Je soupçonne quand même sacrément Jestaire d'avoir tenté le Perec-bis. Je veux dire, c'est vrai, celui qui me dégote une seule virgule à travers ces presque-huit-cents pages, je l'invite à une soirée littéraire pour qu'il puisse, à son tour, contribuer à polluer la planète en rotant du champagne (bien entendu) sur le ramassis de parasites (évidemment) consanguins (allons-y) que nous devenons tous fatalement dès l'instant où l'on accepte l'inacceptable, c'est à dire, bien entendu, se rendre à une soirée où qu'on cause de bouquins parce qu'on aime bien ça et les autres aussi alors c'est bien en fait. En plus, ça me permettra au passage de faire croire que je peux inviter des gens à des soirées littéraires gratuites et ouvertes à tous, ça mange pas de pain. *
Voilà. Il n'y a donc pas de virgule dans les presque-huit-cents pages de Tourville. Mais il y a des tirets, le petit malin est un petit malin, mais il ne m'aura pas comme ça quand même. Si vous avez bien suivi le début (qui était déjà pénible, je sais), vous pouvez maintenant poursuivre votre lecture, certes, mais alors vous n'avez pas bien compris tous les tenants et aboutissants de la Conspiration Littéraro-Trop-Méchante (TM) qui sévit sur le monde, et faites attention de pas vous faire bouffer au détour d'un mail d'invitation, moi, c'est tout ce que je vous dis. Bref, pour les plus courageux, c'est là, c'est chaud, on continue, on poursuit, on flanche pas (c'est bien parti pour être léger, ça, comme papier critique, encore une fois).
Bon, en gros et pour caricaturer de manière à peu près aussi lamentable que dans le nota-bene-totalement-inutile (TM) que vous pourrez lire à la fin de l'article, le style-Tourville (TM), c'est un peu ça, tant sur le fond que sur la forme.
Attendez, je m'arrête une seconde, mesurant juste après l'avoir écrite, l'outrance présomptueuse de la phrase précédente. "Tant sur le fond que sur la forme" - je ne m'interdis rien, moi, et puis en plus on comprend absolument pas ce que ça veut dire. Je vous le dis, ça sent les bonnes études de pipeautage, c'est pas croyable. Mais bon. Poursuivons quand même.
Oui, parce que c'est un peu "ça", donc - un truc complètement halluciné, qui part dans tous les sens, mélangeant, sur la forme, le langage parlé et... le langage super-parlé, en fait. Or ça fonctionne complètement, donc franchement, ça n'est pas du tout un problème sauf que, comme je le répèterai plusieurs fois au fil de cette critique, ça disqualifie quand même un bon volant de lecteurs, à mon avis. Mais il en va de ce point comme de tous les autres, et voilà d'ailleurs qui constituera un peu le second point nodal de ce magnifique papier, il s'agit là visiblement d'un choix parfaitement assumé de l'auteur, qui a tenté avec ce livre tout un tas d'innovations stylistiques, conceptuelles, oniriques et même au niveau de l'intrigue ou des sujets abordés, prenant par là énormément de risques dont j'estime très personnellement qu'il se sort de chacun franchement au pire très honorablement et au mieux impeccablement (c'est un ami, rappelez vous, on a grandi ensemble, et oui, vous avez tout compris, c'est uniquement pour ça que j'écris ça.) Non, sans blague, ce livre en est un très bon selon moi, seulement il est nécessaire de prendre en considération, avant l'assaut, le fait qu'il ne s'adresse sans doute pas, et sans doute malheureusement, à tout le monde (en même temps, citez-moi un seul livre qui s'adresse à tout le monde, hein - un bon livre, j'entends.)
