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[Et oui, effectivement, ce titre est totalement puant.] On ne fait même pas exprès, j'en suis certain. Enfin pas vraiment. Disons simplement que c'est plus facile, plus évident comme ça, et puis voilà. Tout à l'heure, je rentrais chez moi à pied (ce qui est déjà passionnant en soi - car Moi aussi Je suis narcissique (TM)) en m'ennuyant ferme de toute cette marée humaine tout en ricanant quand même un peu, intérieurement, de la tronche de sept mètres que tirait tout le monde parce qu'il pleut en juillet, quand il m'est arrivé tout un tas d'aventures mentales incroyables que je pourrais aussi bien ne pas raconter mais que je vais quand même rapidement évoquer parce qu'elles sont incroyables précisément. Et non, en revanche, cette dernière phrase n'est pas trop longue du tout. Pour la faire brève, parce que je suis un être doué de clémence quand même, je me suis d'abord amusé à accoler artificiellement, au fil de ma progression, les portions de phrases extraites des différentes conversations tonitruantes qui émaillaient ma route. Pour un résultat qui n'a fait rire que moi, certes, mais très fort quoique de manière parfaitement introvertie : "Ah tiens, j'ai croisé Yannick Noah hier / il était assis à son pupitre et dessinait une maison / je lui ai dit que ça suffisait." vers Belleville, "C'est quand même dingue ce temps / on se demande quelle nouvelle loi il fera passer après ça / non, j'ai une ampoule je crois" un peu plus loin, "Ca te rend quand même radieuse / tu prends trop de médicaments je pense / ça se finit toujours dans la rue de toute façon" plus loin encore. Enfin, "Je ne comprends pas ce qu'il attend / Singbaladama dlama blimi" (du Tamoul peut-être, j'ai un doute) après encore quelques pas. En bref, la grosse poilade dans mes synapses, vous imaginez.
Ensuite, il a re-plu : tout un chacun s'est précipité comme d'habitude sous les porches et les auvents, alors je me suis fait pleuvoir dessus sans accélérer le pas (parce que je suis un rebelle, aussi), et j'ai disséqué la composition quasiment aléatoire des différents groupes serrés contre les autres comme des pingouins. En essayant de m'imaginer qu'ils se connaissaient tous, que rien n'était aléatoire, et que tous ces regroupements découlaient d'un processus atomecrochique (néologisme moderne et fun) tout à fait naturel. Il y avait trois Russes agglutinés devant un Monoprix, cernés par une grappe d'Américaines (1), trois gamins joufflus planqués contre un salon de coiffure afro (2), une femme enceinte au téléphone à la porte d'un restaurant turc (3) et une devanture de toile gigantesque que bizarrement, personne n'avait encore squattée (4). Après ça, je me suis ennuyé ferme tout de même, parce que ça va deux minutes mes conneries, alors j'ai pensé à autre chose : même mon infinie clémence envers moi-même a ses limites, et puis ça commençait à devenir un peu gnangnan, tout ça, à force.
J'ai pensé à autre chose, donc, parce que je n'avais rien d'autre à faire, en fait. Alors je me suis souvenu d'un vague débat que j'avais partagé avec je-ne-sais-plus-qui, peut-être même avec-personne-d'ailleurs, au sujet de la très forte propension que nous manifestons tous, je crois, dans quelque domaine que ce soit, à définir clairement les personnalités ou oeuvres cultes (c'est à dire posées comme indiscutables) auxquelles nous sommes insensibles (ou, pire, qui nous filent la nausée), et à revendiquer haut et fort cette marque de différence. Je prends quelques exemples directement tirés comme le bon vin de mon propre nombril : je n'ai pas du tout aimé La Conjuration des Imbéciles, de Kennedy O'Toole ; David Lynch m'agace prodigieusement depuis Sailor & Lula (non compris) ; Bob Marley ne m'évoque pas grand chose, les Stones non plus. Attention, je ne dénie pas à ces artistes leur talent, ni à ces oeuvres leur niveau largement au-dessus du tout-venant, pour la plupart d'entre elles au moins. Mais c'est là que le bât blesse : à force de vouloir le revendiquer à tort et à travers, au mégaphone sur un site de fans si je suis pervers et en le chuchotant au détour d'une phrase sur un forum plus généraliste si je suis plus pleutre ou juste un peu moins con (c'est selon), trois phénomènes sont susceptibles de se produire. - un délire emphatique qui va me pousser non plus à dire : "Bob Marley ne m'évoque rien" mais "je me fous de Bob Marley" (emphase sémantique, un peu provo), voire "Bob Marley est un gros cave" (provo pure, avec une bonne déformation de mon sentiment profond, en prime - l'indifférence se transforme en hostilité surgie de mon nulle part à moi, allez savoir pourquoi). Ce délire est en général consécutif de la rencontre, réelle ou virtuelle, avec un vrai fan authentique, qui me traitera d'hérétique et me poussera, ainsi, à la faute. Voire qui me cassera la gueule, plus simplement. - une justification de l'injustifiable, causée elle aussi par des admirateurs de ladite oeuvre ou dudit artiste, qui vont me demander d'expliquer le pourquoi du comment de... de mon indifférence, en fait. Et allez essayer d'expliquer par A plus B pourquoi les voitures vertes ne vous font pas