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[mes titres sont de pire en pire, pardon] Ben oui aussi, pourquoi pas. Ca ne veut rien dire, c'est gratuit, c'est syntaxiquement faux mais ça passe. Il y a de jolis mots dedans ("émotion", "soleil"), et même un mot délicieusement gonflé de soufre ("excitée"). Je vois pas pourquoi je m'en priverais. C'est comme pour "Positionnement céleste", "Fleur agonisante" (attention, rétrospective - ah ben oui, aussi, ça fait bien six mois que je livre certains de mes bidules, c'est largement assez long pour que je puisse me considérer moi-même comme un auteur maudit, c'est à dire à-consacrer, c'est à dire autorisé à se consacrer lui-même parce que personne n'a de temps à perdre non plus, merde, allez, hop hop, il faut que ça bouge un peu tout ça), voire "Le jour où..." ou "Si la mort..." (vous noterez au passage l'usage facile adroit des points de suspension, un pansement à la fois pour l'âme du lecteur et pour la fainéantise de l'écrivant). Tout cela ne veut rien dire, bien entendu, mais pète bien au beau milieu d'une toile cirée. Où pouvais-je donc bien vouloir en venir ? Ah oui, ça y est. L'émotion excitée du soleil, donc. Il fut un temps, reculé bien entendu, vous pensez, j'ai de la bouteille quand même, où il m'arrivait de marcher dans la rue. De marcher dans la rue le coeur en fête, comme on ne le dit plus du tout. De marcher vaillamment dans une rue gorgée de soleil, le coeur en fête, donc, mon gros Tann's sur le dos, une énième humiliation au fond de la poche, honteux de l'année scolaire que je laissais derrière moi, mais tout guilleret à la seule idée qu'une nouvelle année scolaire, fatalement, allait me tomber sur le coin de la gueule à la rentrée prochaine.
A l'époque, je n'étais pas grand, et j'avais beaucoup de cheveux. Mais j'étais quand même un peu différent d'aujourd'hui, notamment parce que pour moi, l'été constituait une jolie divinité, un peu lascive, dans laquelle j'allais pouvoir me perdre comme un escargot, en attendant le prochain cycle scolaire. Comprenez-moi bien, je ne vais pas vous parler ici du temps qu'il fait à Paris en plein mois de juillet - honnêtement, je n'en ai rien à battre. Comprenez-moi bien aussi, l'humiliation passée que je malaxais alors au fond de ma poche n'était pas l'humiliation insouciante des cancres bienheureux, fiers d'avoir été les plus populaires à défaut d'être les plus brillants, ni même l'humiliation punk des petits élèves moyens, heureux de pouvoir enfin, pendant deux mois, oublier toute notion de réveil ou d'emploi du temps, de devoirs et de comptes à rendre, pour aller s'oublier pépère dans un océan de rien et de n'importe quoi. Non. Ni l'un ni l'autre. J'étais plutôt bon élève, à la limite du larbinisme même, et l'été ne m'amusait vraiment que quand on m'y offrait l'occasion d'inventer des histoires et des jeux de rôle grandeur nature pour mon public déjà conquis de cousins, de soeurette et d'enfants d'amis des parents qui, bénédiction du calendrier, ne voulaient bien me confier ce rôle que parce que j'étais systématiquement le plus âgé de la grappe. Consciemment ou non, j'étais parvenu à dissocier d'un coup d'épée la nuée des plus vieux (une trentaine d'individus, au bas mot) d'un petit sous-fief, d'un microscopique sous-groupe d'une demi-douzaine de personnes au sein duquel j'étais (enfin) l'aîné. Et que je menais donc tambour battant, à travers les campagnes de l'Ain, les montagnes de Savoie et les plages des Côtes d'Armor, les plongeant dans des péripéties à base de brigands à tête d'animaux forestiers, d'ennemis capables de se déguiser en arbres et de scientifiques guidés par le rêve névropathe de contrôler toutes les créatures de la Mer pour les envoyer fondre, ensuite, sur la masse des Humains. "Mieux vaut être premier dans son village que second à Rome", aurait balancé une fois, dans une autre langue, l'ignoble César. J'emmerde César, et tous ses émules avec lui, mais je dois bien lui concéder, à lui ou à son scribe, que sur ce coup-là, il n'avait pas totalement tort. J'étais un petit mégalomane, moi aussi, et j'avais mes ouailles. Hallelujah. Sus aux branches, aux rochers et aux anémones de mer, la troupe intrépide franchira le Rubicon miniature qui s'offre à lui, ou se noiera dans une Bérésina dont personne n'avait encore entendu parler à l'époque (soit parce qu'ils étaient Romains, soit parce qu'ils étaient des bambins - mais dans les deux cas, ça marche, notez). Bon, alors. Finalement. C'était quoi, cette humiliation que je malaxais au fond de ma poche, au bout du compte ? C'était quoi, cette connerie, si ça n'était ni la branlée quotidienne des averses de mauvaises notes, ni l'arrachement perpétuel de cette petite somnolence matinale dont on voudrait bien, toujours, qu'elle dure pour la vie ? Et bien, on a fait le tour je crois, pourtant. A cet âge reculé - je veux dire, entre, grosso modo, dix et dix-huit ans -, quelles sont les trois mamelles qui nous donnent goût à la vie ? La réussite scolaire, ok. Les jeux divers, ok. Et