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Plus fort que le plagiat, l'auto-plagiat ! Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Dahlia   
29-02-2008

 Je pense que nous cachons tous dans le ventre de nos ordinateurs, dans des cahiers soigneusement dissimulés ou sur des feuilles volantes rangées dans des pochettes cartonnées, des écrits de jeunesse – ou pas -  qu’on n’aimerait pour rien au monde ressortir et montrer à quiconque. Par contre il est vrai que parfois on écrit dans un moment de frénésie des paragraphes sublimes au milieu d’un texte qui lui l’est vachement moins. La fameuse théorie de la pépite au milieu de la boue ou de la rose sur le tas de fumier. Je ne sais si ça vous arrive, mais parfois je réutilise ces fameux paragraphes des mois, voire des années après pour les intégrer sur d’autres textes si je considère qu’ils y ont leur place. D’ailleurs, il m’arrive même en ce moment de reprendre des pans de mes blogs pour le manuscrit de mon roman. Un peu emmerdant si on le publie un jour, il peut y avoir une impression de redite pour les lecteurs ? Hum, bref je n’y suis pas encore n’est-ce pas.

Oui, nous sommes nombreux à faire cela, sauf que la plupart du temps, ces textes dorment dans nos affaires et personne ne pose ne serait-ce qu’un œil dessus. Aucun scrupule à avoir donc sur le fait de leur redonner vie ailleurs.

Sauf quand on s’appelle Pascal Bruckner.

Pascal Bruckner essaie depuis des années de contrôler la liste qui suit le traditionnel « Du même auteur » au début de chacun de ses livres. Seule une acharnée de mon genre tente de lire tous les ouvrages de cet auteur même les introuvables. On n’oublie pas comme ça ses amours de jeunesse et encore moins quand on lit un roman tel que Lunes de fiel à tout juste 16 ans. Bref, mon Pascal je l’ai traqué, en tout cas sur sa carrière de romancier, presque rien n’a échappé à mon œil exercé. N’oubliez pas que l’on me surnomme Encarta (ou l’Oeil de Moscou selon la nature des informations délivrées). Je me demandais pourquoi notamment le roman Qui de nous deux inventa l’autre ? avait tendance à disparaître des bibliographies de Monsieur Bruckner. Ah tiens donc. Ni une ni deux, je le commande à mon libraire préféré. Ce n’est effectivement pas le meilleur roman de Pascal Bruckner. Pas son plus mauvais non plus, mais cette histoire de deux pianistes qui jouent à quatre mains et décident de se séparer pour suivre leurs carrières en solo tout en confrontant leurs différences de caractère et de goûts en matière de femmes n’est pas des plus palpitantes. Pas de quoi fouetter un chat. Mais, mais, mais… tel le limier, je commence à lever le gibier au fil des pages. D’ailleurs, au bout d’un moment, je craque et vais chercher mon exemplaire des Voleurs de beauté que Pascal Bruckner publie en 1997 soit dix ans après Qui de nous deux inventa l’autre ?. Patiemment, je reconstitue le patchwork auquel Pascal Bruckner s’est livré pour agrémenter Les voleurs de beauté de phrases bien tournées. Pas difficile, il suffit de racler les fonds de tiroir !

 
Pièces à convictions :

 

Qui de nous deux inventa l'autre?

Page 66: "Tout en elle évoquait une féminité latente, une argile pétrie de la main d'un artiste fatigué qui s'était endormi sur son oeuvre."

Les voleurs de beauté

Page 108 : "Il semblait une argile pétrie de la main de quelque démiurge fatigué qui s'était endormi sur son oeuvre."

 

Qui de nous deux inventa l'autre?

Page 91: "Quand elle jouissait, c'était comme si elle soufflait sur de la soupe trop chaude ou jouait de la trompette."

