Vanessa Daou est une artiste rare. Quand elle chante, c'est si naturel qu'on a l'impression qu'il s'agit juste de sa respiration. Ses compositions semblent être toutes droit sorties de fantasmes faits de velours, de lumières qu'on baisse, de la douceur en cascade, de la sensualité matérialisée en musique. Vanessa Daou s'impose à son auditeur sans le brusquer mais avec tant d'évidence qu'on tombe amoureux d'elle en quelques minutes. Peu connue en France en dépit de son univers riche et bien à elle, Vanessa Daou, qui travaille depuis toujours main dans la main avec son époux Peter, est unique. Elle n'a rien à prouver, rien à revendiquer, elle vit sa musique, elle est sa musique. Languissante sans être sirupeuse, riche sans être écoeurante, une voix entre le murmure et le souffle, ronde et enveloppante. Histoire de réparer cette injustice totale qu'est la méconnaissance de cette chanteuse du côté de chez nous, Vanessa Daou a accepté cette interview et nous présente son travail et son approche de la musique avant la sortie de son album Joe sent me dans le courant de l'année 2008.
Dahlia : Est-ce ta rencontre avec Peter Daou qui a déterminé toute ta carrière de chanteuse? Car il semble que vous soyiez toujours en parfaite osmose dans votre travail...
Vanessa Daou : On peut dire ça, oui. Quand j'ai rencontré Peter, j'étais en dernière année à l'université de Columbia et passionnée de poésie. Le campus avait une scène de poésie très active, avec une forte tradition de représentations, et toutes les semaines j'allais y lire mes poèmes. A l'époque, j'écoutais beaucoup Leonard Cohen, Suzanne Vega, Billie Holiday, Julie London et Francoise Hardy, et je suppose que c'est à ce moment que j'ai commencé à développer ma "voix".
J'ai commencé à réaliser des disques instrumentaux avec Peter chez NuGroove Records juste pour rire, et un jour deux des DJ-producteurs m'ont demandé de chanter sur leur disque. C'était une piste lente, posée, avec une touche de dub et de reggae. La chanson a eu du succès et a attiré beaucoup d'attentions sur le plan international, dont celle de Columbia Records ici à New York. Je suppose que sans Peter, je m'en serais tenue plus strictement à la poésie et aux arts de performance aux arts de la scène, mais au bout du compte, je suis certaine que mon besoin de faire de la musique aurait fini par se glisser dans mes oeuvres.
[Illustration : Near the black forest, extrait de l'album Zipless ] D : Comment l'album Zipless qui est bâti sur les textes d'Erica Jong est-il né? Envisages-tu de participer à d'autres collaborations artistiques du même genre?
VD : C'est une idée qui germait en moi depuis un temps. J'ai rencontré Erica juste après mon passage à Columbia et nous nous sommes immédiatement senties liées sur les plans créatif et personnel. J'avais lu certaines de ses poésies dans le cadre d'une anthologie que j'avais étudiée à la fac. Quand j'étais plus petite, je me souviens que ma mère était une fervente lectrice d'Erica Jong et qu'elle m'avait toujours intriguée. Ma première approche de la poésie d'Erica a été Fruits and Vegetables, puis Becoming Light, un recueil de ses poèmes. J'ai été séduite par la beauté de son imagerie et par son amour du langage, et quand l'idée m'est venue, j'ai vu en un éclair les possibilités ; Il m'a semblé que transformer ses poèmes en chansons tenait de l'exploration de sa vie et de son époque, une sorte de fouille archéologique dans le coeur et l'esprit d'un autre artiste. On peut affirmer, je pense, que Zipless est l'expression de ma curiosité créative. Cette idée de rechercher, interpréter et recréer le passé ne cesse de me fasciner.
