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L'ex-Yougoslave n'a pas la cote. C'est ce triste constat auquel nous sommes parvenus, hier soir, à l'Ambassade de Norvège où une tripotée de maisons d'éditions plus-hétéroclites-tu-meurs donnaient, avec la complicité de tout un tas de diplomates scandinaves, un pince-fesses assez malin sur le thème de "Et toi, qu'est-ce que tu sors de scandinave, à la prochaine rentrée ?" Initiative culturelle plutôt maligne si vous voulez mon avis, à laquelle j'ai accouru ventre à terre, mes plaisirs nocturnes en compagnie de Jorn Riel, Knud Romer et Arto Paasilinna en tête (et cette dernière portion de phrase ne sonne pas du tout bizarre.) J'y avais été convié par une sympathique connaissance qui m'avait ainsi présenté la chose, d'une façon qui m'aurait énormément vexé si j'avais été plus crétin que je ne le suis, mais qui m'a fait franchement sourire tant c'était vrai : "On m'a demandé d'inviter des journalistes. Nous étions quinze maisons sur le coup, ce qui augmentait les chances que les dix mêmes journalistes soient invités quinze fois. J'ai donc choisi un journaliste auquel personne ne penserait - toi." Quelqu'un d'aussi sincère et surtout d'aussi sensé ne peut pas être fondamentalement mauvais.
Or effectivement, son choix avait été plutôt judicieux, puisqu'à ma connaissance et à celle de quelques-unes des personnes présentes, plus professionnelles du face-hunting que moi-même, n'avaient fait le déplacement, en tout et pour tout, et sur une cinquantaine de personnes, que deux crypto-journaleux. Mieux encore, deux journaleux bénévoles, ayant fait le choix (?) de bosser à l'oeil ad vitam presque eternam, histoire sans doute de ne pas risquer de voir leur jugement biaisé par de sombres considérations pécuniaires. Ou alors, plus prosaïquement et pour ne parler que de moi - je commence en effet à être rôdé à cet exercice -, parce qu'il était une quiche monumentale. Normalement, à cet instant précis, vous vous demandez de quel droit vient s'inviter au coeur de la Résidence de l'Ambassadeur de Norvège l'épineuse question de la cotation de l'écrivain serbe ou croate sur le marché de la critique littéraire. Vous n'avez pas tort, le lien n'est pas évident. Il semble d'ailleurs que le virus de la digression et du hors sujet, dont je suis la triste, innocente et permanente victime, soit devenu contagieux, puisque mes premières discussions de la soirée ont tourné autour de l'indifférence générale du cénacle journalistique vis-à-vis du serbe Basara puis, histoire de corser un peu l'affaire, de l'organisation de festivals itinérants en hommage à la littérature espagnole dans la région bordelaise. Allez comprendre. Quoi qu'il en soit, je vous rappelle que le sujet de ce billet reste et demeure un excellent petit bouquin, Perdu dans un supermarché, de Svetislav Basara, publié par la maison québécoise les Allusifs - spécialisée dans l'édition de splendides objets littéraires, tant en terme de packaging qu'en terme, et c'est là l'essentiel, d'expérience de lecture. Merci, en conséquence, de cesser de m'entraîner dans des méandres sans queue ni tête, il faut qu'on avance. Perdu dans un supermaché, donc, c'est un recueil de nouvelles, déjà, et voilà une caractéristique assez rare dans l'édition actuelle pour qu'on le souligne. Mieux, c'est un recueil de nouvelles qui dispose d'un fil narratif discontinu, certes, mais systémique pourtant - j'entends par là que le doute plane en permanence qui consiste à se demander si, oui ou non, le narrateur de chaque nouvelle est ou non toujours le même. Pis encore, la traditionnelle question de la césure entre lecteur, narrateur et auteur - question-marronnier à laquelle tout élève de bac littéraire ou d'hypokhâgne se doit d'avoir été contronté un jour ou l'autre - Basara s'amuse à tranquillement la faire imploser, page après page, prouvant par là que s'il n'a sans doute pas obtenu son bac L - d'autant qu'il est Serbe, ndlr -, il s'en tape sans l'ombre d'un doute le coquillard. Chez Basara, le texte, le para-texte, le méta-para-texte et l'entre-les-lignes ne sont aucunement traités sur quatre plans différents, mais à un seul et même niveau. Exercice au-delà du périlleux, dont n'importe quel écrivain rompu sortirait les reins brisés ("rompu"-"brisés", jeu de mots), mais que Basara exécute d'un élégant pas-chassé, faisant par là la preuve d'une structure mentale probablement aussi linéaire qu'un gribouillis d'enfant parkinsonien. Ne nous mentons pas : Svetislav Basara est à coup sûr un grand psychotique, peut-être aussi incapable d'aller acheter sereinement une