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Lu dans un éminent magazine culturel français (Les Inrocks, pour ne pas les nommer) qui consacrait, comme tous ses confrères, son numéro de rentrée à la littéraire, de rentrée, et à ses 700 et quelques nouveaux livres qui se disputeront le chaland dans les mois à venir : Jean Hatzfeld consacre un troisième bouquin au sujet qui l'obsède depuis maintenant 14 bonnes années, à savoir le fait qu'un beau jour d'avril 1994 les Hutus du Rwanda, bien encadrés par les forces militaires et policières du pays et équipés de machettes, se sont lancés dans l'éradication méthodique, organisée et soigneusement planifiée de leurs voisins Tutsie. On a même accolé un nom à cet épisode, une qualification, une catégorie: celle de génocide, puisque les historiens sont d'accord pour dire que ces massacres en ont bien tous les critères, toutes les caractéristiques.
Un nouveau livre sur le génocide, donc. Je n'ai lu - au moment d'écrire ces lignes - que le premier volume. "Dans le nu de la vie", paru en 2000, recueillait patiemment les témoignages des survivants silencieux et réservés des collines de Nyamata. Son successeur, "Une saison de machettes", donnait lui la parole aux bourreaux, à l'époque en prison et dont la parole était d'autant plus libre qu'ils n'étaient pas confrontés ni à leurs propres familles ni à celles de leurs victimes. Si Hatzfeld revient encore sur le sujet dans ce "Stratégie des Antilopes" (un titre qui fait référence à ces antilopes qui se regroupent lorsqu'un prédateur approche et qui se dispersent ensuite chacune dans une direction différente lorsqu'il passe à l'attaque), c'est d'une part en se concentrant sur un autre endroit - une forêt - où les tueries furent particulièrement efficaces (seule une vingtaine de personnes en sortirent, alors que près de 6 000 personnes s'y étaient réfugiées) et d'autre part parce que 40 000 bourreaux ont depuis, à la surprise générale, été graciés dans un élan de réconciliation nationale et que les exécuteurs et les victimes vivent à nouveau ensemble au grand jour. On pourrait penser que tout (beaucoup? trop? est-ce qu'on peut quantifier ça?) a déjà été écrit sur le sujet. Je n'y reviens pas ici, parce que je ne suis que moyennement compétent en Hannah Arendt et en Primo Levi, et puis surtout parce que ce qui m'importe c'est la spécificité - je crois unique en son genre - du travail d'Hatzfeld, qui est publié au Seuil mais dans la collection Fiction & Cie. Hatzfeld, c'est ce monsieur au cheveu rare, une sorte de baroudeur élégant, la ride aussi jolie et profonde que le regard. Ce monsieur qui fut le grand reporter de Libération pour l'Afrique des années durant, un homme qui n'en revient toujours pas de la faillite des médias occidentaux (qui ne rendirent compte des évènements qu'à l'automne) ni de l'inefficacité du grand discours du "plus jamais ça" et qui ne cesse donc d'arpenter le pays, depuis, en quête de ... bien des choses en somme. De réponses, de vérités, de témoignages, sans aucun doute. Mais pas seulement.
