 Ca faisait un bon moment, quand même. Un bon moment que je ne m'étais pas essayé à vous faire ingurgiter la couleuvre théorique boitillante dite du "Vide contre le Vent". Ma Théorie (TM), le terme important dans cette dernière dénomination n'étant pas "Théorie", bien entendu (parce que d'une théorie vraiment, elle n'a que le nom) mais "Ma", adjectif possessif qui par définition (et qui plus est sur le grand Internet du Web mondial) contient en germes toute la raison d'être du terme qui le suit. "Mon" point de vue, "Ma" théorie, "Ma" journée du 9 août 2007, "Mon" état d'âme, "Ma" gastro-entérite (et, par voie de conséquence, "ton" indigestion, mais peu importe). Résumé des épisodes précédents : qu'est-ce que le Vent? En quoi diffère-t-il du Vide ? Corollaire : mais pourquoi nous en parler encore, dans la mesure où tout le monde se fout d'une cette thèse brinquebalante dans ce goût-là ? Ben je sais pas. Mais en gros, le Vent, c'est ce moteur collectif quasi-irrépressible qui ne mène à rien mais embarque tout le monde.
Pour n'en prendre qu'un premier exemple : la dispute entre les animateurs Arthur et Cauet (ou Ardisson et Fogiel, on s'en fout), dont tout le monde se moque royalement, mais que les médias relaient sans problème, qui devient le point nodal d'une quelconque interview adressée à l'un ou à l'autre. Que tout le monde suit globalement, qui va nourrir des entrées sur Youtube et Dailymotion, susciter des discussions sur des forums dédiés aux émissions télé (temple du Vent, par définition), occuper du temps d'antenne et du temps de zapping, etc. (note : ça marche avec la dispute d'untel avec untel, peu importe - le principal étant que la chose soit filmée - le tâcheron Michaël Youn quitte le plateau du misérable Fogiel, l'anesthésiant Vincent Delerm tourne le dos à l'autoproclamé poil-à-gratter Stéphane Guillon chez Bern, le pathétique Doc Gynéco s'énerve dans les locaux de Ouï FM, le mollusque Arno Klasrfeld jette un verre d'eau au visage du controversé Robert Ménard chez Ardisson, des choses comme ça). En gros, derrière tout ce fatras mille fois relayé, il n'y a rien, du vent au sens médical du terme, du Vent au sens médiatique du culte. Rien devient tout, parce qu'une machinerie parfaitement huilée a été mise en branle, d'autant plus efficace qu'elle est relayée par les chairs à canon elles-mêmes (moi, en l'occurrence), et ce sans même que ces dernières y soient contraintes et forcées. C'est là toute la subtilité du truc. On lance un départ de feu, et les brindilles s'agitent frénétiquement alors même qu'elles roussissent à leur tour.