Là, normalement, à ce niveau du papier, je vais vous faire un peu peur. Mais je grossis volontairement le trait, ne prenez pas ça pour argent comptant (enfin bon vous êtes grands). Grosso modo, si vous n'êtes pas teufeur et ne connaissez pas de teufeurs (voire si vous ne savez pas ce que signifie le terme "teufeur"), j'imagine que vous allez être confronté, au fil de votre lecture, à quelques passages qui ne vont pas vous paraître limpides-limpides. Idem si vous ne maîtrisez pas un minimum d'argot contemporain ou les titres de quelques jeux vidéos - pour les références people et les termes techniques de l'industrie du cinéma, ça ira mieux, je pense, mais bon quand même. Enfin, si le fait d'ironiser sur certains sujets sensibles comme la pornographie la religion la mort des petits enfants (Lalanne, désolé mais ça va pas le faire) ou l'incroyable quantité de liquides divers et variés qui peut surgir sans crier gare d'une carcasse d'être humain quand elle décide de sauter le pas, d'abandonner les conneries d'âme et d'esprit et de vie et tout ça pour choisir plutôt de porter haut l'étendard de son nouveau statut, exclusif, de carcasse à temps plein, par exemple, ça va coincer à un moment ou l'autre, je vous le dis. Evidemment.
Ca y est, normalement, là, vous avez super peur. Et je sais déjà (je sais, parce que je suis différent) ce que vous êtes en train de penser. Très bien. Disséquons donc ça, vos pensées du moment, là, comme ça, à brûle-pourpoint : "ah ouais d'accord, en fait c'est un bouquin écrit djeune's, avec des références télévisuelles à tire-larigot, du name-dropping à toutes les pages, de la provocation facile toutes les deux secondes, et tout et tout." Preuve que je ne suis pas un très bon avocat de la défense (en même temps je ne suis pas vraiment critique littéraire non plus, on l'aura compris), j'aurais tendance à vous répondre quelque chose comme "un peu, oui, mais non". Vous allez donc me dire que je vous prends pour des cons, et je vais essayer à ce moment précis de trouver un super développement qui me permettra de retomber sur mes pieds. Mais là encore, désolé, "oui, mais non". Je ne vais avoir besoin de mobiliser mes super-pouvoirs d'Escroc-Magnifique, en fait, parce que si ce livre peut passer exactement pour ce que vous avez pensé, au premier abord, en fait, il dispose en son sein d'un quelque chose qui lui évite précisément de s'enliser dans toutes les tourbes pénibles, insupportables même, que nous venons d'énumérer ensemble. Et ce quelque chose, précisément, c'est ce qu'on appelle la Littérature voire, rangeons ici les mots-valises, le traitement d'un sujet.
Ah ben oui. Toutes les caractéristiques de fond et de forme relevées jusqu'ici, servies en bloc et confinant au racolage pur et simple dans tout un paquet d'écrits divers et variés qui se vendent pourtant très bien en Relais H (et hop, un peu de snobisme au passage), font ici l'objet d'un véritable traitement, d'une mise en perspective à la fois réflexive et, bien souvent, hilarante, il faut bien dire ce qui est. Je n'en prendrai qu'un exemple : le langage, précisément. Certes, il arrivera au lecteur de croiser des passages entiers au sein desquels toutes les sonorités en "qu", j'entends par là les "c" suivis de "a", de "o" ou de "u", et puis les "qu" aussi, d'ailleurs, sont remplacés par des "k". Quelque chose comme "Kand est-ce Kon arrive ?". Bon. Et certains extraits de dialogues sont également rédigés en langage SMS. Bon. S'il n'y avait pas eu de mise à distance, de traitement donc, à ce niveau, j'aurais très certainement lâché le livre, écrit une-bonne-critique parce que Jestaire-est-mon-meilleur-ami et parce que je-suis-une-pute, mais lâché le livre quand même, au point même de me retrouver confronté à une situation très gênante à Noël prochain, quand Jestaire (ah oui, parce qu'il est aussi mon cousin, j'avais oublié - excusez cette opacité) m'aurait demandé si je n'avais pas trouvé la fin un peu trop délirante. Mais ce n'est pas le cas - au contraire, Jestaire joue de l'absurde en insérant du paratexte dans le corps du texte. Mais bon, comme mes piètres compétences en terme de défense d'un accusé quelconque ne sont plus à prouver, j'imagine que l'auteur doit être en train présentement d'exiger de se représenter lui-même, c'est pas possible, qui m'a foutu un baveux pareil - je laisse donc la parole à mon client, avec l'accord de la Cour. Jestaire, c'est à toi (et pour la petite précision d'usage, tous ces extraits forment des dialogues à l'oral, pas à l'écrit - sinon, il n'y a rien de drôle) :
- sur la SMSisation du monde, page 126 : "Alors t'as quel âge Coralie ? Elle me fait 16 - et toi Suzanne - elle me fait T con tu oiv bin kon é melju. On se calme les filles - je vois bien que vous jouez avec moi que vous pourriez vous exprimer de manière disons moins cryptique - ou alors il va falloir que je sous-titre."