particulièrement frémir de bonheur ou pourquoi manger de la lotte ou non, pour vous, c'est du pareil au même ? Et allez comprendre aussi pourquoi vous allez alors et tout de même essayer, au moins une fois sur deux, de le faire ? Le "je sais pas, je suis pas rentré dedans, juste" va là encore se transformer rapidos en un "le style de O'Toole m'irrite, et je n'ai pas cru deux secondes à son personnage, et puis je ne sais pas, il y avait quelque chose que j'ai trouvé fondamentalement puant là-dedans, et qui dépassait la simple personnalité d'Ignatius - et puis ces passages entiers relatant les écrits du personnage principal, hein, quel ennui aussi." C'est discutable, ça ne repose pas tout à fait sur rien, mais dans mon cas et par rapport à cet exemple précis, en fait, c'est un peu exagéré. Non, en fait, je ne suis juste pas rentré dedans. Pourtant, il m'est déjà arrivé de tenir le discours cité ci-dessus. Allez comprendre pourquoi je me suis efforcé de le tenir quand même, alors qu'il était, là encore, exagéré par rapport à la simple absence de ressenti que j'avais éprouvée à la lecture dudit bouquin (et allez aussi éprouver une absence de ressenti, je vous promets, c'est du sport). - une perplexité gênante, enfin, à l'égard de cette nécessité de se positionner à tout prix, consciemment ou non, par rapport à des références communes incontournables - et plus grosses sont-elles, mieux c'est. Comme si notre identité, notre visibilité, notre relief, notre présentation au monde devait absolument passer par l'énoncé par le menu des constellations auxquelles on ne se sent pas appartenir. La constellation Marley n'est pas la mienne, pas plus que l'étoile O'Toole ou la galaxie Lynch. Bon, très bien. Merci de l'avoir dit. Mais pourquoi ? Pour moi, ou pour les autres ? Pour exister aux yeux du monde ou pour essayer de me définir à mes propres mirettes ? Attention, je ne dis pas que tout cela ne repose pas sur de la sincérité à la base, je veux dire, ces oppositions sont rarement artificielles - mais pourquoi le faire savoir ? Tout le monde se fout de savoir que je n'écoute pas du Marley en me réveillant - ou bien est-ce ainsi que les groupes et les affinités se forment ? Sur ce dernier point, je suis quand même dubitatif : comme disent les vrais sectaires, j'ai un excellent ami qui aime Kennedy O'Toole (enfin les vrais sectaires formulent rarement des phrases comme ça, mais vous m'aurez compris). Non, en fait, ce que je ne comprends pas bien, vraiment, c'est à quoi répond notre besoin de nous positionner à tout prix. Je ne pense pas être le seul à jouer régulièrement ce jeu là - et pourquoi, alors, consacrer autant d'efforts à justifier notre désintérêt pour telle ou telle chose (gageüre intenable par définition) qu'à défendre ce qu'on aime ? Et je ne parle pas du dézingage en règle de ce que nous pouvons considérer comme des idoles illégitimes (c'est un autre débat ; là, les Stones, O'Toole, Marley et Lynch ne sont pas des usurpateurs à mon avis, même s'ils ne m'intéressent pas), mais de la course sincère quoique absurde à la caractérisation des incontournables que nous arrivons pourtant fort bien à contourner, pour notre compte, sans agoniser la bouche ouverte sur le carrelage d'une salle de bains miteuse. La question parait stupide, elle l'est sans l'ombre d'un doute, mais je me la pose quand même, excusez moi. Et c'est une vraie question - c'est à dire que je n'en connais pas la réponse, quoi.
(et pour les curieux passionnés par mes aventures mentales, voici le détail des histoires des gens-sous-les-porches croisés aujourd'hui. Chouette.) (1) ils s'étaient tous rencontrés lors d'un voyage touristique à Acapulco, et avaient décidé de se donner rencart à Paris parce qu'aucun de ces deux groupes un peu mesquins ne voulait parcourir plus de chemin que l'autre pour célébrer les retrouvailles. (2) ils erraient dans la rue depuis des années, trouvaient ça très rigolo et visitaient un nouveau quartier par mois, pour le fun. Ils ne se nourrissaient que de poissons panés et de pommes noisettes offertes par les restaurateurs alentours, d'où à la fois leur surpoids évident et le bonheur qui se lisait sur leurs visages. Le plus gros de la bande se faisait appeler Nestor le Charcutier, allez savoir pourquoi. (3) elle savait que l'un des types à l'intérieur du resto était son rencart Meetic du jour, du coup elle faisait sonner son téléphone mine de rien, pour essayer de repérer celui qui décrocherait - elle avait déjà eu de mauvaises surprises, plus la peine de prendre de risques. (4) un affreux carnage avait eu lieu à cet endroit précis une semaine auparavant : un 4x4 avait déboulé de l'intérieur du café, emportant dans sa course folle deux rombières, un pittbull et le bras restant d'un type qui était déjà manchot. Plus personne ne s'en approchait : un café qui vomit des Hummer peut bien vomir n'importe quoi à l'improviste.
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Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave...
Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave....
Nick Cave...
(De Nick Charles à Nick Cave, je me demand...
Bon, j'ai pas d'idée de post, en ce moment...