous, à défaut d'être traduit ailleurs ( une sorte d'utopie ), sont totalement méconnus ici?
Ce que je veux insinuer, c'est qu'à talent égal, les journalistes, qui sont dans leur immense majorité des suiveurs, préfèrent fantasmer sur des écrivains étrangers que sur des franchouilles.
sophiek   |2007-06-25 10:38:34
avatar (à condition que le nom de l'écrivain étranger soit facile à écrire : Wambaugh, ça devait leur poser des problèmes, apparemment, ha ha !)
sophiek   |2007-06-25 10:40:41
avatar En même temps, tout le monde croit qu'un écrivain de polars comme Andréa Japp est étranger (je suis sûre qu'elle a fait exprès, d'ailleurs) alors qu'elle est Française. Faut ruser, parfois...
Franswa P.   |2007-06-25 10:45:14
Et Brautigan, d'ailleurs, dont on parlait il y a peu (et dont le plus grand succès, la pèche à la truite en Amérique, est loin d'être le meilleur, nous sommes d'accord), a-t-il du succès en France ? Et aux Etats-Unis, au delà de La Pêche, précisément, du succès aussi ?
(c'est une vraie question, hein, que j'adresse à notre camarade documentaliste psychotronique à poils longs.)
yannick b   |2007-06-25 10:51:18
du point de vue des ventes aux USA, Brautigan, je crois, s'est lentement écroulé, mais il a continué de publier sans prendre un autre job ( logiquement, quand tu vends 2 millions d'exemplaires d'un bouquin, t'es à l'abri pendant un sacré bout de temps, à moins de t'appeler Selby qui a réussi à tout claquer et assez vite. )
En France, je suppose que Brautigan est ce qu'on appelle un écrivain " culte " mais je suis pas certain qu'il vende beaucoup.
sinon, Franswa, tu m'auras tout fait: me traiter de documentaliste ( même psychotronique ), c'est dur.
( ps perso: dès que je peux, je t'envoie des photos de mes expériences capillaires et on comparera nos résultats. )
Franswa P.  - Yannick   |2007-06-25 10:56:45
Tu préfères "mémoire collective" (tes différentes personnalités constituant, de fait, un collectif), peut-être ? Ou Sage des Sages Arboricoles (n'importe quoi, bon) ?

Quant à ces clichés de tes récentes aventures de pelage, je suis évidemment preneur. Même si j'ai sans doute un peu d'avance (ah, tiens, on m'a traité de Starsky vendredi - les quolibets sont évolutifs.)
sophiek   |2007-06-25 11:37:14
avatar Ah oui, j'étais témoin. On a traité Franswa de Starsky. celui qui l'a fait n'a pas mesuré le risque qu'il prenait. Il a eu de la chance.
sophiek   |2007-06-25 11:53:03
avatar (Ils on failli traiter Fol de Hutch, mais ils n'ont pas osé.)(Et moi, je ne suis pas Huggy-les-bons-tuyaux, non plus.)
Axl   |2007-06-25 12:20:32
Tu as écrit tout ça après la vodka-piment-qui-t'arrache-la-tete... Je suis drôlement impressionnée !

Et sinon, il a l'air chouette ton bouquin, plein de vérités sur l'humanité...

"A la quatrième bière, les soucis d'un homme semblent bien moins insurmontables qu'ils ne le paraissaient avant la première"

Tu l'as dit bouffi !
Franswa P.   |2007-06-25 12:25:54
Oui, Sophie, j'ai constaté aussi. Les gens osent se foutre de ma gueule, mais pas de celle de FOL. Je le note (et je ne comprends VRAIMENT PAS comment ça se fait.)

Oui Axl, je suis un mutant quand je m'y mets. Quant à la vodka-piment, je la retiens pour mes pires ennemis. Toi, tu n'as été qu'une victime collatérale.
sève   |2007-06-25 13:12:02
Ca à l'air charmant cette histoire, ça me rappelle la campagne de ma bretagne natale.. Moi j'ai réussit à prendre l'avion( le train en fait), j'ai eu du pot!

Franswa, je ne devrais pas dire ça, mais la présence de vodka à ta périférie te réussit..