Les voleurs de beauté

Page 217: "[...]Jusqu'à l'inévitable célébrité locale [...] dont j'apprenais révulsé qu'elle gonflait les joues en jouissant comme si elle soufflait sur une soupe trop chaude."

 

Qui de nous deux inventa l'autre?

Page 102: "Dans sa mythologie personnelle, [la Suisse] figurait comme le téton de l'Europe répandant sur les pays voisins miel, ambroisie et produits lactés."

Les voleurs de beauté

Page 12: "Tu es en Suisse, la nation maternelle par excellence, le téton de l'Europe qui répand alentour miel, chocolat et torrents de lait."

 

Qui de nous deux inventa l'autre?

Page 117: "Elle se passait [l'intégrale de Beethoven] dès le matin sur son baladeur. "Walkman" était d'ailleurs le surnom que les occupants de l'Hôtel lui avaient donné."

Les voleurs de beauté

Page 28: "Dans le centre où je travaillais, on m'appelait "Walkman", je marchais les écouteurs vissés en permanence sur les oreilles."

 

Qui de nous deux inventa l'autre?

Page 183 :"Il baisait avec ferveur leurs mains blanches, leurs ongles vernissés qui tout à l'heure allaient le lacérer, l'ouvrir d'une simple incision comme une étoffe. D'avance il bénissait ces blessures qui témoigneraient d'un instant de fougue unique. [...] Certaines de ses bacchantes aux complexions délicates étaient si poignantes dans leur ardeur qu'il entrait à leur cotés dans des états de transe, secoué par des envies de rire, de pleurer [...]. Grâce à elles, il avait touché du doigt un peu de la Terre Promise."

Les voleurs de beauté

Page 88: "Certains de nos enlacements étaient si poignants que j'entrais à ses cotés en état de transe, secouée par des envies de rire, de pleurer comme si j'avais touché un peu de la Terre Promise. [...] Il baisait avec ferveur mes mains blanches, mes ongles vernissés qui lui lacéraient la peau, l'ouvraient d'une simple incision. »

 

Et j’en passe, mais les exemples abondent. Je me disais, putain pas gonflé le pépère, comme il ne peut pas envoyer l’autre roman au pilon alors qu’il le renie, il s’auto-plagie sans vergogne ! Nous avons tous des expressions ou des tournures de phrases que nous affectionnons (à l’écrit ou à l’oral et d’ailleurs en ce qui me concerne, c’est « c’est gratiné/c’est croustillant » , « celui-là alors, quel mou du bulbe ! » qui reviennent le plus souvent dans ma bouche), mais reprendre des paragraphes entiers d’un vieux roman pour nourrir un livre dont l’histoire n’a strictement rien à voir, n’est-ce pas se foutre de ses lecteurs ? Pas si simple. Car l’un des personnages principaux des Voleurs de beauté est un plagiaire. Il se présente sous les traits de Benjamin Tholon, faible, lâche, veule, à lui seul, il cumule les tares les plus méprisables de l’être humain. En plus, il est disgracieux et vieillit trop vite. Son seul rêve est d’accéder à la gloire littéraire alors qu’il ne possède aucun don particulier pour l’écriture, encore moins d’imagination ou de talent. Après avoir exercé le métier d’écrivain public, travaillé avec un éditeur pour écrire un faux de Victor Hugo destiné à être lancé sur le marché comme un inédit, Benjamin Tholon se met donc en tête d’écrire un roman. Mais pourquoi se fatiguer à inventer ? Il va donc se servir dans les bibliothèques, en chapardant chez les auteurs morts et si possibles les ouvrages les plus poussiéreux, les plus oubliés qui encombrent les étagères. Benjamin se justifie en disant que tout ceci n’est qu’acte d’amour puisqu’il redonne vie à ces auteurs et qu’à sa façon lui aussi fait œuvre de création en couplant plusieurs extraits issus d’histoires totalement différentes dans la même phrase ! Les voleurs de beauté serait donc une mise en abîme pour Pascal Bruckner qui fait dire à son personnage ce qu’il pense de Qui de nous deux inventa l’autre ? Ceci dit, un bémol. C’est pathétique pour le personnage de Benjamin Tholon. Ce n’est pas mieux en ce qui concerne Pascal Bruckner le romancier. Car en somme, resucer des morceaux d’un de ses livres pour en faire un autre, c’est à mon sens de l’irrespect pour le lecteur. Allez je reviens sur ce que je disais taleure, c’est du foutage de gueule.