D : Dis-m'en plus sur ce qui te lie à la France, notamment par rapport à Etienne Daho [NDLR: Vanessa a fait la première partie d'Etienne Daho pour la tournée qui a suivi la sortie de l'album Corps et armes et enregistré avec lui le duo Make believe pour ce même album] VD : Mon amour pour la France remonte à mon père qui a été détaché là-bas à l'Armée pendant plusieurs années. Il parlait couramment français et racontait constamment des histoires sur les merveilleuses années qu'il y a passé. J'ai étudié le Français au lycée, puis à l'université, et j'aimais chaque aspect de cette langue, spécialement la poésie et la littérature. Quand j'ai découvert Françoise Hardy, ça a été comme une révélation. J'ai ressenti une sorte de familiarité avec elle que je n'avais jamais expérimenté avec quelque autre chanteur que ce soit. Quand j'ai rencontré Etienne, c'était le même sentiment de familiarité, son amour de la musique, sa voix chaude et veloutée, son sens profond du poétique, tout ça m'a parlé et m'a inspiré, encore jusque maintenant, d'une manière particulièrement puissante.
D : J'ai lu quelque part que l'album Make you love a été enregistré uniquement pour être distribué en France alors que tu es américaine. Et ça fait huit ans maintenant ! Travailles-tu sur un nouvel album qui bénéficiera d'une plus large distribution?
VD : Oui, Make you Love n'a été distribué par EMI qu'en France; et par nos soins ici aux Etats-Unis. Après le 11 septembre, je me suis intéressée à l'idée de créer un album vraiment intime, un album qui exprime et explore les aspects internes à mon existence. J'ai commencé à tenir des journaux et des carnets à dessins au sujet de mes pensées et de mes observations. En 2004 je me suis découvert, et j'ai commencé à approfondir, un amour des langages de code informatique. J'avais toujours eu envie de créer un album vraiment multi-média, un album qui soit aussi visuel et immersif que poétique et musical. J'avais inclus des illustrations dans plusieurs de mes albums, mais je n'ai commencé à complètement voir qu'une expérience vraiment multi-média était à ma portée qu'en apprenant à déchiffrer et à transcrire des langages informatiques. Mon nouvel album Joe sent me explore ces nouvelles frontières de média, englobant la communication visuelle et sonore.
D : L'un de tes albums s'intitule Dear John Coltrane qui est un grand monsieur du jazz. On te range d'ailleurs souvent dans la catégorie jazz, alors que ta musique sonne aussi bien lounge qu'electro, parfois même neo-classique. Quelles sont tes influences et la façon dont tu élabores tes paroles et compositions?
VD : Mon panel d'influences est large, et ma musique en est le reflet: Billie Holiday, Bob Marley, Chopin, Jean-Pierre Rampal, The Cocteau Twins, Björk, Neil Young, The Pretenders, Nick Drake, Jane's Addiction, Chet Baker, Phillip Glass. Pour moi, la musique est un document de l'âme: la voix, le souffle, le coeur et l'esprit. Toutes mes influences sont là dans ma musique.
D : Tes clips, photos ou même des extraits de tes concerts sont très difficiles à trouver sur le net. Pourquoi te fais-tu si rare sur ce media?
VD : Mes clips de MCA/Universal ont, semble-t-il, été retirés de sites comme YouTube à la demande du label à cause de problèmes de copyright. Universal s'attaque actuellement à des problèmes d'ordre légal et technique autour du cyberspace et de la propriété intellectuelle ; je posterai bientot mes vidéos, ainsi que quelques images prises lors d'un de mes spectacles au "Palace", sur MySpace. Récemment, j'ai mis la main sur quelques vidéos de mes performances à la "House of Blues" à Los Angeles et ici à New York au "Manhattan Center", où j'ai fait mes débuts en première partie de Jamiroquai.
(Propos recueillis par e-mail en novembre 2007, remerciements tout particuliers à Lison et Nicolas qui m'ont été d'une grande aide pour la traduction des questions/réponses de cette interview)
Pour découvrir plus encore Vanessa Daou en images et en musique, vous pouvez vous rendre sur son MySpace officiel .
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