C'est une thématique la vodka ce mois-ci, non?
Franswa P.  - Sève   |2007-06-25 13:48:42
Eh eh. Ouais, on dirait bien. Disons qu'on a un spécialiste de la vodka qui est de passage ce mois-ci. Donc, c'est effectivement devenu un thème incontournable.

(mais mazette, la ville de Yabba rappelle donc des souvenirs à tout le monde ? Moi, à part une élection de Miss et Mister Crotoy au Crotoy (logique), avec des chasseurs d'oiseaux et des fratries de désaxés qui finissent par se battre à coups de fusil, je n'ai pas grand chose dans ce registre - cela dit, j'ai vécu très peu de temps dans l'Est de la France, aussi - ça aurait pu nourrir ma petite histoire.)
Phj.   |2007-06-25 14:15:31
Ah, j'avais beaucoup aimé Cinq matins de trop (et j'en garde un souvenir précis, vif et fort, ce qui est un signe indiscutable de la qualité d'un livre, pour moi). Il m'avait semblé qu'il y avait une sorte de mollesse dans la traduction, mais je ne sais pas où – pas vraiment dans les mots (les extraits que tu cites en témoignent), mais je en sais pas, quelque part dans le rythme. Ce n'est pas forcément la traduction, d'ailleurs.

Brautigan est quand même pas mal lu en France, hein, il me semble. Moins que Buk ou Fante ou autres, mais ses livres sont quand même régulièrement ré-édités, ré-imprimés du moins (sur la quatrième de l'un d'eux, il y a une phrase de moi, c'est la plus grande fierté de ma vie – après la page que j'ai eue dans Paris-Turf), c'est quand même qu'il y a toujours, 20 ans après sa mort, un "public" au moins stable.

A part ça, je suis entièrement d'accord : Franswa et Starsky ne font quasiment qu'un.
Franswa P.   |2007-06-25 14:30:46
Wouw, PhJ, je sens que cette question de la traduction te tient à coeur (je fais référence à des échanges passés au sujet de Brice Mathieussent - dont je viens d'écorcher le nom sans l'ombre d'un doute). Quant au souvenir "vif et fort", c'est exactement ça.
C'est un peu comme une balle dans le dos, sauf que tu souris quand tu la prends (et que tu te relèves après, accessoirement).

Ravi voir de te voir te radiner un peu dans notre tourbe collective, ça faisait une paie. Note, et de toute façon tu feras comme tu veux évidemment, que cet aveu n'a pas valeur de piège-à-loups...
...
... et si tu as compris cette phrase, ça tombe bien, parce que j'aimerais bien que quelqu'un me l'explique.

Enfin, concernant ces comparaisons extrêmement fumeuses dont tu te fais l'indigne relais (pas entre Brautigan et Paris Turf, ça ça se tient complètement), je ne t'en félicite pas.
Cela dit, je pense que tu serais flippé si tu voyais ma tronche en ce moment.
tsquaron   |2007-06-25 14:44:56
tu t'es tondu la calotte ? enfin ?
Franswa P.  - Tribute JM Bigard le Magnifique   |2007-06-25 14:54:19
Etant donnée l'une des définitions couramment attribuée au terme "calotte", je ne sais pas bien comment prendre ton commentaire, Tsquaron.

Mais dans tous les cas, la réponse est non. Mais je ne développe pas parce que ça deviendrait franchement bizarre.

(bon ben c'est bon, je suis paré pour faire le tonton relou dans les mariages, ça c'est fait.)
sève   |2007-06-25 15:02:31
what about bigard, il à même pas de cheveux, qu'est ce que tu racontes?
Franswa P.   |2007-06-25 15:08:07
Pardon, je craque.
C'est mal, je sais.
Je fais amende honorable.
...
... ça y est, c'est bon. Me voilà purifié (exorcisme express).
garrincha   |2007-06-25 18:42:16
De son vivant, Brautigan a beaucoup vendu mais sur un temps très court. McGuane a écrit quelque part qu'il avait été "jeté avec l'eau du bain".