- sur la contamination du "K" chez les teufeurs, page 273-274 : "et puis c'est quoi stambrouille de mettre des K partout quand vous parlez - il me fait hein de koi tu kauses ? Je lui dis TIENS tu vois tu viens juste de le refaire ! (...) t'es kon - je lui dis tiens voilà c'est l'exemple type - normalement on dit "con", et toi tu dis "kon" - il me dit bien c'est la même chose - je lui dis non la deuxième fois tu l'as dit avec un K - est-ce que c'est normal que tout le monde parle avec des K ? Est-ce qu'on serait pas en train de rentrer dans une sorte de phase tchèque ?"
- et, pour la bonne bouche, sur l'assassinat de la langue française, page 216 : "Gabi me demande et c'est quoi ce truc super-important à quoi tu pensais ? Je lui dis je sais pas je me souviens plus - toi par contre tu devrais surveiller ta syntaxe vous parlez le français n'importe comment par ici - mauvaise influence du Loft que tout ça."
En gros, on l'aura compris, si le narrateur est de plus en plus sujet lui-même à toutes ces contaminations-incorrections du langage, c'est précisément parce qu'il est de plus en plus coincé dans sa ville natale (Tourville dans le Nord, donc, pour ceux qui suivent), de plus en plus habité par elle, de plus en plus pollué en un mot. Point. Ah oui, tiens, d'aileurs : l'histoire. En deux mots, c'est un type atteint du syndrôme de Korsakoff et passionné de vidéo, fauché et barré, qui revient à Tourville, la ville de son enfance, pour enquêter sur la mort absurde d'un de ses meilleurs amis, parce qu'en fait il n'a pas grand chose d'autre à faire. Rapidement, il réalise que la ville est comme close sur elle-même, au sens propre, c'est à dire que des gens peuvent y entrer mais pas en sortir - à partir de là, il arrive à peu près tout et n'importe quoi à cette petite communauté coupée du monde, des faisceaux extra-terrestres à la technologie futuriste en passant par des épidémies, des délires collectifs, des dérèglements climatiques et des mafias qui s'affrontent (flics contre délinquants, sectes contre armée américaine, des choses comme ça). Le héros, Jean-Louis Nabucco, filme et commente l'ensemble sur une caméra qui émet les films en direct on ne sait où, et son état psychologique général ne s'arrange pas du tout au fur et à mesure de l'histoire.
Et voilà le deuxième point. L'intrigue. Ou plutôt, la construction de l'intrigue. Bien évidemment, fidèles à un Lynch qu'ils détestent autant qu'ils l'adulent, sans doute (d'ailleurs ils le disent, je crois), et forts de ce double ressort narratif que constituent d'un côté le fameux syndrôme de Korsakoff (une saleté mémorielle qui empêche celui qui en est atteint de reclasser les séquences d'événements auxquelles il a été confronté, voire d'enregistrer l'ensemble des séquences) et de l'autre, en miroir, la caméra vidéo et son fonctionnement, le narrateur comme l'auteur jouent à nous perdre dans le fil de l'histoire. Mais là encore, point de ficelle trop lourdingue, on se retrouve à nouveau plongé dans le traitement et la mise en abyme. Les sauts de paragraphe, en l'état, focalisent les points de rupture. Jestaire, les projecteurs sont braqués sur toi :
- sur l'explication du syndrôme, page 742 : "OK pour commencer j'ai ce problème que vous connaissez de ne pas arriver à remettre les choses dans l'ordre - une mémoire à court terme j'en ai bien une mais elle marche comme un monteur sous acide enfermé dans une régie avec une vache folle - des fois il manque des bouts des fois y en a plusieurs en même temps. En ce moment alors même que je vous parle je suis aussi sur la scène d'un club échangiste du centre-ville nommé le Kokotier - oui avec deux K je vois que vous connaissez."