Et mes exemples sont peut-être mal choisis, datés, mais désolé, j'ai lâché le grand cirque médiatique il y a quelques temps- je ne suis donc plus trop à la page. Et s'ils ne vous disent rien, franchement, vous ne pouvez que vous en féliciter (et m'en vouloir de les avoir imposés ici, comme une insulte, à vos matières grises). Je me suis toujours demandé pourquoi je gardais en mémoire le fait que Patrick Roy avait été le présentateur du Juste Prix au début des années 90, qu'il était mort, laissant ainsi la place à Philippe Risoli - ce dernier s'étant taillé un nom grâce à son art du lancer de micro. Aucun intérêt, franchement, dans chacune de ces affirmations, pourtant toutes véridiques. Et pourtant, elles me restent toutes en tête. Pourquoi ? Pour la même raison que les slogans "quand c'est bon, c'est Bonduelle" ou "Oasis, Oasis, c'est bon, c'est bon" (pour ne prendre que les plus puissantes, mais il y a aussi "Si c'est Daucy j'y vais aussi" - il faut bien que les marques exultent) restent toujours tapis dans un coin de mon cervelet, mobilisables à souhait. Parce que l'industrie du Vent s'est chargée de me les injecter dans la caboche, que des gens trouvent amusants d'en parler ou d'y faire simplement allusion dans le train, dans la rue ou chez des amis, que d'autres sbires encore plus larbins-volontaires ont créé des sites classant les "meilleures pubs des années 80" (ceci étant purement théorique : je ne suis pas contaminé au point d'avoir effectué cette recherche.), tandis que ponctuellement, quelqu'un se fend d'un rapide hommage à Patrick Roy, à Bonduelle ou à Carlos sur quelque média que ce soit. Le Vent, donc, dans son acception médiatique. Mais le Vent existe aussi à nos portes. Les blogs et les sites Internet constituent un fumier parfait pour le développement de ce Vent-là. Prenons une histoire simple : Machin64 dit de Tropcool874, sur son blog, que "Tropcool874, franchement, il fait trop de la merde", voire même, plus simplement encore, que "certains blogs font de la merde." Ca ne sert à rien, c'est complètement con, ça permet simplement de se positionner dans la galaxie, et puis voilà. Je dis ça, je parle de moi, bien entendu (vous ne pensez quand même pas que j'allais abandonner mon auto-centrisme aussi vite, si ?) : je l'ai fait à propos de deux billets du Buzz Littéraire, que je trouvais lamentables, je l'ai fait à propos des écrivaillons de l'ombre qui crachent sur tout pourvu qu'on les laisse s'asseoir à la table des grands, etc. Bon. C'est dit, c'est inscrit, c'est sur Internet. Là dessus, Tropcool874 (ou Wrath666, peu importe) apprend la nouvelle (révolutionnaire, on s'en doute), se fend d'abord (ou non) d'un commentaire chez Machin64 (moi, en l'occurrence), voire, plus fort encore, publie à son tour un billet assassin sur le compte de Machin64, expliquant pêle-mêle qu'il écrit comme un manche, que son site, c'est-d'la-merde, que ses collègues d'écriture sont des tâcherons, sa mère, une pute, ses tortues, des malades mentales, ses cheveux, du papier-cul pour cloporte diarrhéique. Bon. Et ben, qu'est-ce qu'il va faire, Machin64, à ce moment de l'histoire ? Au choix : fermer sa gueule (mais ce n'est pas très culte-du-Vent, comme attitude), répondre en commentaire à Tropcool874, ou encore pondre à son tour, petit prêtre apostolique d'Eole qu'il est, une note de contre-attaque. Et tout ça pour quoi ? Pour rien. Un événement a été créé ex nihilo, qui met en prime deux forces en présence qui ne sont aucunement des forces, en fait, puisqu'elles-mêmes n'existent pas vraiment. Et hop, selon l'audience respective des différents médias, ce sont de deux à, allez, cinquante personnes qui sont prises à parti, et se doivent impérativement de prendre position, de choisir le confort de la chapelle de Machin64 ou la souplesse de la guérilla Tropcool874-ienne. "Tu es avec moi, ou tu es contre moi." - "Euh... d'accord, mais tu es qui, en fait ?" - "Personne." - "Ah bon, ben ne m'en veux pas, mais je vais choisir le camp d'en face, alors." - "Mais non, en face, c'est aussi personne. Reste ici. Steplaît." - "Ah ok. Mais alors, c'est quoi, cette guerre des boutons à la con ? Et pourquoi devrais-je prendre position, moi ?" Ben pour rien, mon gars. Tu viens de