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" J'étais alcoolique, j'avais tout perdu, et je cherchais malgré tout un travail, pour rebondir. Je suis allé trouver un ami, qui bossait dans la pub. Il m'a dit : "qu'est-ce que tu sais faire ?". Je lui ai répondu : "rien, en fait." Il m'a lancé : "alors travaille dans la pub.. C'est le meilleur moyen qu'on puisse trouver actuellement pour faire de l'argent tout en étant, fondamentalement, un vulgaire incapable." C'est ainsi, peu ou prou, que nous a accueilli Knud Romer lors d'un pot à Paris, réunissant tout le gratin bloguistique (vous pouvez sourire, j'en étais - et le "gratin bloguistique", en soi, ça ne veut rien dire, évidemment) dont Anne-Sophie (" l'enseignement version 2.0"), Mandor (" c'est qui, le mec sur la photo, à côté de Mandor ?") et même des gens qui avaient promis qu'ils ne mettraient jamais les pieds dans une soirée littéraire parce que c'est vraiment trop un truc d'arriviste tout ça. Mais vous avez raison, on va pas en faire un fromage - on s'en fout. Et puis il y avait plein d'autres gens intéressants, aussi (*). Je me suis retrouvé, à un moment, en train de mendier le bouquin à la directrice d'éditions - Les Allusifs. Le chèque en main, du cash dans l'autre, une carte bleue au fond de la poche. Comprenez-moi : les passe-droit, c'est un truc que je connais mal. J'entreprends donc la dame pour qu'elle me vende un livre, et elle me répond quelque chose comme : "mais non, mais non, c'est gratuit, en fait" (ah, tiens, un accent québécois, ça faisait longtemps). Malgré tout, et surpris, je chourre un livre (gratuit, donc - le Arsène Lupin des échantillons on vous a dit) et le cache dans ma poche, avant de m'arracher assez vite. C'est idiot, sans doute, mais dans la mesure où je pense très sincèrement que le plus beau cadeau qu'on puisse faire à quelqu'un est un bouquin, payé normalement, le fait de m'en faire offrir un à l'oeil résonne en moi précisément comme si j'étais un escroc notoire, un Al Capone vivant, et donc je me fais dessus au moment précis où je m'empare du produit du larcin - pffrt. Allez comprendre. Ma bourgeoisie (TM), sans l'ombre d'un doute ; ou alors un dérèglement mental qu'on n'avait pas notifié à mes parents en leur remettant le produit. Mais enfin voilà - je n'aime pas qu'on m'offre des bouquins, ou plutôt ça brouille mes idées, ça me file des suées, un truc de dingue. Tenez-vous le pour dit.
Autre événement limitrophe par rapport à ce bouquin. J'en raconte l'histoire à ma mère, de passage à Paris pour visiter les trois quarts de sa portée nombreuse. Elle l'écoute, elle l'entend (car ma mère n'écoute pas, elle entend - c'est ma maman quand même, aussi), et me demande, le livre dans la main, si elle peut l'embarquer, là, tout de suite, alors que je ne l'ai pas encore lu. Ma mère, dont l'un des buts ultimes semble être depuis toujours de préserver le fonctionnement normal d'une société - à savoir, et notamment : les parents morflent, les enfants profitent en essayant de ne pas trop abuser, sinon c'est une main dans la gueule -, me demande les yeux dans les yeux si elle peut me ravir, brièvement, le résidu du menu larcin dont seul moi semble finalement penser qu'il en est un. Mais il faut comprendre, aussi. Ma mère et le reste du monde. Tous, presque sans exception, dans la famille, sommes nés, quelle que soit la génération, sur une surface d'environ quinze kilomètres carré, entre Creutzwald, Freyming-Merlebach, Forbach, Saint-Avold, Sarreguemines et, disons... Metz (le tout en Moselle - donc en France, si on veut ah ah ah). A partir de là, toute cette famille a été française avant 1871, allemande de 1871 à 1918, française again de 1918 à 1940, allemande de 1940 à 1945, puis française à nouveau. Certains diraient qu'on se re-transforme collectivement et systématiquement en Allemands pendant les périodes de guerre - et historiquement, ils n'auraient pas tout à fait tort. Mais voilà. Personne n'a choisi quoi que ce soit, d'ailleurs c'est bien pour ça qu'on a inventé le terme "Malgré-nous" pour qualifier les soldats alsaciens ou mosellans incorporés