Et d'après son grand pote Jim Harrisson (qui déclarait sobrement en 95 "J'ai beaucoup de mal à me remettre du suicide de Richard Brautigan" intervenu 11 ans plus tôt), il est mort dans la misère quasi-totale.

Et j'ai un souvenir excellent de la traduction de "Un privé à Babylone" pour ma part.
Phj.   |2007-06-25 19:08:14
Oui, j'ai souvent un problème avec la traduction, Franswa – mais faut dire que c'est un peu important, tout de même... C'est comme si on était obligés de voir tous les films en VF. En revanche, puisqu'on parle de Brautigan, là, elles sont souvent très bonnes. Celles de Marc Chénetier, oui (un Privé à Babylone), et surtout, je trouve, celles de Robert Pépin, qui sont à mon sens de pures merveilles (et qui, je suis sûr, AJOUTENT à Brautigan).
sophiek   |2007-06-25 20:49:33
avatar Ah, Robert Pépin, c'est le traducteur de Michael Connelly, aussi...
A.D.     |2007-06-26 09:35:38
Ah, Franswa, tu sais vraiment parler des livres que tu aimes, et transmettre ton enthousiasme! J'espère que mon libraire préféré a ce bouquin en stock...
Franswa P.   |2007-06-26 11:01:25
Garrincha, merci pour ses compléments d'information... mec. Nous avons donc un deuxième documentaliste - et c'est toujours utile.

PhJ, je n'ai pas dit que tu avais tort d'y porter un intérêt tout particulier (d'ailleurs ce n'est pas pour rien que je mentionne toujours le nom du traducteur quand je critique un bouquin). Cette hypothèse de l'Ajout (de l'Ajout ou de l'Encrassement, d'ailleurs), sans doute aisément vérifiable, mériterait qu'on se penche dessus.

Sophiek, idem que pour Garrincha.

AD, merci beaucoup. Je me suis arrangé avec ton libraire pour qu'il me reverse 10% de tous ce que tu dépenses chez lui, donc il l'aura, on se met toujours d'accord à l'avance - je sais, je suis un escroc. Mais on s'arrange entre Lorrains, et puis voilà (il faut bien s'entraider dans le dénuement, et même avec des Nancéens pourquoi pas).
misska   |2007-06-26 19:24:29
pfff il faudra que je revienne m'installer quand j'aurai plus de temps...
c'est sûr, ici on ne donne pas dans la brève de trois lignes ou le pitch de 10 secondes pour te vendre un auteur !
Franswa P.   |2007-06-27 08:56:15
Effectivement, Misska, on préfère essayer de développer un peu les trucs, ce qui forme souvent de gros pavés plus ou moins digestes (dans mon cas particulièrement).
Du coup, forcément, ça prend plus de temps à ingérer (voire à digérer... cqfd).
Be my guest, installe-toi comme tu veux - et quand tu peux !
Franck-Olivier   |2007-06-25 07:47:43
Je jure qu'il existe des lieux comme celui-ci en France...si, si, un arrière-monde, un autre fond d'anus où croupissent des hordes de consanguins psychopathes qui se tirent dessus au 180 remington d'une montagne l'autre à au moins 5 grammes de trop, qui baisent leurs propres enfants et manquent (de peu) de tuer le premier étranger qui s'accoude à leur zinc à coups de pastis (que tu manges plus que tu ne bois) agrémentés, ça et là de manches de pioches, semelles(non, non, pas de vent) de rangeo et autres mimines aussi fines et douces qu'un demi tronc de chêne vert...

Excellent ton article Franswa. Encore un romancier qui va te bénir!
Franswa P.   |2007-06-25 08:28:37
Bien sûr, FOL, que ce genre de lieu n'est pas une spécificité australienne. Le bouquin, en revanche, oui.