- sur le jeu de décalage, un exemple symptomatique (ah ah), pages 639-640 : "Je sais pas ce que je fous dans cet endroit mais ça commence à me casser les couilles - allez cons de scénaristes - si on pouvait passer à autre chose ce serait sympa. [saut de paragraphe] Merci - c'est quand même incroyable que j'arrive pas à arracher deux informations cohérentes de suis à ces gens (...) Le timer dit 16h16 - le ciel dit plutôt 19 heures. (...) voilà maintenant que je suis dans le bus - il faudrait que le mec au montage se calme sur la coke."
Bon, en gros, vous avez compris l'idée. Et ça fonctionne bien, vraiment. Là encore, à la première apparition de l'effet, on se dit : "oh non, je... il va pas... je... ah si, mais ça va pas passer, c'est... et si. Ca passe." Et les apparitions suivantes se font sans heurt.
Rassurez-vous, plus que deux points. Le premier est consacré à la balance généralisée. En gros, tous les groupes sociaux en prennent pour leur grades, et à chaque fois, personnellement, j'ai trouvé ça bien vu, au sens de bien constaté, puis de bien rendu. Ce qui n'est déjà pas mal. En plus, tous ces passages là, je les trouve franchement hilarants. Evidemment, là, ça va être hors contexte, mais bon. Quelques exemples encore, mais il y en a vraiment des tas. Jestaire, je m'éclipse à nouveau :
- sur l'écoute du rap dans les groupes d'étudiants intellos, page 224. Pour vous situer la scène, en gros, une poignée de ces étudiants écoutent ensemble le morceau de rap composé par un type présent sur place : "l'air fâché Nathalie me fait chut chut il faut que tout le monde écoute. Les autres meufs bien sûr ne fument pas de beu -ni le frisé à lunettes qui fait genre j'écoute super-concentré - j'analyse ces lyrics hautement polémiques dans une optique camusienne voyons voir."
- sur les jeunes néo-nazis satanistes, page 210 : "Ils me disent qu'ils sont documentés tout ce qu'il faut - ils ont un contact bibliothécaire nordique ésotérique - ils ont tous les livres sur le 3e Reich - ils le savent eux qu'il y a eu de la désinformation - que l'holocauste c'était pour détourner l'attention. Diable - j'ai donc affaire à des gens qui se croient cultivés. (...) Eux me disent que je suis qu'un pauvre bouffon - un de ces mecs parisiens permissifs gauche caviar ami des homos qui ont mené ce pays dans la merde où il est maintenant - je leur fais excusez-moi mais une fois encore vous n'avez que seize ans en moyenne - vous pourriez pas avoir des conversations de jeunes de votre âge ?"
- sur les différents groupes dans les teufs, page 229 : "on passe devant des petits groupes - là deux meufs en veste kaki coupes de cheveux cyber piercings tatoos (...) Elle est très bien pleine de rage elektroklash." puis page 240 : "Cadre sur le feu - Gabi à côté de moi - un groupe de petites meufs macramé de gars jah attifés comme des oiseaux des faunes des fées de la Flute enchantée du Songe d'une nuit d'été seulement ils en savent rien - en moyenne ils ont seize ans ils savent à peine lire."
- sur les gens qui passent leur vie dans les centres commerciaux à vocation culturelle comme la Fnac, page 335 : "Vous savez moi je m'en fous c'est débile - je peux télécharger la même chose sur le Net pour peau de balle - d'ailleurs je me demande comment ça se fait qu'il y ait encore encore des gens qui viennent ici pour payer ces produits - ils sont stupides ou quoi ? Elle me dit non ils sont comme vous - ils cherchent un endroit où passer la journée ils écoutent les disques ils lisent les bédés ils regardent les pubs et les clips sur les écrans - au café ils mangent des petits gâteaux et des fois ils vont voir un film au multiplexe Pathé à côté - ici c'est un lieu de culture un lieu de vie quoi. Il y a des baffes qui se perdent."
