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« Les quêtes existentielles et jusqu’au-boutistes […] trouvent un écho particulier chez moi et orientent le cinéma que je creuse. »
Il y a le souvenir d’un choc. L’impression de se faire serrer les tripes à mains nues. Et puis un flot d’émotions viscérales, presque animales, une incapacité à détourner les yeux de l’écran, un chemin de croix, en somme un Calvaire. C’est avec ce film que Fabrice du Welz s’est fait connaître du grand public, après Quand on est amoureux c’est merveilleux. Un court-métrage grinçant où une femme s’offrait les services d’un strip-teaser et qui dépitée de le voir refuser ses fantasmes sexuels, le tuait et gardait le cadavre. Calvaire fut quant à lui souvent qualifié de survival qui balayait tout ce qui avait pu être fait précédemment sur le sujet, notamment l’indétrônable Délivrance de John Boorman. Difficile d’oublier le personnage de Marc Stevens incarné sous les traits de Laurent Lucas, se perdant sur les routes des Ardennes Belges avec sa camionnette d’artiste-chanteur de maison de retraite et qui vit l’enfer sur terre quand il doit faire une halte chez l’aubergiste Bartel, joué par Jackie Berroyer. Cela faisait donc trois ans qu’on attendait le nouveau film de Fabrice du Welz. Avec Vinyan il semble vouloir aller de nouveau au bout des émotions les plus vertigineuses de l’âme humaine en prenant le prisme du symbole universel de la douleur la plus extrême, la perte d’un enfant. Il a emmené Emmanuelle Béart et Rufus Sewell au cœur de la jungle thailandaise pour raconter cette histoire dans un long-métrage déjà qualifié de « film mental, histoire de fantômes et trip halluciné ». En suivant ce couple qui veut faire le deuil de leur enfant disparu durant le tsunami de 2004, Fabrice du Welz continue à explorer ses obsessions tournées vers la part animale de l’humain et la douleur viscérale du manque. Un artiste aussi discret qu’hyper-sensible.
Peu de gens le savent mais avant Calvaire, vous avez réalisé le court-métrage Quand on est amoureux c'est merveilleux où apparaissait déjà Jackie Berroyer et où le manque d'amour et la misère affective et sexuelle suintaient littéralement. Le sujet vous semblait-il trop vaste pour le cantonner au court et pour que vous l'ayez ensuite amplifié dans Calvaire ?
Je ne me suis pas posé la question comme ça. Après mon court-métrage, je me sentais prêt pour l’aventure du long. J’ai commencé l’écriture de Calvaire naturellement, avec le désir puissant d’aller au bout. Certains thèmes reviennent, parfois inconsciemment. Mon désir avec Calvaire était de faire un survival, d’inscrire mon histoire dans un contexte européen et de le transcender de manière poétique. Je voulais réaliser un survival surréaliste peuplé de personnages en quête désespérée d’amour…
Vous avouez volontiers être marqué par ce que vous appelez les artistes de la Haute Solitude qu'expriment le peintre Edward Hopper ou plus étrangement Tobe Hooper avec Massacre à la tronçonneuse. Qu'est-ce qui vous attire et vous touche à ce point dans cet aspect de la nature humaine?
Le concept de la haute solitude est profondément cinématographique, le cinéma américain des années 70 a vu naître beaucoup de grands personnages seuls ; je pense ici aux films de John Schlesinger, William Friedkin, Al Hashby, Scorsese ou encore Francis Ford Coppola avec Conversation secrète, etc. Tous ces films m’ont profondément marqué et les quêtes existentielles et jusqu’au-boutistes de ces personnages trouvent un écho particulier chez moi et orientent le cinéma que je creuse. New York movie – Edward Hopper
Si l'on regarde avec un peu de recul, Calvaire a été plutôt bien accueilli par le public et la critique alors que sur le même type de film, Gaspar Noé par exemple se casse souvent les dents. C'est d'autant plus ironique que vous avez fait appel aux mêmes acteurs que lui [NDLR :Philippe Nahon et Jo Priesta]! Comment ressentez-vous le fait que le votre ait exercé un pouvoir de fascination et d'assentiment aussi immédia t ?
