 Ah ben oui, aussi. Après " Le pouvoir, ce qu'on en fait " et " Le pouvoir, quand on l'oublie " (j'aime tellement m'auto-citer, faire des boucles sur moi-même à l'infini, tourner en rond en parlant de ce que j'ai fait, en mettant tout ça entre guillemets, comme pour donner à tout ce fatras un air d'intelligence officielle, poser ma propre crotte dans mes propres mains, et m'en servir pour me dessiner un sourire satisfait sur le visage), il me paraissait quand même bien normal de produire (pondre, poser, créer, déféquer, là encore) ce " Pouvoir quand on l'emmerde" (et oui, le fait d'avoir mis des guillemets aux textes antérieurs m'autorise à en mettre au texte présent - ainsi va la vie narcissienne). Finalement, quand on y pense (mais qui pense au pouvoir ? Je veux dire, des tas de gens en rêvent, mais qui, qui ?, essaie de le penser vraiment ?) , le pouvoir n'est jamais rien d'autre que la conséquence d'une mise à l'oeuvre assumée de l'ambition, couplée à un désir forcené de s'arrêter en si bon chemin. Le pouvoir est une traînée aguicheuse accessible à tous, qui devrait susciter, après consommation, l'envie de cibler une traînée plus jolie et plus aguicheuse encore, mais en fait non, on s'arrête là, c'est bien.
Je veux tenir dans mes mains un livre à mon nom. Je veux que des électeurs mettent un bulletin à mon nom dans l'urne, jusqu'à l'étouffer. Je veux pouvoir dire "faites ça, les gars" et que les subalternes le fassent, même si c'est con. Je veux sourire et que tout un chacun s'en sente profondément soulagé. Je veux éternuer et que quinze personnes se pissent droit dans les bottes. Je veux avoir des filles pendues à mon cou, des liasses glissées plein mon portefeuille, ou alors l'inverse, ou alors les deux, ou alors je ne sais plus mais je veux enfin pouvoir baiser gratos ou presque. Je veux X, je vise X, ayant X je pourrais avoir Y, et d'ailleurs je l'ai peut-être déjà, mais c'est bon, pour moi, les efforts, c'est du passé - maintenant, je profite. Je veux un tourbillon indolent, de l'acquis, des lauriers.
Je veux qu'unetelle fonde quand elle entend mon nom. Je veux qu'untel se liquéfie quand il croise mon regard. Je veux que Papa soit enfin fier de moi, ou qu'il en ait enfin honte, ou qu'il en soit enfin gêné, juste. Je veux que Maman arrête de penser que je suis super, ou que la voisine arrête de venir sonner chez moi quand je fais trop de bruit. Je veux être Méduse pour les intrus et Hercule pour les inconnues. Je veux être, euh... Non, rien. En fait, je veux juste Etre. Mais avec une majuscule, hein. Je veux que les gens aient mal quand je me cogne le petit doigt de pied contre le montant de mon lit, qu'ils embrassent religieusement les papiers hygiéniques qui m'ont servi, qu'ils vendent ma morve sur eBay à des prix improbables, qu'ils me félicitent en pleurant quand je me fais péter le caisson. Je veux qu'ils harcèlent mes parents, qu'ils assiègent mes ex, qu'ils honorent les cadavres de mes tortues passées, et qu'ils prient devant les présentes. Le pouvoir, quand on l'emmerde, ne ressemble à rien d'autre qu'à un caprice de sale gosse. Le pouvoir, quand on l'emmerde, est une pathologie insignifiante. Le pouvoir, quand on l'emmerde du fond du coeur, n'existe pas vraiment. Le pouvoir, quand on l'emmerde, fond quand on ne prononce plus son nom, se liquéfie quand plus personne ne rêve de le croiser sur un coin de route, n'allume plus les yeux d'aucun Papa ni ne gêne plus aucune Maman quand il se noie dans son propre sang, dont l'existence même ne fait d'ailleurs plus débat, ne retient plus le geste de personne à la sonnette d'une porte, ne trouble plus aucun regard, n'excite plus aucun idiot, ne toise plus aucun mort-né. Le pouvoir, quand on l'emmerde, nous le rend bien, aussi. Vexé, il remonte dans les montagnes, en quête d'une nouvelle population à séduire ; il ne s'arrête plus de militer, son prosélytisme en berne, jusqu'à ce qu'un nouveau sujet, enfin, accepte de le recueillir comme un pauvre clochard. De lui servir la soupe chaude et de lui offrir son lit, sa maison, sa femme, sa santé et sa fortune. Avec le sourire, bien sûr. Et la même lumière fanatique, encore, qu'il