baguette de pain (d'autant plus qu'il est Serbe - voir plus haut) qu'instinctivement à l'aise dans un galimatias paranoïaque et schizophrène consistant à dire quelque chose pour ensuite en questionner la légitimité, le renier, le réhabiliter, le contourner pour mieux le reprendre de front et l'atomiser en le recomposant - tout ceci en trois phrases. Je ne demanderai surement pas à Basara de changer la roue de mon vélo, sauf à souhaiter assister à la transformation d'un cadre et d'un guidon en canard en plastique syphilitique, mais je donnerai cher pour qu'il me refourgue une dose ou deux de nouvelles en plus. C'est de ce type d'écrivains dont nous parlons. Le gars dont on pourrait craindre qu'à force d'enfoncer sans ambage ses deux mains dans la machinerie huilée de la Littérature et les images d'Epinal des relations humaines vues-à-la-télé, il va foutre un sacré bordel et faire dérailler tout le bourzouf. Et pourtant non. Sur le fond comme sur la forme, le type est certes entré dans le magasin de porcelaine comme un bon vieux pachyderme rose, mais c'est précisément comme si chaque objet qu'il y avait pété méritait pleinement de finir en morceaux. Mieux, lors de leur visite de routine, les assureurs qui passeraient derrière lui ne pourraient que constater la saisissante beauté d'ensemble du tableau étagères dégondées / assiettes kitsch disloquées au sol / tenancière broyée sous une patte éléphantesque. Et pour conclure sur la métaphore animale : Perdu dans un supermarché fourmille d'idées. A chaque page, il y en a cent, précisément comme les cognes à chaque coin de rue de l'Hexagone de Renaud (dont on se demande d'ailleurs à juste titre ce qu'il vient foutre là). Basara interroge un peu tout, et n'est sûr de rien. Il essaie des choses, dans son coin, et nous les soumet - à peu près aussi bourré d'humour que d'une noirceur rarement égalée, il nous propose de l'accompagner dans un voyage improbable au sein duquel, pêle-mêle, les participants d'une soirée se dégonflent comme des ballons, de vieilles photos prises sur la Tour Eiffel au début du siècle illustrent à la perfection une course-poursuite, un personnage se plaint que son auteur s'amuse avec perversité à le caser systématiquement avec des femmes qui le trompent avec ses meilleurs amis, un type s'assoit sur "quelque chose" qui devient "quelque chose" en italique parce qu'il n'avait pas mesuré à sa juste valeur la résistance du "quelque chose" au poids de ses fesses, un autre personnage angoisse à l'idée de ne pas savoir, parce que l'auteur a volontairement passé les motivations de son personnage sous silence, si la lame de rasoir qu'il est allé acheter va lui servir à se raser ou à s'ouvrir les veines, etc. Basara est un cinglé comme je les aime. Il fait à la Littérature ce que tout vrai écrivain devrait faire à la Littérature, c'est à dire la torturer un peu pour l'embrasser mieux. Tout vrai écrivain devrait apprendre l'art du bonsaï. La représentante des Allusifs qui m'avait fait parvenir le livre déplorait donc, hier soir encore, qu'aucun journaliste, aucun critique n'ait daigné en parler. Je la rejoins dans son affliction. Mais pour qu'ils en parlent, il faudrait encore que les préposés à la littérature officielle (et sans majuscule) ne se contentent plus de concevoir chaque nouvel article comme leur participation déjantée (mot à bannir, souvenez-vous) à une sorte de concours géant où dix critiques à la mode commentent en boucle dix bouquins à la mode, avec pour seul objectif de prouver l'éclat de leur aura et la taille sans nul doute impressionnante de leur sexe. Du coup, et c'est logique, j'en ai parlé dans le canard qui s'est alloué mes services. Mais je n'avais que deux mille signes pour le faire. En voici donc beaucoup plus, parce que vous commencez à me connaître : j'éprouve quelques difficultés à synthétiser les choses et à asséner des vérités toutes faites... Or, pour les gens comme moi, l'écriture de Basara constitue une incomparable cure thermale. Perdu dans un supermarché - Svetislav Basara- Les Allusifs - avril 2008.
Note de transparence : et pour les esprits chagrins : oui, je suis stipendié. La preuve, les Allusifs m'ont offert un pastis en juste rétribution de mes bons et loyaux services. Je leur devais bien ça. Question subsidiaire : quand est-ce que vous allez arrêter de voir le mal partout ?
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Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave...
Rhô, me dis pas que t'aimes pas Nick Cave....
Nick Cave...
(De Nick Charles à Nick Cave, je me demand...
Bon, j'ai pas d'idée de post, en ce moment...