 

Qui de nous deux inventa l’autre ?, Pascal Bruckner, Editions Gallimard, 1988, 253 pages

Les voleurs de beauté, Pascal Bruckner, Editions Grasset, 1997, 290 pages


  Commentaires (53)
Flux RSS des commentaires
 1 Ecrit par Dahlia website, le 2008-03-01 01:01:45
Wow Sophie, tu es plus apide que l'éclair! 
 
 2 Ecrit par Franck-Olivier, le 2008-03-01 01:10:02
T'inquiètes ma Soph, tout roule :)))
 3 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 01:12:02
:grin (Je garde que le compliment !) 
(Nan, c'est juste que la cuisine, ça n'intéresse pas trop le lecteur...) 
Encore désolée Franck ! 
La bise, Dahlia ! 
(Je retourne choper le bot')...
 4 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 01:22:53
(Bon, ils se tirent, les mendiants du médicament, là ???)
 5 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 01:24:30
Roger xanaxitolsorbitol et Madelyn antraxivorbarivurisshamouzamox machin, je vous hais !!!!!! :(
 6 Ecrit par Dahlia website, le 2008-03-01 01:25:21
Ouais c'est pire que les enzymes gloutons comme ils disent dans les BD de Gaston Lagaffe.
 7 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 01:28:33
Si seulement on avait un gaffophone...
 8 Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 2008-03-01 01:28:55
Arf! impitoyable Dahlia et pauvre très pauvre Bruckner! c'est accablant... au point où il en est, peut être que dans un prochain roman il imaginera un personnage de copiste maniaque et bègue, ce qui justifiera la reprise de tous ses ouvrages précédents :roll
 9 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 01:30:43
Ah, voilà un lecteur en chair et en os. Ca fait du bien. :)
 10 Ecrit par Dahlia website, le 2008-03-01 01:37:48
@Sophie: le gaffophone, la mouette rieuse et le chat, ça c'est LE tiercé gagnant!  
 
@Marco: j'aime assez Pascal Bruckner romancier (le dernier notamment qui s'intitule L'amour du prochain et bien sûr Parias, une épopée démente qui se passe en Inde), mais quand il écrit des "fables philosophiques" c'est désastreux (Mon petit mari par exemple). En tant qu'essayiste, c'est souvent assez "facile" aussi...
 11 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 01:44:32
*kof kof* 
Je pensais juste [PAF !] que les auteurs [SHBONK !] étaient tous [BLAM !] obsessionnels... Et aussi qu'on n'a pas reproché à Monet [BAOM !] de peindre 36 fois la même [KLONK !] cathédrale... 
(désolée pour le bruit, je parle en me battant)(et je me fais l'avocat du diable, en plus)...
 12 Ecrit par Dahlia website, le 2008-03-01 01:51:09
Sophie, fais attention, tu ressembles à edward Norton dans Fight club... :grin  
 