sinon? Vous ne voyez pas ? Vraiment ? Ben les p'tites amourettes, bien entendu. Et comme j'ai toujours été trop prude (ou trop con) pour me satisfaire d'amours-éternels (mais-estivaux-quand-même), il m'a bien fallu, tout de même et dans la mesure où je n'ai jamais réussi à conclure avec qui que ce soit ou presque pendant ces terribles années, trouver à la fois un bâton pour me flageller moi-même et, du même coup, une bonne raison d'attendre la prochaine rentrée scolaire. C'est bien simple, au niveau amoureux, ma vie d'adolescent se structure d'une manière tellement limpide et systématique qu'elle m'angoisse encore aujourd'hui. Pour caricaturer - euh... ah ben non, même pas en fait : septembre, je tombe raide dingue d'une fille de ma classe (mais une nouvelle, faut pas déconner non plus) ; de septembre à juin, je me morfonds dans mon coin et m'imagine, au fur et à mesure du défilé des mois, que c'est bien évidemment réciproque ; en juin, je me déclare, certain de remporter le gros lot, et me prend un bonne vieille veste des familles pendant la kermesse, la fête de classe ou le bal dansant. Et j'ai les noms. Tous les prénoms, dans le désordre quand même : Héloïse, Yaël, Karine, Eléonore, Aurélia, Anne-Charlotte, Anne-Laure, Agnès, Leïla (oui, il y avait des bourges aussi - j'alternais pour augmenter mes chances, et puis pour changer aussi, un peu, quand même). D'une année sur l'autre, toujours une fille différente. Dans ma tête, je veux dire, vous aurez bien compris. Du CM2 à l'Hypokhâgne, mon année scolaire n'était motivée que par deux moteurs frénétiques, qui se résumaient ainsi : déterminer au plus vite, à la rentrée, celle dont j'allais tomber amoureux et donc, par extension, celle qui allait me démolir publiquement, avec plus ou moins de délicatesse, neuf mois plus tard. Le temps nécessaire pour que mon amour adolescent se renforce, se structure, pour finalement se prendre une bonne grosse raclée au moment d'exhiber enfin sa face au monde. Neuf fois neuf mois. Trois gamines, trois adolescentes puis trois jeunes filles. Du coup, vous comprendrez que tous les mois de juin, de 1988 à 1996, la fin de l'année rimait à la fois avec dépit ("tu es un pou, mon fils") et intense soulagement en prévision de l'année suivante ("Next ball. Shoot again."). Pour moi, donc, l'été qui débarquait enfin était à la fois synonyme de délivrance, de table rase, de vacances au cours desquelles j'allais enfin pouvoir être le chef de ma petite meute et, à terme, de nouvelle cible-platonique-pour-un-an. Et puis le temps passe, des choses arrivent, et le calendrier s'affole quand même un peu. Le boulot, les impératifs, tout le reste. Les mois de juillet et d'août qui deviennent soudain autre chose que des périodes inviolables de repos, de rêve et de convalescence. Le mois de juin qui ne ressemble soudain plus à grand chose, qui ne résonne plus aussi fortement qu'à l'époque, pas plus que la fin décembre ou que n'importe quelle autre période de l'année. Le Père Noël se prend une balle dans la nuque, le lapin de Pâques cuit dans la marmite, et l'été n'est soudain plus un trimestre au cours duquel la seule obligation de la journée est de prendre un petit-déjeuner fainéant avant d'aller plonger dans l'eau salée ou de griller des sauterelles à la loupe avant de les manger, trempées dans un onguent de gros sel et d'herbes de Provence (vous avez fait ça aussi, rassurez-moi ?!). Il faut maintenant décider de ce qu'on va faire de notre été à deux, ou de la façon dont on va l'étouffer dans l'oeuf, tout seul. De comment on va bien réussir à payer ses impôts, bordel, et de quelles sont les personnes qu'on pourra trahir et celles qu'on sera bien obligé de respecter encore un peu dans les mois à venir. Pour bouffer. L'émotion excitée du soleil, c'est ce moment où, selon les gamins, on souffle enfin de ne plus agoniser d'un amour à sens unique, d'un opprobre collectif martelé par toute la classe, ou d'un calendrier trop huilé pour être vraiment honnête. Parce qu'on sait qu'il y aura un après-immédiat, l'été au cours duquel tout tournera enfin autour du Vide, ou un après-tout-court, la prochaine rentrée où toutes les pendules seront remises à zéro. Moi, je demande juste : on fait quoi, quand il n'y a plus d'après, parce que l'été ne veut plus rien dire ? On fait quoi quand, parce que l'avant est déjà devenu une masse informe depuis un bon paquet de temps, le pendant existe en filigrane puisque l'après résonne à peine dans nos caboches ? Et ben on se démerde, mon grand. Et on sourit. Et on considère non plus l'année scolaire comme l'unité de mesure, mais la vie comme étalon. Ca a quelque chose de plus sublime, quand même. Alors arrête de te plaindre et reprends la barre, tête de noeud. Tu n'es plus un adolescent, il faudra bien que ça te rentre dans la tête un beau jour.
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Chez Zoë, y a bagarre !!!
Je reviens sur cognée: son tableau presqu...
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pour entretenir la polémic à Zoe: image:...