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L'angoisse Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Franswa P.   
25-04-2008

angoisseJ'étais en train de visionner le Concert à emporter de Beirut – sur le conseil d'un ami, et d'un autre, et d'un autre encore, je le confesse – je le confesse d'ailleurs d'autant mieux que je l'avais déjà visionné une première fois, sur le conseil d'un autre pote qui avait participé au sens le plus plein du terme « participer », au sens le plus plein, donc, au truc. Et je me suis dit un truc idiot, en forme de paille, ou alors en forme d'entonnoir, ou alors en forme de rien, encore. Je me suis dit, simplement, pourquoi continuer à perdre du temps. Il n'y avait même pas de point d'interrogation à la fin, c'est dire.

Bien sûr, on galère, bien sûr, on ne sait pas comment remplir la gamelle du chien, ni comment expliquer tranquillement au même chien que oui, la bouffe est pour lui, certes, mais qu'on veut juste partager avec lui, l'air de rien, parce que le frigo est vide – premièrement –, parce que la bouffe pour chien coûte moins cher – deuxièment – et parce qu'on n'a pas de chien, en réalité – troisièmement. Bien sûr que la vie est dure et qu'il faut qu'on s'aide les uns les autres, alors que l'ensemble, la totale, le système, devrait être assez sain pour que personne ne soit vraiment dans la merde (utopie ? Mes couilles. Arithmétique, tout au plus.) Bien sûr que tout cela, mais quand même.

Il nous faut, à tous, toi, moi, ma petite soeur, mon arrière-petit-fils, mon père, mon chien, trouver une place dans le monde parce que sans ça, mon gars, sans ça, aujourd'hui, tu ne peux plus être. Etre ? Ben oui, être. Exister, respirer, ça, tu peux le faire, comme tout le monde – comme un ficus dans la pièce d'accueil d'une entreprise quelconque. Comme un ficus quelconque n'importe où. Mais être, juste. Respirer un air qui t'appartenait avant même que tu ne l'évacues. Exister d'une évidence que même un sondage ne peut t'ôter. Avoir envie d'un truc, fort, et faire le même, en silence. Te toucher la nouille mais le faire bien. Siffler dans tes doigts, en pleine rue, parce que tu n'as envie de rien d'autre, à cet instant précis, que de siffler dans tes doigts. Vomir tes tripes sans te dire « oh, putain merde, je suis raide, je ne ferai rien ce soir » mais plutôt « oh, putain, j'ai fini un livre  impubliable », ou alors « bordel, c'est un album entier qui me dégouline des mains. »

Après, bien entendu, il y a la contingence. La lèpre. L'intendance qui suivait l'autre grand con de Général et dont tout le monde, tous les instants depuis, t'a persuadé qu'il n'y avait que toi, pauvre con, pour lui courir derrière, la langue relâchée, dans l'espoir improbable de négocier un étalement de tes dettes ou une ristourne sympathique sur ton cercueil en chêne pauvre (prétentieux). Même les meilleurs, aujourd'hui, ceux qui pleurent de talent jusqu'au bout de leurs doigts, aux confins de leurs cordes vocales, dégustent des pâtes à la merde parce qu'on les a persuadés qu'il n'y avait rien d'autre au menu. Parce qu'ils ont eu la faiblesse, réelle, de ne chercher rien d'autre à boire, ou à manger, que ce qui était noté noir sur blanc sur les quatre feuilles du menu.