Et béni depuis l'au-delà, ma semaine commence bien.
yannick b   |2007-06-25 09:35:09
grosso-modo, ça ressemble étrangement à " Cul-de-sac " ( Folio Policier ), le premier ( bon ) roman, un polar, de Douglas Kennedy, l'homme qui, aujourd'hui, vend des dizaines et des dizaines de milliers d'exemplaires de ses bouquins en France alors qu'il n'est pas édité aux USA.
Franswa P.   |2007-06-25 10:23:50
"Cul de sac" ? Et hop, un nouveau braquage de FNAC au programme.
C'est vra i qu'il y a certaines incrongruités au niveau de l'édition, et des succès d'édition, d'un pays à l'autre :
- Cook célébrissime dans son pays, et méconnu en France.
- inversement, Egolf et son Seigneur des Porcheries non-édités dans leur pays (les States) mais dont les droits ont été obtenus par Gallimard dès le départ.
- et question succès, Douglas Kennedy consacré en France et méprisé aux States (si je te suis)... ou, dans un autre registre, Mireille Mathieu au Japon (ah non, mauvais-exemple-pardon, elle est récemment revenue en force (?!) en France récemment).
Kill Me Sarah     |2007-06-25 10:28:11
Franck-O ça a l'air sympa l'endroit où tu vas passer tes vacances... si, si... tu me diras où c'est que je n'y aille pas surtout :-)
yannick b   |2007-06-25 10:32:34
les exemples sont multiples:
Joseph Wambaugh, à qui Ellroy reconnait devoir beaucoup, est une star aux USA ( ses polars se vendent par millions ), alors qu'en France, malgré plus d'une dizaine de traduction, il n'a jamais réussi à s'imposer ( et c'est bien dommage ).
et combien d'entre nous, à défaut d'être traduit ailleurs ( une sorte d'utopie ), sont totalement méconnus ici?
Ce que je veux insinuer, c'est qu'à talent égal, les journalistes, qui sont dans leur immense majorité des suiveurs, préfèrent fantasmer sur des écrivains étrangers que sur des franchouilles.
sophiek   |2007-06-25 10:38:34
avatar (à condition que le nom de l'écrivain étranger soit facile à écrire : Wambaugh, ça devait leur poser des problèmes, apparemment, ha ha !)
sophiek   |2007-06-25 10:40:41
avatar En même temps, tout le monde croit qu'un écrivain de polars comme Andréa Japp est étranger (je suis sûre qu'elle a fait exprès, d'ailleurs) alors qu'elle est Française. Faut ruser, parfois...
Franswa P.   |2007-06-25 10:45:14
Et Brautigan, d'ailleurs, dont on parlait il y a peu (et dont le plus grand succès, la pèche à la truite en Amérique, est loin d'être le meilleur, nous sommes d'accord), a-t-il du succès en France ? Et aux Etats-Unis, au delà de La Pêche, précisément, du succès aussi ?
(c'est une vraie question, hein, que j'adresse à notre camarade documentaliste psychotronique à poils longs.)
yannick b   |2007-06-25 10:51:18
du point de vue des ventes aux USA, Brautigan, je crois, s'est lentement écroulé, mais il a continué de publier sans prendre un autre job ( logiquement, quand tu vends 2 millions d'exemplaires d'un bouquin, t'es à l'abri pendant un sacré bout de temps, à moins de t'appeler Selby qui a réussi à tout claquer et assez vite. )
En France, je suppose que Brautigan est ce qu'on appelle un écrivain " culte " mais je suis pas certain qu'il vende beaucoup.
sinon, Franswa, tu m'auras tout fait: me traiter de documentaliste ( même psychotronique ), c'est dur.
( ps perso: dès que je peux, je t'envoie des photos de mes expériences capillaires et on comparera nos résultats. )
Franswa P.  - Yannick   |2007-06-25 10:56:45
Tu préfères "mémoire collective" (tes différentes personnalités constituant, de fait, un collectif), peut-être ? Ou Sage des Sages Arboricoles (n'importe quoi, bon) ?

Quant à ces clichés de tes récentes aventures de pelage, je suis évidemment preneur. Même si j'ai sans doute un peu d'avance (ah, tiens, on m'a traité de Starsky vendredi - les quolibets sont évolutifs.)
sophiek   |2007-06-25 11:37:14
avatar Ah oui, j'étais témoin. On a traité Franswa de Starsky. celui qui l'a fait n'a pas mesuré le risque qu'il prenait. Il a eu de la chance.
sophiek   |2007-06-25 11:53:03
avatar (Ils on failli traiter Fol de Hutch, mais ils n'ont pas osé.)(Et moi, je ne suis pas Huggy-les-bons-tuyaux, non plus.)
Axl   |2007-06-25 12:20:32
Tu as écrit tout ça après la vodka-piment-qui-t'arrache-la-tete... Je suis drôlement impressionnée !