Je ne pense pas que Gaspar Noé se casse les dents. Gaspar est un grand cinéaste moderne. J’ai beaucoup de respect pour son travail et sa ligne de conduite. Par rapport à l’accueil de Calvaire, tout ce que je peux vous dire, c’est que c’est un film viscéral, il est donc normal qu’il provoque soit le rejet, soit l’enthousiasme. Mais très honnêtement, Calvaire est aujourd’hui loin derrière moi. Le simple fait de l’évoquer m’est pénible. Désolé.
Plus le temps passe, plus le cinéma belge se démarque par une audace qui semble faire défaut au cinéma français. Ca me rappelle - sans doute parce que c'est très proche géographiquement de vous - une interview du photographe hollandais Erwin Olaf qui affirmait que les hollandais étaient par essence des gens qui osaient énormément et adoraient en mettre plein la gueule artistiquement parlant. Selon vous, à quoi est due la sensibilité belge par rapport à cette fameuse audace?
Je n’ai aucune certitude par rapport à l’audace des Belges, des Hollandais et au conservatisme des Français. Je ne crois qu’aux individualités et aux personnalités. Certes, de mon point de vue, le cinéma français propose majoritairement des films bavards, pénibles, affreux formellement et très souvent complaisants, mais il reste des exceptions et seule l’exception m’intéresse, qu’elle soit coréenne, congolaise, française, belge ou encore hollandaise…
Vous terminez actuellement Vinyan qui se déroule en Thailande juste après le Tsunami de décembre 2004 et où Rufus Sewell et Emmanuelle Béart tentent de faire le deuil de leur enfant disparu lors de la catastrophe dans un voyage qui va sombrer dans un vrai cauchemar. Après la sauvagerie glaciale des Ardennes Belges, qu'est-ce qui vous a poussé à aller raconter une histoire - qui, on le subodore va être un vrai chemin de croix pour les personnages - dans la moiteur de la jungle thaïlandaise et dans un contexte aussi marqué?
L’aventure bébé, l’aventure. Aujourd’hui, j’ai le désir de réaliser des films à l’autre bout du monde, de vivre intensément des aventures humaines exceptionnelles et d’expérimenter librement. J’ai eu cette chance avec Vinyan.
La sortie de Vinyan est annoncée pour le 20 août 2008, je suppose que vous avez achevé le montage et la post-production. Comment se passe ce dernier moment de flottement avant le grand saut face au public? Par ailleurs, est-ce l'impact de Calvaire qui vous a permis de faire un film aussi ambitieux (dans le sens ampleur du projet sur le plan technique, gros budget et acteurs internationaux) ?
Calvaire n’a pas été un succès en salles. Loin de là. Pourtant, le film est connu des professionnels et a une réputation. Je suppose que c’est ce qui m’a permis de faire Vinyan. Mais plus encore, ce qui m’a permis de faire Vinyan c’est la détermination de mon producteur Michaël Gentile de lancer la production alors que le financement du film était encore très fragile. Aujourd’hui, je termine le film. Une date de sortie est prévue, mais tout peut encore changer.
Photos de tournage de Vynian par Marcel Hartmann
Bien que ça ne soit pas d'une immédiate actualité, je ne peux m'empêcher de vous demander si le projet d'adaptation de la série télévisée L'île aux Trente Cercueils (tirée d'un roman de Maurice Leblanc) va effectivement voir le jour comme vous l'annonciez en 2005. Travaillez-vous déjà dessus?
Je travaille toujours sur une adaptation de L’île aux Trente Cercueils et il est très probable que ce soit mon prochain film. « Le fou est celui qui a tout perdu, sauf la raison » Cette phrase de l'écrivain Chesterton peut-elle être une clé pour appréhender vos films?
Je citerai plutôt Hunter S. Thompson [NDLR : auteur entre autres de Las Vegas parano] : « Celui qui devient une bête se libère de la douleur d’être un homme ».
(Propos recueillis par mail en avril 2008)
Pour suivre l’avancée de Vinyan jusqu’à la sortie en salles, rendez-vous sur le blog de Fabrice du Welz.
L’intégralité des photos du making-of de Vinyan par le photographe Marcel Hartmann sont disponibles ici.
Et bien sûr, Calvaire est toujours disponible à la vente chez tous vos revendeurs préférés.
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link:http://www.youtube.com/watch?v=Esb...
Chez Zoë, y a bagarre !!!
Je reviens sur cognée: son tableau presqu...
link:http://www.youtube.com/watch?v=Esbt...
pour entretenir la polémic à Zoe: image:...