« Escalope, disent-ils, et tiramisu glacé ensuite – rayon alcool, irish coffee ou pinte de blonde. » Quid de la pinte d'irish coffee, alors, de l'escalope glacée et du tiramisu coffee ? Quid d'aimer Pierre pour déshabiller Paul, quid d'un malentendu foireux qui deviendrait un mariage, d'une baston qui deviendrait une fête, d'une errance qui deviendrait – pourquoi pas – un reportage ou, mieux encore, une errance ? Les choses restent figées comme des connes tant qu'on apprécie les connes, la fête une obligation tant qu'on ne tente jamais, une fois pour toutes, de faire la fête un lundi soir à quatre heures du matin. L'espoir n'est rien d'autre qu'une belle connerie d'utopiste mièvre, certes et là encore, si l'on décide de se laisser régir.

aUne jolie femme, ivre – ta femme, d'ailleurs -, s'endort sur ton épaule dans un rade à pochtron. Ta famille te tance parce qu'elle ne comprend pas ce que tu fais. Des heures passent, et tu les comptes. Tu trompes ta vie dans un trou sans fond. Tu évites un hérisson déjà mort, de tes roues, sur l'autoroute. Tu retournes dans le bar de ta jeunesse et trouves que rien n'a changé. La lame d'un cran d'arrêt sillonne ta glotte pendant que tu t'exécutes. Une feuille s'étale sur le sol, brune, parce que les feuilles qui s'étalent, à l'automne, sont toujours brunes. Tu enfiles un top sexy et court parce que même s'il fait froid, nous sommes fin mai. Tu détestes tes élites, et elles te le rendent bien. Tu pleures dans ton lit, et ton coussin absorbe. Tu voulais écrire hier, mais il est trop tard – déjà demain, d'ailleurs, regarde ta montre. Une jolie femme, ivre – ta femme, d'ailleurs -, vomit aux toilettes. Un crétin dont tu as besoin sort des horreurs. Le temps t'encule tranquille, langoureusement. Une heure passe et tu n'as rien fait. Tu n'aimes pas parler, pourtant on t'interroge. Le débat du moment tourne autour de l'horreur, et tu n'as pas envie d'y tremper les doigts. Tes amis émigrent, et les autres ne sont rien. Tu as pris du poids. Tu pieutes dans un grand lit d'amour, avec des cloportes concupiscents.

Tu en chies, mon gras, reprends toi.

bTa femme, ivre, ramène-la sur ton dos – ses pieds racleront le sol tandis que tu la porteras ; ce sera joli. Ta famille, envoie lui un texte, et ça passera. Les heures, compte les à l'envers (15 heures dans ta tête à 3 heures du matin, tu... tu verras). Un trou sans fond n'est pas un piège si tu l'a repéré – juste une promesse d'infini. Ecrase le hérisson, et fais une marche arrière – tuer les déjà-morts, ça n'est pas un crime. Dans le bar de ta jeunesse, tout a changé, évidemment : tu as vieilli, les autres aussi certes, mais ils ont maintenant l'âge que tu avais, laisse-les profiter de ça. Sens la lame sur ta glotte, c'est rafraichissant quand on y pense. Fous toi de la bruneur des feuilles mortes. Mets un pull, on s'en tape. Tes élites t'emmerdent, fais de même – c'est un jeu sans fin, alors fais le bien. Fais l'amour à ton coussin, et respecte le. L'heure ne compte pas – écris ou fais autre chose, espèce de con. Apporte du PQ et du soutien à celle qui se vide les tripes. Mets une trempe au crétin – tu n'as pas besoin de lui en tant que lui, ne l'oublie jamais : s'il meurt par ta faute, un autre le remplacera. Le temps baise bien, pas vrai ? Que voulais tu faire en une heure ? Réponds aux conneries qu'on t'inflige – si tu dors dans ta tête, tu ronfles, donc tu n'es pas mort. Abstiens toi des débats d'horreur, et fous toi gentiment de ceux qui te l'infligent. Tes amis vivent une belle vie ailleurs, fais la tienne et arrête de pleurnicher. Tu es plus gros qu'avant, et alors ? Laisse un cloporte fouiller ton pubis.

Faire des choses, c'est un peu comme choper une gastro, sauf que ça fait plaisir. C'est une différence de taille.