- sur la fascination pour les serial-killers, page 404 : "Tourville c'est la ville des copycats. ici les gens sont tellement cons ils ont tellement peu d'imagination que quand ils veulent faire les intéressants ils font du copié-collé de l'actu - sauf qu'au lieu de passer au 20 heures ils passent dans la Voix des Flandres."
Enfin, et toujours dans le chapitre "références", mais de manière plus frontale, il faut quand même qu'on parle de David Lynch, Bret Easton Ellis et les Sims. Oui, parce que bon, évidemment, les allusions affleurent (surtout pour le premier et les derniers, en fait), au point qu'on pourrait se demander de temps en temps si ce procès facile, de faire du sous-Machin ou du sous-Truc, ne pourrait pas être intenté à l'auteur. Pourtant, là encore, Jestaire le sait visiblement très bien, qui s'amuse à jouer avec les clins d'oeil plus ou moins appuyés (le Cow-boy Marlboro, personnage récurrent, par exemple). Je n'extrairai qu'une citation pour chaque item parce que le bouquin a beau être mastoc, je vais finir par me faire poursuivre en justice moi, si je continue à éventer le bouquin au hasard des notes que j'ai pu prendre. Jestaire, donc, tu as carte blanche, et pardon :
- sur David Lynch, je... non, en fait, y en a trop. Pas besoin de revenir là-dessus.
- sur Bret Easton Ellis, page 497 : "Cadre sur la carte - une belle carte de visite avec le liseré doré et tout - enfin bon on va pas en faire une conversation."
- sur les Sims, parge 741 : "A présent je réalise que le père Goupil n'était rien d'autre qu'un Sim suiveur - celui de Gonzalez - comme le Belge avait le Chinois et moi Gabi avant Bruno."
Voilà voilà voilà. Cette petite critique-trop-longue (TM) vise avant tout à faire en sorte que, que vous achetiez et lisiez ce livre ou pas, vous sachiez dans quoi vous mettez les pieds, et que vous le fassiez donc en connaissance de cause. Quelqu'un m'a dit il y a quelques temps (sans doute un autre écrivain dont je suis le larbin, quelque chose comme ça, sans l'ombre d'un doute) : "Ah oui, tiens, le Jestaire - je me demandais justement si j'allais tenter de le lire." A lui, je dis : "banco, vas-y vieux flingue" (Copyright Tadek).
Aux autres je dis comme d'hab' : ben vous faites bien comme vous voulez.
* (nota bene totalement inutile) Ah oui, ah oui, parce que je l'ai rencontré, le Jestaire, on a même partagé une bouteille, c'est dire si vous pouvez arrêter illico votre lecture, me conspuer publiquement, maudire ma famille (qui commence à se demander pourquoi tout le monde la maudit sans raison, au passage) et décreter que ce papier n'est autre qu'un papier de complaisance, quelque chose d'extrêmement putassier qui me permettra, un jour et si j'écris un livre et qu'il est publié puis adapté en anglais au cinéma et que Jestaire dont c'est le métier le traduit pour le marché français, de faire en sorte qu'il ne trahisse pas trop ma pensée, c'est vrai, c'est la famille après tout, la Mafia - c'est bien simple, Jestaire c'est mon frangin, mon poteau, mon manager et mon amant, je le préfère avec les cheveux courts parce que c'est mon idole et que les idoles portent mieux les cheveux courts que les longs (regardez Jésus, et le Père Noël aussi), bref, si j'avais un Myspace je serai son ami sur Myspace et donc nous serions amis dans la vraie vie et on se tirerait la bourre et on rigolerait on marcherait ensemble dans la rue les gens auraient peur de nous nous respecteraient ce serait trop bien mais j'ai pas de Myspace donc en fait non (ceci était un tribute à la jestairisation du monde).
Tourville, de Alex D. Jestaire. Le Diable Vauvert, 2007.
A ce propos, un petit message à l'éditeur, quand même. Attention à la relecture - c'est nickel sur six cents pages, mais sur la fin, on trouve quand même pas mal, et de plus en plus, d'erreurs non corrigées. Enfin j'dis ça j'dis rien.
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