Et sinon, il a l'air chouette ton bouquin, plein de vérités sur l'humanité...

"A la quatrième bière, les soucis d'un homme semblent bien moins insurmontables qu'ils ne le paraissaient avant la première"

Tu l'as dit bouffi !
Franswa P.   |2007-06-25 12:25:54
Oui, Sophie, j'ai constaté aussi. Les gens osent se foutre de ma gueule, mais pas de celle de FOL. Je le note (et je ne comprends VRAIMENT PAS comment ça se fait.)

Oui Axl, je suis un mutant quand je m'y mets. Quant à la vodka-piment, je la retiens pour mes pires ennemis. Toi, tu n'as été qu'une victime collatérale.
sève   |2007-06-25 13:12:02
Ca à l'air charmant cette histoire, ça me rappelle la campagne de ma bretagne natale.. Moi j'ai réussit à prendre l'avion( le train en fait), j'ai eu du pot!

Franswa, je ne devrais pas dire ça, mais la présence de vodka à ta périférie te réussit..

C'est une thématique la vodka ce mois-ci, non?
Franswa P.  - Sève   |2007-06-25 13:48:42
Eh eh. Ouais, on dirait bien. Disons qu'on a un spécialiste de la vodka qui est de passage ce mois-ci. Donc, c'est effectivement devenu un thème incontournable.

(mais mazette, la ville de Yabba rappelle donc des souvenirs à tout le monde ? Moi, à part une élection de Miss et Mister Crotoy au Crotoy (logique), avec des chasseurs d'oiseaux et des fratries de désaxés qui finissent par se battre à coups de fusil, je n'ai pas grand chose dans ce registre - cela dit, j'ai vécu très peu de temps dans l'Est de la France, aussi - ça aurait pu nourrir ma petite histoire.)
Phj.   |2007-06-25 14:15:31
Ah, j'avais beaucoup aimé Cinq matins de trop (et j'en garde un souvenir précis, vif et fort, ce qui est un signe indiscutable de la qualité d'un livre, pour moi). Il m'avait semblé qu'il y avait une sorte de mollesse dans la traduction, mais je ne sais pas où – pas vraiment dans les mots (les extraits que tu cites en témoignent), mais je en sais pas, quelque part dans le rythme. Ce n'est pas forcément la traduction, d'ailleurs.

Brautigan est quand même pas mal lu en France, hein, il me semble. Moins que Buk ou Fante ou autres, mais ses livres sont quand même régulièrement ré-édités, ré-imprimés du moins (sur la quatrième de l'un d'eux, il y a une phrase de moi, c'est la plus grande fierté de ma vie – après la page que j'ai eue dans Paris-Turf), c'est quand même qu'il y a toujours, 20 ans après sa mort, un "public" au moins stable.

A part ça, je suis entièrement d'accord : Franswa et Starsky ne font quasiment qu'un.
Franswa P.   |2007-06-25 14:30:46
Wouw, PhJ, je sens que cette question de la traduction te tient à coeur (je fais référence à des échanges passés au sujet de Brice Mathieussent - dont je viens d'écorcher le nom sans l'ombre d'un doute). Quant au souvenir "vif et fort", c'est exactement ça.
C'est un peu comme une balle dans le dos, sauf que tu souris quand tu la prends (et que tu te relèves après, accessoirement).

Ravi voir de te voir te radiner un peu dans notre tourbe collective, ça faisait une paie. Note, et de toute façon tu feras comme tu veux évidemment, que cet aveu n'a pas valeur de piège-à-loups...
...
... et si tu as compris cette phrase, ça tombe bien, parce que j'aimerais bien que quelqu'un me l'explique.

