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[La cheerleader est dans l'escalier.] Non, en fait, le sous-titre de ce livre est "modeste contribution à une sous-culture", mais comme je trouve en général mes blagues vraiment super drôles, et que là, mon "ma cheerleader est dans l'escalier" défonce vraiment tout à ce niveau (a-t-on déjà lu plus spirituel ? je pose benoîtement la question - et vous n'êtes pas obligés d'y répondre, bien au contraire), je n'ai pas pu m'en empêcher, un peu comme un animateur télé (décidément, c'est ma marotte en ce moment) qui essaierait de caser ses blagues par-dessus les propos de l'invité qu'il interviewe, quelque chose comme ça. Bref, le XXIème siècle, sauvage et narcissique. En temps normal, c'est à cet instant précis que j'introduis ma "séquence transparence", au sein de laquelle j'explique que ce bouquin, on me l'a donné, pire encore, un éditeur me l'a (indirectement, quand même) fait parvenir, donc que je suis un vendu et tout ça, mais là, non en fait, je vais m'abstenir pour rendre au livre la place qu'il mérite. Je pourrais aussi gloser des heures sur tout et n'importe quoi pour introduire mon sujet, évoquer l'ensemble des différentes interactions que j'ai nouées au cours de ma vie avec la sous-culture dont il est question, parler de mon genou qui me fait mal ou de mes lunettes qui sont cassées depuis des années mais que je continue à porter (des Optic 2000 spécial enfant dont tout le monde se fout, mais qui m'ont toujours été fidèles quand même), mais non. Je pourrais aussi introduire mon propos par deux paragraphes totalement vains, inutiles et pathétiques, qui en plus de ça constitueront les deux seuls paragraphes qui figureront sur la "Une" du site, avec pour conséquence évidente le fait que je n'aurais rien abordé du livre avant que les gens aient appuyé sur le petit bouton "lire la suite" ci-dessous, mais non, je ne peux pas être aussi escroc que ça. Non, je ne peux pas.
Dès l'introduction, Thomas Gunzig, auteur belge (j'aime bien ces biographies-éclair, uniquement justifiées par le fait que l'auteur vient d'un autre pays, McComber-le-Québécois ou, en l'occurence, Gunzig-le-Belge), nous explique un peu ce qui l'a poussé à consacrer un hommage vibrant, c'est à dire sanguinolent, glauque, à la limite du poisseux, à tous ces films d'horreur en grande majorité américains qui ont nourri, qu'on le veuille ou non, nos soirées solitaires comme nos après-midi loose, nos réunions viriles ou plus ouvertes à la mixité, nos discussions de cour d'école ou de machine à café. Des Massacre à des tronçonneuse bien flippants, des Brain Dead bien parodiques, et plus récemment, et plus belgement (oui, bon), des Calvaire parfaitement orchestrés, jouissivement malsains, mais qui sont passés à peu près inaperçus quand même, sans qu'on sache bien pourquoi, et malgré aussi le jeu excellent d'un Laurent Lucas saisissant d'humanité-désespérée et d'un Jackie Berroyer frappant de normalité-dégénérée (et je ne dis ça bien entendu que parce que j'ai un jour parlé à Jackie Berroyer, vendu que je suis, pourriture que j'incarne, larvitude que je charrie à chacune de mes inopportunes respirations). Un Calvaire cité d'ailleurs dans cette même introduction, un film d'horreur reposant essentiellement sur une théorie simple et terriblement vraisemblable : que se passe-t-il quand un village tout entier voit ses femmes disparaître les unes après les autres ? Que se passe-t-il après, quand une communauté humaine, même restreinte, se transforme du coup en une communauté strictement masculine ? Et ben la cata ; tenez, d'ailleurs, on va vous montrer (et vous allez morfler, sauf pendant cette scène magnifique au sens propre au cours de laquelle tous ces hommes dansent deux par deux dans un bar über-sordide, au son du piano, au cours de laquelle on lit quand même une forme d'amour saisissant dans les tressautements automatiques des gars, allez comprendre - oh, et puis, si vous ne comprenez pas, vous n'avez qu'à essayer de le voir, aussi, merde.) Revenons donc à notre propos, ça vaudra mieux. Mais pour le coup, ces deux paragraphes (le troisième et le quatrième, pas les deux premiers qui ne servent, pour le coup, vraiment à rien) ne sont pas totalement inutiles pour qui souhaite bien comprendre l'atmosphère et le background (non, je ne bosse pas dans la pub) ayant présidé à la rédaction du livre de Thomas Gunzig. Tous les codes et clichés de ce sous-genre (mais je sais qu'ici, notamment, on pourrait passer des heures, et à raison, à décortiquer la pertinence de cette appellation "sous-genre", voire "sous-culture", pour finalement la laisser agoniser la gueule ouverte dans un caniveau)... tous les codes et clichés de ce sous-genre, donc, nous sont présentés presque à la manière d'un documentaire, ou bien plutôt d'un hommage vibrant, cqfd. Les références affleurent - ma culture goristique extrêmement rudimentaire ne m'a sans doute pas permis d'en saisir le quart, mais elles affleurent quand même à tous les coins de page, et même dans la structure narrative générale, puisqu'il est question de cinq étudiants (évidemment) partant passer quelques jours dans une maisonnette isolée (évidemment) au bord d'un lac, maison qui a été