Plus sérieusement, je vois où tu veux en venir, mais j'ai tendance à penser que ce n'est pas exactement la même chose que pour la littérature où on peut éventuellement parler de résonances(maintenant faudrait que j'explique pourquoi et c'est pas simple)... Pour le côté obsessions et névroses des artistes en général je te suis parfaitement. Mais peindre plusieurs fois la même cathédrale à des heures différentes de la journée c'est une autre démarche ^^
 13 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 01:51:25
(Non, mais c'était juste une réflexion qui m'a traversé la caboche, en fait...) 
... 
(OK, je sors.)
 14 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 01:55:53
:)  
(Ca s'est calmé côté castagne...) 
Sérieusement, ça m'intrigue, ton papier. Je me demande dans quelle mesure des auteurs comme Hugo ou Shakespeare ne se sont pas resservis de phrases déjà écrites, de vers dont ils étaient particulièrement fiers... Je n'ai jamais pensé à vérifier, ça pourrait être intéressant...
 15 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 01:58:33
(En même temps, travail de fou, pour vérifier ça. Pas trop le temps, en fait.)
 16 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 02:13:51
(J'imagine le mec qui passe une vie entière à traquer l'alexandrin identique dans l'oeuvre d'Hugo. De quoi finir enterré vivant sous les vers, avant d'être bouffé par d'autres.) :grin
 17 Ecrit par Franswa P., le 2008-03-01 02:16:09
Sophiek, rien que pour ce genre de dernière phrase, je t'aime bien.
 18 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 02:20:28
Tu est choubidou, toi, tu sais ? Et ben je te le dis. :-) 
(Vais me coucher, suis aplatie.)
 19 Ecrit par Daniel, le 2008-03-01 07:43:17
Dahlia: "Ouais c'est pire que les enzymes gloutons comme ils disent dans les BD de Gaston Lagaffe." 
Euh... J'ai tout lu Gaston Lagaffe, mais je me rappelle pas où qu'on en parle...des zenzimes! 
 
Sophie: (J'imagine le mec qui passe une vie entière à traquer l'alexandrin identique dans l'oeuvre d'Hugo. De quoi finir enterré vivant sous les vers...) 
Euh... Ce serait pas Caïn le mec? Enfermé dans la tombe avec sa lampe de bureau en forme d'œil? 
 
Bruckner: mais qu'est-ce qui peut pousser un être sensé à lire son jargon? Que l'on prenne la première ou la seconde version, c'est le même torchon de français: prétentieux, ampoulé, maniéré façon professorale, vieux style,etc... une littérature à la limite du honteux! Et pratiquement jamais plausible...
 20 Ecrit par sophie P. website, le 2008-03-01 09:46:55
je n'ai jamais lu réellement bruckner, mais en même temps je trouve l'idée de départ plutôt intéressante. Se piller lui-même aurait pu être un plus, mais vu ce que tu cites peut-être que ça fait beaucoup. Je préfère (a priori) un Paul Auster qui doit rendre des comptes à ses personnages… La scène où il se fait masturber par son propre personnage (anna blume) est une sublime mise en abîme…
 21 Ecrit par Franck-Olivier, le 2008-03-01 09:50:06
On dit (mais ils le disent également eux-même) qu'un écrivain ne fait jamais que réécrire sans fin le même livre. Un écrivain, pas un faiseur de livre, hein ? 
 
Très honnêtement je me demande dans quelle mesure ce que tu es allée traquer n'est pas simplement l'expression de ce qui le hante... Ces phrases qui vivent en soi et qui remontent malgré soi...Que l'on écrit et réécrit sans fin à la recherche de la juste note... 
 
Qu'un faiseur ait cette obligation minimum de se creuser le ciboulot pour chier ses petites crottes, d'accord... Mais un écrivain, je n'en sais rien...  
 