avait pu lire auparavant dans les yeux de ses traîtres précédents. Le pouvoir, quand on l'emmerde, nous encage, nous torture, nous fait payer notre liberté, nous écrase de toute sa puissance factice pour nous prouver qu'il existe, en fait, et qu'on a eu tort de lui tourner le dos, en fait, et qu'il trouve toujours de nouvelles âmes à occuper, toujours, et que par le biais de ces âmes mortes pour toutes les causes, sauf pour la sienne, il peut nous faire payer au centuple l'infecte remise en cause qu'on a osé lui imposer, un bref instant. Les sales gosses, ceux qui en ont rêvé très fort, du pouvoir, et l'ont donc obtenu, puisqu'il s'offre sans vergogne à quiconque veut bien s'en emparer, sont là, existent, respirent, militent, suent tous les jours que ni dieu ni maitre ne fait pour tenter de lui donner une consistance. Au prix de la liberté des autres, bien entendu (le pouvoir ne prospérant qu'au prix de l'oxygène du reste du monde, évidemment), au prix de l'insouciance, de la rêverie, de l'imagination, autant de poncifs éculés qui pourraient exister pleinement s'ils n'avaient pas été classés comme tels, et définitivement, à un moment donné. - Tu fais quoi, dans la vie ? - J'essaie d'écrire / Je suis comédien / Je monte un spectacle de puces borgnes / Je suis chiropracteur nihiliste. - Ah oui, d'accord. - Quoi, "d'accord" ? - Rien. D'accord, juste. - Quoi, "d'accord, juste" ? - Rien. J'aime bien les gens comme toi. C'est important, dans une société. ... La société t'emmerde, l'ami. Ton pouvoir est moins grand que celui de tes supérieurs (et il y en a toujours) et plus grand que celui de tes subalternes (et il y en a toujours aussi). Quoi ? Tu gagnes de l'argent, l'ami ? Content pour toi. Tu peux licencier des gens, l'ami, ou alors les humilier juste ? Désolé pour toi. Tu peux faire retourner des foules sur un simple claquement de doigts, l'ami ? Mes condoléances, l'ami. Le pouvoir est ta petite pelote de réjection à toi, qui te permet de faire passer tes aliments prédigérés pour des pépites ? Tant mieux pour toi, ou alors tant pis. Dans tous les cas, dégage. Ta fatigue future me fatigue au présent. Ah mais oui, mais oui mais non. C'est super, le pouvoir tout ça. Quoi ? Il faut se battre toute sa vie pour être un petit, insignifiant, ne jamais dominer personne et mourir avec le sourire, une tatane sur la tempe ? Bien sûr que non, imbécile. Tu ne comprends rien, et c'est précisément pour ça que tu te rêves tellement omniscient. Il n'est pas question de courir derrière le pouvoir, ou au contraire de le rejeter en bloc, maladivement. Et tu sais pourquoi, l'ami ? Tu sais pourquoi ? Parce qu'il est question de considérer, une fois enfin, que le pouvoir est une chimère, ni plus ni moins. Un rêve éveillé. Le rêve d'un être irremplaçable que tu pourrais peut-être, tout le long de ta vie, incarner pleinement. Mais il n'y a pas d'être irremplaçable. Il est question d'emmerder le pouvoir, mais du fond du coeur. Ni de l'adorer, ni de le maudire, mais de considérer simplement, une bonne fois pour toute, que l'adoration, comme la contemption, sont des sentiments beaucoup trop forts à mettre en oeuvre vis-à-vis d'un artefact qui n'existe pas. Tu ne crois pas au Père Noël, quand même ?! Non ? Bien : du coup, tu l'ignores. Tu ne le hais pas, ni ne l'adores. Tu le laisses mourir à l'ombre, de sa belle mort éventuellement. Alors n'oublie jamais ça, juste : le pouvoir n'est jamais rien d'autre qu'un Père Noël qui, en plus, n'a jamais promis de descendre d'un quelconque ciel avec ses cadeaux par milliers. Tout ce qu'il promet, celui-ci, c'est de te permettre d'étouffer ta voisine si elle ne te plaît pas. Ta voisine dont tu te fous royal, finalement, quand bien même elle ne te plaît pas. Ta voisine que tu emmerdes, sans affect. Alors emmerde-le, le pouvoir. Ni plus, ni moins, là encore. Il n'existe pas, de toute façon - pas la peine de t'époumonner. Il est juste question de le lui rappeler.
|
link:http://www.youtube.com/watch?v=Esb...
Chez Zoë, y a bagarre !!!
Je reviens sur cognée: son tableau presqu...
link:http://www.youtube.com/watch?v=Esbt...
pour entretenir la polémic à Zoe: image:...