Parfois, bêtement, on se dit qu'on ne donne pas tout. Et c'est bête avant tout parce que c'est stupide. Et bête plus que tout parce que c'est vrai. Alors réveille toi, tête de con.


  Commentaires (11)
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 1 Ecrit par Daniel, le 2008-04-25 08:00:39
Moouuuuuuaaaaaaaaaaaaaaa....................... 
S'rais bien resté au lit plus longtemps, mwaaaaaaaaaa............ 
 
Tête de con.
 2 Ecrit par Franck-Olivier, le 2008-04-25 09:17:16
Je suis bien d'accord, c'est toujours "bêtement qu'on se dit qu'on ne donne pas tout"... 
 
Et puis je crois qu'il y a aussi une autre différence entre faire des choses et la gastro, c'est que parfois/souvent, faire des choses ça t'amène en plus des emmerdes extérieures (contrairement à la gastro, hein ?)... :)
 3 Ecrit par garrincha, le 2008-04-25 10:25:34
"réveille toi, tête de con" 
 
oui, ben j'essaye. 
[ceci ressemble à un commentaire mais en fait, c'est l'étreinte d'un ami]
 4 Ecrit par Sophie K., le 2008-04-25 10:48:00
[Autre étreinte d'une amie.] 
Je ne sais plus quel écrivain disait qu'on se traitait soi-même de noms d'oiseaux dont on n'oserait même pas traiter son pire ennemi... 
Faire des choses, voui, c'est bien. Ne rien faire, parfois, c'est bien aussi. Vive la flemme ! ;-) 
(Autre question : faut-il mettre les jolies femmes au pain sec et à l'eau ?) 
(Je vais y réfléchir, tiens.)
 5 Ecrit par Sophie K., le 2008-04-25 10:51:55
(Cela dit, et ça n'a rien à voir, je plains le matou de l'image. Non seulement il porte une clochette qui doit lui casser les oreilles au moindre mouvement, mais en plus, le port de chaussons obligatoire et de tee-shirt rayé est une atteinte claire à sa dignité de matou.)
 6 Ecrit par 2nd Flore, le 2008-04-26 08:27:14
Faire des choses, putain. 
Avec d'autres et tout seul. 
Et aussi ne rien faire, mais y prendre plaisir. 
Je mets en pièce jointe de cette note ma journée d'hier, totalement vide hormis quelques chiffres.
 7 Ecrit par garrincha, le 2008-04-26 15:17:03
Faire des choses, putain.  
Avec d'autres et tout seul.  
Et aussi ne rien faire, mais y prendre plaisir.  
 
Et puis essayer de ne pas faire trop de grosses conneries, aussi.
 8 Ecrit par Christophe, le 2008-04-28 15:32:08
Poil à son petit derrière à ma merci.
 9 Ecrit par garrincha, le 2008-04-28 16:49:56
euh ... non, rien.  
je préfère ne pas.
 10 ça sert à quoi un titre d\'abord?
Ecrit par E website, le 2008-05-05 14:37:51
Faire des trucs pour exister, on ne cesse de le hurler au lieu de le faire... Tu as remarqué comme plus on en chie et plus on se remet en cause? 
Refuser d'être un ficus... Mouep, et si finalement lui il n'avait pas le beau rôle? il observe, se fait arroser de temps à autre, profite du bureau vide la nuit juste pour lui... 
Bon ok il n'a pas la jolie femme qui boit à ses côtés, mais au moins on ne l'habille aps comme une poupée! Pauvre ti chat!!! 
;)
 11 Ecrit par Franswa P., le 2008-05-05 14:41:23
Eh eh. Excusez-moi, je re-débarque après vingt ans (au bas mot). 
Parfaitement d'accord (avec tout le monde ? Exactement. Tout le monde tout le monde ? Ouaip. Mais t'as aucune personnalité, mec, alors ? Exactement. Et ça te désole pas ? Ouaip.)

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