autrefois habitée par une vieille femme seule et tarée (évidemment). Mais de quels types de personnages se compose la petite troupe, me demanderez-vous ? Vous vous en doutez un peu ? Et vous avez raison ! Un espèce de beau gosse assez connard, blindé de fric et roulant dans le 4x4 de son père (aussi appelé "quaterback de l'équipe de foot" dans les films américains), une potiche blonde à gros seins totalement décérébrée (aussi appelée "capitaine des cheerleaders", ou "présidente du club de la mode" dans les mêmes), un deuxième couple beaucoup plus acceptable (auquel le spectateur/lecteur doit s'identifier en toute logique) et un looser un peu gros, un peu moche, un peu pleutre (aussi appelé, pour son compte, "président du club de maths de l'école", outre-atlantique). Cinq personnages-types, que l'auteur n'essaie même de planquer ni sous quelques couches de psychologie à l'européenne, ni sous un argument-massue de type "oui, mais ils sont un peu différents de leurs modèles, quand même". Non, au contraire : c'est un hommage, on vous a dit, alors Thomas Gunzig l'assume parfaitement, et c'est, du coup, parfaitement jouissif à lire. Et que leur arrive-t-il, me demanderez-vous encore ? Là, on s'y attend moins, pour être franc. Les choses sont moins téléphonées, et c'est tant mieux quand même, parce que les films d'horreur, on les a vus, hein. Mais attention, à ce niveau, et sans rien déflorer de l'intrigue, je tiens quand même à préciser que l'hommage est bien adressé au cinéma d'horreur, pas aux teen-age movies. Ah ben oui, c'est très différent. Dans un teen-age movie, en fait, on apprendrait au fil de l'histoire que la fille qu'on croyait un peu moche (et qui est, en fait, super jolie dès le départ, c'est juste qu'elle a les cheveux attachés et des lunettes, mais visiblement, le spectateur n'est pas censé le comprendre, bon) est carrément plus attirante que la potiche quand elle détache ses cheveux et enlève ses lunettes (ah oui, d'accord). On apprendrait aussi qu'il est bien utile d'avoir un président de club de maths sous la main quand il s'agit de résoudre des équations à trois inconnues pour s'en sortir (peu importe le prétexte, c'est le corps du message qui compte), et puis que même si le quaterback et la cheerleader sont complètement cons, ils font quand même des personnages comiques parfaitement utiles à l'intrigue, surtout quand la fille moche et le président du club de maths deviennent super populaires à la fin, et que pour la première fois de leur vie, ils gagnent le concours de popularité du bal de prom-night, en lieu et place des deux précédents, tout ça. Non non. Thomas Gunzig ne salue pas dans son livre des films aux titres aussi lamentables que, je ne sais pas, mettons "La plus belle pour aller danser", "Toujours seul... sauf à la fin" ou "Retour au collège III". Non. Les films d'horreur, on a dit. Du coup, pêle-mêle, les personnages sont confrontés à toutes les situations atroces auxquelles on aurait pu s'attendre. Pourtant, et c'est là que réside tout le sel de l'expérience du lecteur, Gunzig ne choisit pas vraiment quel monstre il va mettre au devant de la scène, mais nous les sert tous les uns après les autres - mieux encore, les uns en même temps que les autres : du psychopathe pouilleux perdu dans les bois aux foetus-piranhas, des chauves-souris carnivores aux Blobs organiquement modifiés - tout, je vous dis, tout. Pour les combattre, du coup, les héros utilisent eux aussi tout et n'importe quoi, de la psychologie au fusil de chasse, du couteau multifonctions au montant de berceau arraché à la va-vite. Et ça saigne, et ça meurt dans d'atroces souffrances, et ça fait des bulles d'hémoglobine en essayant de livrer ses dernières paroles, et ça se fait passer dessus par d'horribles choses improbables... En fait, 10 000 litres d'horreur pure est un peu un condensé de toute l'iconographie classique (ou moins classique, d'ailleurs - j'ai noté quelques inventions enthousiasmantes, ou alors ma culture générale pêche, ce qui est possible aussi) propre à ce genre bien particulier, et c'est franchement un plaisir de se le faire infliger. Autre détail important : le livre est illustré par le dessinateur Blanquet, que certains ici connaissent (copinage volume trois, et hop), et ce qu'il dessine est là encore franchement dégueulasse... mais dans le bon sens du terme, si on peut dire. Si vous aimez vous faire peur, n'hésitez pas. Si vous aimez vous faire marrer, n'hésitez pas non plus. En revanche, si vous êtes une âme sensible... euh... n'hésitez pas non plus, en fait. Il faut être vraiment hypersensible, voire carrément nouveau-né, pour que cette lecture provoque en vous de bons vieux cauchemars des familles. Ah, tiens, à propos de famille, d'ailleurs, je... oui, bon. Lisez le livre si vous voulez, je ne vais pas tout raconter non plus. 10 000 litres d'horreur pure - modeste contribution à une sous-culture, de Thomas Gunzig. Le Diable Vauvert, 2007.
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Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave...
Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave....
Nick Cave...
(De Nick Charles à Nick Cave, je me demand...
Bon, j'ai pas d'idée de post, en ce moment...