"C'est toujours difficile de trouver un commencement, car ce n'est pas une petite affaire de choisir dans la masse du langage le mot brillant par excellence qui vivra à jamais, et toute parole articulée de l'homme solitaire n'est qu'un simple mot." (William Saroyan) Comme je suis dans l'incapacité (temporaire, je l'espère, souffrant d'une sorte d'impuissance, qui ne touche que mes neurones, je vous (me) rassure tout de suite, parfois je me (vous) fais peur) d'aligner trois phrases à peu près intelligibles et dignes d'un minimum d'intérêt (sans parler du style, cet enculé qui peut passer des journées à se faire la malle sans demander ses restes; et que ferait-on de miettes de style?), je ne pourrai donc pas dire toute la déception que m'ont causé les derniers disques de Cat Power, de Daniel Darc et d'Alain Bashung. Pourtant j'en attendais beaucoup, trop peut-être, afin qu'ils me tirent du puits polaire dans quoi je m'enfonce et je gèle.
Ce ne sont pas des mauvais disques, ils sont bons, juste bons, et ce n'est pas assez. Il y en a déjà trop de disques, de livres, de films, d'œuvres, juste bons, des trucs qui font les couvertures des magazines avec des titres racoleurs et/ou dithyrambiques. Ça ronronne, on ne tombe pas le cul à la renverse, on hoche la tête, un peu, ouais c'est bien, mais on ne va pas aller fracasser la porte du voisin à coups de hache, avec une tête à la Nicholson dans "Shining", en signe d'euphorie. Une mollesse générale semble s'être emparée de ces gens si talentueux. Oui, dans "Jukebox", Chan Marshall chante toujours aussi suavement, mais elle oscille entre la grande tradition urbaine (Sinatra) et rurale (Hank Williams) américaine, les standards et les icônes, sans prendre de risques, et à peine tire-t-elle de l'oubli la merveilleuse Jessie Mac Hemphill (comme elle l'avait fait, dans son premier album de reprises ("The Cover Record"), avec Michael Hurley, mais qui se soucie de Michael Hurley, trésor enfoui et toujours vivant). Oui, Daniel Darc n'a pas su reproduire le miracle de son précédent "Crève-cœur", malgré quelques éclats de grâce et ce beau titre, "Amours suprêmes", et confirme que les miracles, comme l'amour, sont rares. Oui, Bashung s'est remis à chanter et renoue avec une sorte de country-rock languide, et même qu'il aurait des choses à dire sur la situation actuelle (attention il y a aussi des envolées orchestrales et lyriques). Peut-être, peut-être, mais je ne suis pas convaincu, lui même n'a pas l'air si convaincu. Je tiens pour responsable de ma déception les choix de production de ces trois disques. Trop propres, trop lisses, pas d'arêtes, de coins ombragés, ombrageux, manquant de contrastes, trop confortables, monochromes, on sent que les artistes ont disposé de moyens, mais qu'ils n'ont pas eu l'imagination de leurs moyens. Chan Marshall avait su trouver le son qui collait de façon idéale à "The Greatest", comme avait su le faire, quarante ans plus tôt, Dusty Springfield dans "In Memphis". Une anecdote: les producteurs de Dusty n'ont jamais compris comment celle-ci arrivait à moduler ses arabesques vocales alors qu'au moment où elle enregistrait sa voix en cabine, elle écoutait plein pot (à un volume que n'importe qui, même les pros les plus endurcis ou durs de la feuille, auraient trouvé insupportable) les pistes instrumentales qui sortaient du casque collé à ses oreilles et qui l'empêchaient de s'entendre chanter. Peut-être que Chan aurait pu de nouveau suivre la voie de Memphis, qu'elle avait empruntée dans "The greatest", ou retourner au son dépouillé de ses premières reprises, enregistrées en deux jours et captées par un ingénieur du son. Frédéric Lo, lui, aurait pu trouver d'autres sons de batterie ou de claviers dans certaines parties du Daniel Darc, qui gâtent la fragilité de l'ensemble, tout comme Bashung n'avait certainement pas besoin d'user cinq studios entre les USA, la France et la Belgique, pour obtenir un résultat aussi peu enthousiasmant (c'est aussi pour ce type d'infos qu'il faut lire les notes d'un livret et qu'un livret est toujours nécessaire). Heureusement, JC, un ami fiable, vient de m'apprendre que le troisième album des Kills est leur meilleur, et que le son est terrible (ancien et moderne à la fois). Yeah! Toutefois je ne voudrais pas conclure avant d'évoquer très brièvement "Les années" d'Annie Ernaux (Gallimard). On peut penser ce qu'on veut de cette femme (genre "mémère à Télérama"), mais son bouquin est important et considérable. Elle a réussi à traverser une vie, des époques, une mémoire, en se dédoublant, et à imprimer dans un seul mouvement l'essentiel et ce qui apparaît comme futile et ne l'est pas. Une prouesse, vous dis-je. Extrait: «A ce moment de sa vie, elle est divorcée, vit seule avec ses deux fils, a un amant. Elle a dû vendre la maison achetée il y a neuf ans, des meubles, avec une indifférence qui la surprend. Elle est dans la dépossession matérielle et la liberté. Comme si le mariage n'avait été qu'un intermède, elle a l'impression de reprendre son adolescence là où elle l'avait laissée, retrouvant la même attente, la même façon essoufflée de courir aux rendez-vous sur ses hauts talons, d'être sensible aux chansons d'amour. Les mêmes désirs, mais sans honte de les assouvir à la perfection, capable de se dire j'ai envie de baiser. C'est dans l'acquiescement impérieux de son corps que se réalisent maintenant la "révolution sexuelle", le retournement déjà ancien des valeurs d'avant 68, si consciente aussi d'une splendeur fragile de son âge. Elle a peur de vieillir, de l'odeur du sang qui viendra à lui manquer. Dernièrement une lettre administrative lui disant qu'elle était nommée dans son poste jusqu'en 2000 l'a pétrifiée. Jusqu'ici cette date n'avait pas de réalité.»
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Mouarf. Toi rôtir toujours dans le sud ? (...
mon frein j'l'ai pété à 17 ans alors
T'aurais rongé ton frein.
J'ai voulu regarder le tour c't'aprème, bi...
Mais moi, je déteste le sport !