Je trouve ton article un tantinet moraliste vois-tu ?...Me voici même en train de défendre Bruckner qui est pourtant très loin de faire parti de mon panthéon... Mais là...
 22 Ecrit par Tadek, le 2008-03-01 10:17:41
Ah. Je ne comprends pas cet article. Où que c'est qu'est le problème? Et je rejoins FOL là-dessus, tu as des choses qui sont en toi et que tu exprimes. Moi j'écris toujours "loin ou pas loin, mais ailleurs". Je le sais et c'est tout à fait ce que je veux exprimer au moment de poser ces mots. Donc, où c'est qu'il est le problème? Le gars qu'écrit n'est pas un "breveteur".
 23 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 11:35:39
C'est pour ça que je parlais hier d'obsession. En y réfléchissant, un écrivain, un peintre (comme Monet, je reprends mon exemple) ou un musicien, (comme Thelonious Monk) traquent la note juste, l'expression la plus proche de ce qui les taraude, la touche de plus ou de moins qui va mettre de la lumière sur une toile... 
Reprises, donc, très similaires oui, mais pas totalement identiques (à condition qu'il n'y ait pas de trucage, mais pourquoi truquer quand on essaye de construire une oeuvre qui tienne debout ?) 
Je pense sincèrement qu'il existe plus de redites qu'on ne le croit chez les écrivains, mais je manque de culture dans ce domaine pour en donner d'autres exemples, c'est vrai. 
 
Daniel, la lampe frontale en forme d'oeil, ça a un côté Topor que j'aime bien...
 24 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 11:42:21
(En fait, le jazz est un bon exemple de redites improvisées, de reprises de mesures d'airs intégrés dans d'autres (cf. les scats d'Ella Fitzgerald ou les soli d'autres musiciens), faut aussi compter sur le clin d'oeil de l'artiste, le jeu quoi.) 
Non, moi j'aime bien ton article, Dahlia, il ouvre le champ de la réflexion et de la discussion.
 25 Ecrit par half a person, le 2008-03-01 11:59:42
Aucun problème là-dessus. Je me suis fixé une règle, je ne reprends jamais de passages qui sont sortis pour un texte rémunéré. En revanche, si dans une nouvelle offerte gratos y a une petite phrase qui me plait bien encore et qui marche super bien dans un nouveau contexte, j'hésite pas. Je m'autopompe direct. 
 
Je perçois les nouvelles gratos comme des expériences, pas des brouillons mais un terrain de liberté imprenable. Je tente des trucs. Et quand ça colle je les réutilise dans les travaux rémunérés, en améliorant si je peux. 
 
Pour Bruckner je ne comprends pas qu'il s'entête à répéter des phrases aussi faibles, c'est plutôt là qu'il déconne, dans son aveuglement.
 26 Ecrit par KMS, le 2008-03-01 12:30:07
Je dois dire que le coup de l'orgasme et de la soupe chaude faut pas avoir honte de la repomper parce quand même... bref... 
(ça va les gens sinon)
 27 Ecrit par Daniel, le 2008-03-01 13:10:20
J'ouvre un bouquin, je lis ça: "Il semblait une argile pétrie de la main de quelque démiurge fatigué qui s'était endormi sur son oeuvre." 
Je le lâche tout de suite... 
Ou mieux je le jette au feu! 
 
T'as raison Dahlia, les vieilles bouses bien sèches, c'est juste bon pour le feu!
 28 Ecrit par Dahlia website, le 2008-03-01 13:27:43
@Daniel: pour les enzymes gloutons dans Gaston Lagaffe, tu as notamment un gag où Gaston enregistre une pub radio pour une lessive avec Labévue et Jules-de-chez-Smith-en-face et ils jouent le rôle des enzymes gloutons en faisant "gnap gnap gnap" :) 
 
@Tadek: mais je suis complètement d'accord sur le fait qu'on porte tous des choses en nous et qu'on a nos tournures de phrases propres...(je le dis en plus dans l'article). Quant à réécrire le même livre indéfinimment comme dit FOL, j'ai un exemple et un très bon: Jean-Paul Dubois. Au début, tu te dis tiens ses personnages s'appellent toujours Paul et Anna et il raconte toujours des histoires d'anti-héros qui se déroulent dans la région toulousaine... Sauf qua'i niveau du style, il ne va pas aller piller des paragraphes, des situations d'un livre à l'autre... En plus, à mon humble avis, c'est l'un des plus grands monsieurs de la littérature actuelle contemporaine. 
 