Enfin, concernant ces comparaisons extrêmement fumeuses dont tu te fais l'indigne relais (pas entre Brautigan et Paris Turf, ça ça se tient complètement), je ne t'en félicite pas.
Cela dit, je pense que tu serais flippé si tu voyais ma tronche en ce moment.
tsquaron   |2007-06-25 14:44:56
tu t'es tondu la calotte ? enfin ?
Franswa P.  - Tribute JM Bigard le Magnifique   |2007-06-25 14:54:19
Etant donnée l'une des définitions couramment attribuée au terme "calotte", je ne sais pas bien comment prendre ton commentaire, Tsquaron.

Mais dans tous les cas, la réponse est non. Mais je ne développe pas parce que ça deviendrait franchement bizarre.

(bon ben c'est bon, je suis paré pour faire le tonton relou dans les mariages, ça c'est fait.)
sève   |2007-06-25 15:02:31
what about bigard, il à même pas de cheveux, qu'est ce que tu racontes?
Franswa P.   |2007-06-25 15:08:07
Pardon, je craque.
C'est mal, je sais.
Je fais amende honorable.
...
... ça y est, c'est bon. Me voilà purifié (exorcisme express).
garrincha   |2007-06-25 18:42:16
De son vivant, Brautigan a beaucoup vendu mais sur un temps très court. McGuane a écrit quelque part qu'il avait été "jeté avec l'eau du bain".

Et d'après son grand pote Jim Harrisson (qui déclarait sobrement en 95 "J'ai beaucoup de mal à me remettre du suicide de Richard Brautigan" intervenu 11 ans plus tôt), il est mort dans la misère quasi-totale.

Et j'ai un souvenir excellent de la traduction de "Un privé à Babylone" pour ma part.
Phj.   |2007-06-25 19:08:14
Oui, j'ai souvent un problème avec la traduction, Franswa – mais faut dire que c'est un peu important, tout de même... C'est comme si on était obligés de voir tous les films en VF. En revanche, puisqu'on parle de Brautigan, là, elles sont souvent très bonnes. Celles de Marc Chénetier, oui (un Privé à Babylone), et surtout, je trouve, celles de Robert Pépin, qui sont à mon sens de pures merveilles (et qui, je suis sûr, AJOUTENT à Brautigan).
sophiek   |2007-06-25 20:49:33
avatar Ah, Robert Pépin, c'est le traducteur de Michael Connelly, aussi...
A.D.     |2007-06-26 09:35:38
Ah, Franswa, tu sais vraiment parler des livres que tu aimes, et transmettre ton enthousiasme! J'espère que mon libraire préféré a ce bouquin en stock...
Franswa P.   |2007-06-26 11:01:25
Garrincha, merci pour ses compléments d'information... mec. Nous avons donc un deuxième documentaliste - et c'est toujours utile.

PhJ, je n'ai pas dit que tu avais tort d'y porter un intérêt tout particulier (d'ailleurs ce n'est pas pour rien que je mentionne toujours le nom du traducteur quand je critique un bouquin). Cette hypothèse de l'Ajout (de l'Ajout ou de l'Encrassement, d'ailleurs), sans doute aisément vérifiable, mériterait qu'on se penche dessus.

Sophiek, idem que pour Garrincha.

AD, merci beaucoup. Je me suis arrangé avec ton libraire pour qu'il me reverse 10% de tous ce que tu dépenses chez lui, donc il l'aura, on se met toujours d'accord à l'avance - je sais, je suis un escroc. Mais on s'arrange entre Lorrains, et puis voilà (il faut bien s'entraider dans le dénuement, et même avec des Nancéens pourquoi pas).
misska   |2007-06-26 19:24:29
pfff il faudra que je revienne m'installer quand j'aurai plus de temps...
c'est sûr, ici on ne donne pas dans la brève de trois lignes ou le pitch de 10 secondes pour te vendre un auteur !
Franswa P.   |2007-06-27 08:56:15
Effectivement, Misska, on préfère essayer de développer un peu les trucs, ce qui forme souvent de gros pavés plus ou moins digestes (dans mon cas particulièrement).
Du coup, forcément, ça prend plus de temps à ingérer (voire à digérer... cqfd).
Be my guest, installe-toi comme tu veux - et quand tu peux !
wow power leveling  - `WOW GOLD     |2009-05-21 04:45:55
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