On y croise des nourrissons brûlés vifs, une mère dont on découpe les 4 membres et qui met 3 jours à mourir en plein marais, des foetus extirpés du corps de leur mère. Il vaut donc mieux avoir de l'estomac, pour cette littérature de combat. Comme Hatzfeld le dit lui-même, la fiction sert l'information d'une autre manière. Elle le doit, ou le devrait, en tout cas. En interview, il prend en exemple le vénérable exemple des Misérables comme modèle, et on peut de toutes façons constater que la simple information ne permet pas d'appréhender un évènement aussi inouï, aussi "ample" qu'un génocide. Elle tente, avec ses maigres armes, avec ses quelques mots, de redonner du sens à quelque chose qui n'en a plus : comment vit-on quand un jour on a été pourchassé des heures durant comme un animal ? comment vit-on quand un jour on s'est réveillé dans la peau d'un tueur sanguinaire capable de décapiter un enfant ? comment vit-on en sachant que ces choses là se passent ? Pour réordonner ce chaos, Hatzfeld n'a que des mots mais il en fait l'usage le plus simple et le plus efficace qui soit. Dans ses propres mots, en introduction au "Nu de la vie" :
"Un génocide n'est pas une guerre particulièrement meurtrière et cruelle. C'est un projet d'extermination. Au lendemain d'une guerre, les survivants civils éprouvent un fort besoin de témoigner; au lendemain d'un génocide, au contraire, les survivants aspirent étrangement au silence. Leur repliement est troublant. L'histoire du génocide rwandais sera longue à écrire. Cependant l'objectif de ce livre n'est pas de rejoindre la pile d'enquêtes, documents, romans, parfois excellents, déjà publiés ; uniquement de faire lire ces étonnants récits de rescapés. Un génocide est une entreprise inhumaine imaginée par des humains, trop folle et trop méthodique pour être comprise. Le récit des courses dans les marécages de Claudine, d'Odette, de Jean-Baptiste, Christine et de leurs voisins; la narration, souvent durement et magnifiquement exprimée, de leurs bivouacs, de leur déchéance, de leur humiliation puis de leur mise à l'écart; leur appréhension du regard des autres, leurs obsessions, leurs complicités, leurs interrogations sur leurs souvenirs; leurs reflexions de rescapés, mais aussi d'Africains et de villageois, permettent de s'en approcher au plus près."
La méthode est simple : il ôte du texte toutes ses questions ; il entremêle les témoignages de ses propres observations, de ses descriptions souvent très vivaces des endroits visités, de la vie quotidienne qu'il y voit. Et pour transmettre cette réalité autre, pour essayer de la déchiffrer, on s'appuie sur une finesse de language - si j'ose dire - toute particulière : les témoignages sont recueillis (soit directement soit par l'intermédiaire d'un interprète qui est aussi un survivant) en français du Rwanda. Dans cet idiome, un voisin devient un "avoisinant". Dans cet idiome, on peut devenir "le misérable de quelqu'un", on peut "se gâter le coeur de propagande et de gourmandise", on a des "maux de têtes et des maux de pensées" et on "pleure vengeance" . Dans cet idiome, on dit qu'il ne faut pas "emprisonner la haine des malfaiteurs, [sinon] elle ne pourra jamais sécher au grand air" mais que l'on ne peut pour autant la "laisser se faufiler dans bananeraie". On dit qu'après avoir vécu un cauchemard éveillé, on ne peut plus "trier comme auparavant les pensées de jour et les pensées de nuit". Dans cet idiome, lorsqu'un enfant se rappelle la férocité des tueurs massacrant à tour de bras une foule rassemblée dans une église, il dit "C'est une pénible inquiétude qui m'égare maintenant."
Alors, des réponses pour autant ? Rien n'est moins sûr. Cassius, l'un des rescapés dit que "la vérité vraie sur les tueries des Tutsis, elle nous dépasse tous pareillement". Cassius a 12 ans. Pour Hatzfeld, elle est d'autant plus impossible que tous, tueurs comme victimes, doivent réapprendre à vivre ensemble et que nul ne pourrait de toutes façons l'entendre. "Il n'y a pas de vérite possible. Tous le disent. Tueurs et rescapés." Il y a en tout cas ces quelques livres, cette poignée de mots pour essayer de donner un peu de sens à tout ça. On fait tenir le monde comme on peut. Et Hatzfled de confesser : "C'est vital pour moi de revenir les voir. C'est désormais une manière d'être".
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Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave...
Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave....
Nick Cave...
(De Nick Charles à Nick Cave, je me demand...
Bon, j'ai pas d'idée de post, en ce moment...