Il y a une différence entre des mots que nous affectionnons et reprendre des gros paragraphes pour écrire, non? Non? Bon...
 29 Allez, un peu de mauvais esprit
Ecrit par 2nd Flore, le 2008-03-01 13:56:37
C'est vrai que si c'est ce qu'il porte en lui, des orgasmes en soupe chaude de terre promise, ce n'est pas demain que je commencerai à lire Bruckner. 
(je connais pourtant des fans absolus de "Parias") 
Sinon, je suis d'accord avec Half a person, et pas qu'à moitié. 
Peut-être qu'à son niveau, Bruckner a considéré qu'il n'avait pas été assez payé pour son 1er livre. D'où sa volonté de le faire disparaître, sans doute... 
(un peu comme un démiurge fatigué qui voudrait endormir son oeuvre, finalement)
 30 Ecrit par Franswa P., le 2008-03-01 14:48:23
Tout le monde est bien en forme et ça fait du bien au débat. D'abord Dahlia, je trouve cet article bon précisément parce qu'il ouvre une discussion en posant une question rarement posée (à mon avis). En plus, tu t'es attelée à disséquer un type que tu aimes bien, ce que je trouve assez sain. Enfin, j'avoue que t'imaginer en train de tourner les pages, côte à côte, des deux livres pour traquer les redites, ça ne laisse aucun doute sur ton degré de folie (et c'est un compliment.) 
 
Sur le débat, et si je tente de résumer ce qui se dit, il se pose entre "devoir de créativité", d'une part (pour le public) et "obsessions stylistiques" d'autre part. Je pense qu'une position à la Half a christophe, en l'occurrence, se tient - un juste arbitrage entre travail rémunéré, non rémunéré, c'est à dire "éthique personnelle", si on veut, à la fois par rapport au lecteur et aux éditeurs/payeurs éventuels. Parce que là, quand même, c'est gros. Composer plusieurs fois sur le même thème, tourner autour des mêmes formules en "cherchant la juste note" (dixit FOL), oui, bien sûr. Mais là, quand même, le type y va à la truelle quand même. Pire, le travail d'occultation d'un livre passé dont on n'est pas fier, en l'espèce, me semble assez dangereux - surtout si c'est pour en repiquer des pans entier dans une coquille estimée plus satisfaisante. 
 
Enfin, concernant Bruckner, voilà un type dont l'écriture ne m'a jamais tentée, et les minuscules morceaux que tu jettes ici en pâture ne me motivent pas beaucoup plus. 
 
Quoi qu'il en soit, ce procès est bon, parce que tant les procureurs que les avocats de la défense balancent de bonnes choses. En tant que juré, je suis troublé dans mes petites certitudes - et ça fait du bien.
 31 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 15:31:20
(Attention, je précise quand même que je n'ai pas eu spécialement envie de lire Bruckner, c'est pas ma tasse de thé du tout côté écriture.)
 32 Ecrit par Franck-Olivier, le 2008-03-01 15:39:36
Si J-P Dubois est l'un des plus grands monsieurs de la littérature contemporaine je crois que ça va s'arrêter là pour moi, merci...
 33 Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 2008-03-01 18:24:32
Bon, moi je viens d'écrire un super long commentaire, là, un commentaire qui parlait des obsessions de Miyazaki et de Dostoievski pour faire la différence avec les répétitions de Bruckner et puis le code de sécurité il dit que c'est pas bon, et puis merde, je suis écoeuré. (En même temps, c'est vrai que la communauté n'a pas perdu grand chose. Mais écoeuré quand même)
 34 Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 2008-03-01 18:28:00
Ah ouais... quand j'écris un long commentaire constructif (pas forcément intelligent, hein, mais constructif), il passe pas, mais quand j'écris 3 conneries pour me plaindre du code de sécurité (ce dont personne n'a rien à foutre), alors là, impeccable, pas d'embrouille. Je parie que celui là aussi va sortir sans problème. pffff, encore plus écoeuré :(
 35 Ecrit par Franswa P., le 2008-03-01 18:28:55
J'imagine, Marco. Ca m'est arrivé deux trois fois. Pour la prochaine fois, tu copies ton texte avant d'envoyer, et tu le recolles si ça bugue. 
Si tu récupères un peu d'allant, je suis curieux quand même.
 36 Ecrit par half a person, le 2008-03-01 18:32:43
Allez hop, pour répondre au sale coup du Jean-Paul Dubois, voici mes plus grands auteurs frenchy vivants (dans le désordre) : 
 