de force dans la Wehrmacht à partir de 1940 - enfin bref. Avoir deux arrières-grands-pères qui, nés à quelques kilomètres de distance, étaient respectivement dans l'armée française et dans l'armée allemande au même moment, face-à-face sur le front, franchement, tout ce que ça m'inspire, c'est que si l'un des deux avait été un peu moins branque que l'autre, je n'aurais pas été là. Point. Mais pour Knud Romer, et pour ma mère, tout cela sent très fort comme un vrai problème certes bien assumé, certes digéré à fond, mais pas moins réel pour autant. Et dans un cas comme dans l'autre, voilà identifié un ressort identitaire comme il y en a peu, finalement. Moi, bêtement, je n'ai été traité gentiment de "boche" que par des amis proches, et qui plaisantaient (et déjà c'était moyen drôle, mais bon), tandis que ma mère et Knud ont ou auraient pu être traités, la première en France, le second au Danemark, et respectivement, de "schleu" (enfin bon, avantage clanique : si on grandit sur place, tout le monde est logé à la même enseigne, donc les quolibets, personne ne les mobilise trop, de peur de se les reprendre dans la tronche comme un boomerang à la merde) et de "cochon d'Allemand" (ah ben oui, là, pour le coup, une famille allemande qui émigre vers le Danemark, elle perd sa solidarité-de-voisins, c'est bien normal). Les situations sont différentes, évidemment ; les contextes changent. Mais voilà ce dont Romer parle : d'un sujet parfaitement généralisable. Romer, donc, parce que c'est de lui qu'il s'agit quand même, parle dans son livre de son enfance, de celle de ses vieux, de son enfance en présence de ses vieux, en mêlant le tout, au niveau narratif, de façon franchement alambiquée, et pourtant parfaitement jouissive, compréhensible, préhensible même. Mieux, il sait ciseler des formules qui, traduites certes, vont droit au coeur (ah ben tiens, belle expression-cliché que celle-ci). Sur l'exclusion. Sur l'injustice. Sur l'injustice d'un fils d'Allemande qui rame son enfance, aux prises d'une communauté qui n'entend même pas le tuer proprement, non, mais juste le tourner en dérision jusqu'à la nausée. D'enfants qui, parce que leurs parents leur ont soufflé : "c'est allemand, donc c'est mal", reprennent le gimmick pour leur compte, comme des imbéciles qu'étaient déjà le paquet d'adultes qui les ont précédés dans la lignée, sans circonstance atténuante. Jusqu'à rouer de coup le pauvre gamin ou jusqu'à railler les efforts d'adaptation de sa mère - fugitive d'Allemagne pourtant, suite à la pendaison haut et court par le régime nazi de son premier fiancé, qui n'avait simplement pas eu le bon goût d'être en accord avec le totalitarisme. Mais peu importe. Dans l'esprit des Brutes, les emballages valent plus que le contenu, et un Allemand, c'est un nazi, un nazi c'est un porc, un porc un cochon (oui, là, à la rigueur pourquoi pas), un cochon un cadavre en puissance - et, par voie de conséquence, un fils de tout cela, c'est un damné pour toujours. Voilà ce que nous raconte Knud Romer, dans un texte riche, parfois trop riche même, trop complexe peut-être. Et voilà ce qu'on boit jusqu'à la lie quand on a décidé de se laisser séduire. Les gens sont des cons - ça, on le savait. Les gens sont des cons qui répètent les conneries proférées par leurs parents - ça, on le craignait ; et pourtant, c'est bien vrai. D'ailleurs, tu viens d'où, toi ? Je suis certain qu'en creusant un peu, et si je laisse mon cerveau de côté, je peux te défoncer pour une bonne raison, avec l'assentiment du Peuple. Conneries. Et la Terre tourne, pépère, en acceptant tranquillement ce genre de choses. Pourtant, en fait, je vais vous dire un secret : la violence collective n'a pas vraiment de nationalité. Si, si - je vous jure. Cochon d'Allemand, de Knud Romer - traduction Elena Balzamo. Les Allusifs, 2007.
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Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave...
Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave....
Nick Cave...
(De Nick Charles à Nick Cave, je me demand...
Bon, j'ai pas d'idée de post, en ce moment...