te faire prendre dans une escarmouche de Vents contraires. C'est tout. "D'accord d'accord d'accord. Donc, pour le Vent, c'est bon, on a vu. Ca ne tient pas vraiment droit, c'est tout bancal, mais au moins, c'est mieux spécifié. Et le Vide, alors ? Et aussi, j'en reviens habilement à ma première question : pourquoi nous parler encore de ces conneries, franchement ?" T'emballe pas, fiston. Le Vide, selon moi, docteur ès Vide auto-proclamé, c'est tout l'inverse. Le Vide, c'est quelque chose qui attire peut-être moins que le Vent, certes (parce que nous ne vivons pas dans l'espace - les trous noirs, c'est pour les planètes (sombre injustice, d'ailleurs)), mais qui vise au contraire à faire surgir du sens à partir d'une déconstruction de tout le reste. Je n'en prends qu'un exemple, ici, parce qu'il me parle (et puis parce que vous commencez un peu à fatiguer, aussi) : le site "Scientists of America" ( lien ici), qui n'a d'Américain (et de scientifique, d'ailleurs) que le titre, et qui se propose de rédiger à peu près n'importe quel faux papier théorique pour démontrer n'importe quoi dont vous pourriez avoir besoin (quelques exemples récents : " écouter la radio rend plus performant dans ses activités ", " en Bretagne, il ne pleut que sur les Parisiens " ou " le taux de réussite au baccalauréat est proportionnel à l'intérêt du tournoi de Roland-Garros "). Validés par de vrais-faux chercheurs patentés d'outre-atlantique (parce que si ça vient des States, c'est mieux, évidemment), ces papiers développent, à la manière d'un Borgès nous expliquant calmement qu'on a retrouvé dans la main d'un prêtre évangéliste gabonais mort dans le désert de Gobi (ou de je ne sais plus qui) un texte prouvant l'existence d'une bibliothèque contenant tous les livres encore non écrits, des théories fumeuses qui n'ont pour seul but que de vous permettre, officiellement, de faire bonne figure face à vos détracteurs, à grands renforts de références allant (enfin) dans votre sens. Autre exemple (je vous ai eu, il y en avait deux, en fait) : le premier blog de Machin64 (décidément, quel branleur, celui-là) visait non pas à essayer de prouver que sa vie (ne présentant pas le moindre intérêt pour qui que ce soit), en fait, était super intéressante car universelle (" j'ai mangé au restau avec mon père hier soir, mais mon propos est riche quand même parce que ça m'a fait penser à la relation père-fils, dont je vais vous parler ici-même ; et puis, je ne sais pas si vous connaissez la cuisine malgache, mais je vais vous en parler aussi, vous allez voir, vous allez apprendre quelque chose"), mais à prouver au contraire, par A plus B, qu'un blog pouvait exister et se développer tranquillement sans jamais se départir d'une stricte vacuité du propos (" tiens, je vais lancer un concours de photos de pied - si vous avez des photos de vos pieds, envoyez-les moi, j'en ferai une mosaïque sur inDesign"). Le Vide, donc. Qui paradoxalement, et sous des abords évidemment lénifiants, essaie au moins de faire sourire, sinon de faire un peu réfléchir en plaçant non plus le miroir sur son propre nombril, mais face aux lecteurs eux-mêmes. "Clients" de Scientists of America ou visiteurs de chezMachin64, le but du jeu n'est plus de vous endormir en distordant la hiérarchie réelle de l'intérêt des choses, mais de balayer quelques instants le nouvel ordonnancement factice pour essayer de décrasser un peu la bécane. Le Vide, donc, par opposition au Vent. Je suis un enfant du Vide. Et j'en suis fier. En plus, pas besoin de se faire chier à bosser une thèse pour obtenir le titre convoité de docteur ès Vide. Il suffit de le vouloir très fort, voire de faire en sorte de le mériter (mais même ça, nul n'y est réellement contraint). L'anarchie passe par le Vide, la publicité par le Vent. La plupart du temps, je sais quel est mon camp. Mais des fois, je me laisse aller. Tiens, d'ailleurs, vous saviez que la potiche brune du Juste Prix s'appelait Tania ?
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Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave...
Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave....
Nick Cave...
(De Nick Charles à Nick Cave, je me demand...
Bon, j'ai pas d'idée de post, en ce moment...