- Eric Chevillard 
- Richard Morgiève 
- Céline Minard 
- M. H. 
- Marie Ndiaye 
- Régis jauffret 
 
J'en oublie forcément, mais pas beaucoup. Forcément.
 37 Marco
Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 18:39:08
Sinon, l'autre solution, c'est de taper ton texte sous word et de faire un copier/coller dans la case des comm's après avoir rafraîchi. Mais c'est vrai que le code périmé, c'est très pénible (pareil, j'ai paumé plein de trucs au début). 
 
HaP : ah oui pour Chevillard, en tout cas...
 38 Ecrit par half a person, le 2008-03-01 18:41:21
Je pense vraiment que Chevillard est un génie. Rarement vu une telle capacité de renouvellement, à part, peut-être chez Nicholson Baker.
 39 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 18:41:38
(Naaaaaaan, pas de poil, pitiiiiiéééééé !)
 40 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 18:42:18
(ouf !)(merki !)(je n'en menais pas large!)
 41 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 18:44:05
Ce que j'aime chez Chevillard, outre le style, c'est sa capacité à sous-entendre les choses dans des textes hors-normes (et pleins d'humour). Ce n'est surtout pas un moraliste, tiens.
 42 Ecrit par half a christophe, le 2008-03-01 18:46:35
poil à ma queue de béton de chez Lafarge
 43 Ecrit par Sophie K., le 2008-03-01 18:48:21
:grin  
Rââââh ! Faut bouger vite si on ne veut pas être velu, ici.
 44 Ecrit par sève, le 2008-03-01 19:58:18
c'est marrant, justement j'ai commencé Palafox la semaine dernière.. j'en suis qu'à la page 9, mais ça ne ressemble pas du tout à ce que j'ai déjà lu de lui.
 45 Ecrit par Daniel, le 2008-03-01 20:03:43
Je lis Chevillard tts les jours, j'aime bien, mais lire "au génie" ça me fait un peu bouillir... 
 
Poil a mon vizir...
 46 Ecrit par half a person, le 2008-03-01 22:03:45
poil à ton cul dans lequel je respire.
 47 Ecrit par Christophe, le 2008-03-01 22:06:22
Poil à mon cul que tu fais jouir.
 48 Ecrit par garrincha, le 2008-03-02 02:36:10
Chevillard tient aussi un blog, tiens. Ca s'appelle l'autofictif
 49 Ecrit par Daniel, le 2008-03-02 07:24:23
Je parlais de son blog au 45... 
C'est pas facile d'alimenter tous les jours comme il le fait, sauf le dimanche(éducation catho-vendéenne). 
 
heu... au 46, HaP,on dirait que t'as mis le nez dedans... pile-poil :grin  
Rassure-toi, je manque pas d'air :grin  
 
Poil à la der de der...
 50 Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 2008-03-02 13:34:43
Dahlia...voilà un article comme je les aime ! 
 
(c'est le prof de littérature comparée qui parle, là, bien sûr) 
 
C'est tout à fait intéressant. Je suis un inconditionnel de Bruckner, mais moi on ne m'a jamais appelé Encarta (juste Dictionnaire Hachette Multimédia 1998, mais je crois que c'était pour se foutre de ma gueule)...je n'ai donc jamais lu "Qui de nous deux ?", alors que je croyais bien avoir tout lu de lui. Du coup : 
 
1. tu aiguises ma curiosité à un niveau rarement atteint suite à la lecture de n'importe quel article sur cet auteur 
 
2. tu te doutes bien que j'ai trouvé "Les Voleurs de beauté" formidable :-) 
 
Tu as tout à fait raison de souligner que n'importe quel écrivain, même le plus inspide, fait ça. Moi, je l'ai fait plein de fois. Dans un des mes romans, il y avait la description d'un lac moche changé en semi base nautique. J'en avais déjà fait une ailleurs, et pour cause : je m'inspirais du même lieu (sauf qu'il n'était pas nommé dans le roman). Du coup, comme j'avais fait déjà fait une excellente description de l'endroit dans une chronique du blog, j'ai fait un copier / coller on ne peut plus sommaire, et ça passe très bien. Mais bien entendu, mon premier geste si le roman sort un jour (peu probable) ce sera de supprimer la chronique incriminée (ce qui n'empêchera mes lecteurs les plus fidèles de reconnaitre un passage de chronique qui, en plus, les a pas mal marqués je crois...). Dans le même ordre d'idées, il y a quelques semaines, je travaillais sur trois projets de romans en même temps, tous plutôt avancés. Quand j'en ai lâché deux pour me concentrer sur le dernier, j'ai été incapable de les abandonner complètement...et j'ai recyclé le plus de passages possibles de ces textes. C'est un truc qu'on trouve y compris chez des musiciens chevronnés (Kurt Cobain était un spécialiste de ça, il y a trois chansons du "Nevermind" - je ne sais plus lesquelles - qui sur un maxi se retrouvent par bribes dans le même morceau). Ce qui cela intéressant dans le cas de Bruckner, c'est que le premier livre est introuvable...et qu'on ne sait pas trop pourquoi se demander pourquoi ! Car on admettra que si c'est une technique répandue, il n'y a guère de raison de s'en cacher. De ce point de vue je trouve l'idée de la mise en abime intéressante...mais pas du tout satisfaisante. Car si le livre est introuvable et que l'exercice (en soit pas plus bête que moult bêtises de certains oulipistes) n'est pas revendiqué...quel pourrait bien en être l'intérêt ? Au contraire, dans le livre, si j'ai bonne mémoire, Bruckner assiste sur le fait que le travail de plagiaire du personnage repose malgré tout sur une démarche artistique certes illégale voir amorale, mais pas forcément moins intéressante qu'une autre, ni même moins difficile à mettre en place. Par conséquent la logique aurait voulu que plutôt que le cacher il se vante pompeusement (comme il sait si bien le faire ailleurs) d'avoir illustré l'exercice...seulement, il ne l'a jamais fait. De fait, ça ne s'appelle plus du foutage de gueule...mais de la malhonnêteté. Non ? 
 
A bientôt, en tout cas !
 51 Ecrit par lucie, le 2008-03-02 15:21:13
Faisez trop gaffe, les écrivains. 
Vous êtes traqués avec un zèle digne de l'ex-Stasi.
 52 Ecrit par Dahlia website, le 2008-03-02 15:26:36
@Thom: j'exagère un chouia en disant que le livre est introuvable puisque tu peux - si ça t'intéresse - te procurer ici ou même . Mais par contre, il est tout à fait vrai que ce disparait toujours de la fameuse liste "du même auteur"...  
 
Effectivement, j'ai toujours trouvé ça curieux qu'il ne souligne pas le procédé qu\'il a mis en place pour faire Les voleurs de beauté... A ce que je sais concernant Qui de nous deux inventa l'autre?, c'est qu'il s'agit en fait de l'histoire de sa "rupture" avec Alain Finkielkraut avec qui il a longtemps écrit des ouvrages de philosophie...
 53 Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 2008-03-03 15:08:22
Je vais allez voir ces liens, alors...merci :)

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