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Gérard de Cortanze : Une gigantesque conversation Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Franck-Olivier Laferrère   
08-07-2008

 
 

S’il me venait à l’idée – on en sait jamais ce qui se trafique dans la tête d’un homme - de vouloir définir la loi première de survie de l’écrivain contemporain, la capacité à sans cesse nourrir de nouvelles illusions quant à la réception de son travail par la masse informe et méconnue de ses congénères arriverait certainement en tête. Paradoxe de ces hommes et ces femmes qui n’en finissent jamais de gratter les discours jusqu’aux os, de cheminer parmi les ruines du monde, de naviguer dans les désastres et les atrocités que perpétue l’espèce – au risque de sombrer corps et biens dans les profondeurs de la folie, océan noir de la condition humaine – et qui pourtant, dans le même temps, n’envisagent jamais plus de trois minutes qu’on pourrait simplement ne pas vouloir les lire…

Je n’écris volontairement pas savoir les lire parce qu’il ne faut tout de même pas exagérer non plus.

 

Avec la publication de sa gigantesque conversation, il y a quelque chose de cet ordre chez Gérard de Cortanze, la trace insidieuse d’un bel espoir insubmersible, le reflet presque magique de cette sorte d’éthique devenue aussi rare qu’indispensable au milieu de l’époque, la dernière artère qui ne soit pas tout à fait bouchée et alimente encore le cœur dans un dernier élan de résistance aux plaques d’athérome qui s’accumulent dans les travées du siècle et de la pensée occidentale. Publier un livre…recueil d’essais, défense des littérature du monde, hommage à la langue des écrivains quelques mois à peine avant le déferlement des marcels et des sandales, des peaux boutonneuses huilées de crème sur les résidus de sable pollué des plages, où l’on ne préfèrera rien lire d’autre que quelques torche-culs emplis de concrétions people plutôt qu’une seule page de littérature, ne prête à aucun autre diagnostic que celui-ci : corps pensant et vivant d’une espèce inconnue, au mieux en voie d’extinction : Hibernatus est revenu.

Ouvrir les portes de sa bibliothèque n’est pas un geste anodin, ce n’est pas recevoir le tout-venant sur le pas de sa porte ou autour de la table de la cuisine, comme on le fait encore dans les campagnes, reliquat d’un sens de l’hospitalité quasi-disparu…Non, ouvrir sa bibliothèque à l’autre, dont on ignore tout, est un acte de générosité et de partage véritable, un acte d’amour sans arrière-pensée ni calcul, bien plus grand et plus coûteux que d’ouvrir la porte de sa chambre à coucher…plus encore dans cette époque où l’on construit et fréquente bien moins les bibliothèques que les clubs échangistes…Partager un livre sera toujours plus transgressif que d’échanger son ou sa partenaire de désespoir sexuel…mais ça, qui l’entend encore ?

Une gigantesque conversation, donc, initiée et conduite par Gérard de Cortanze avec André Breton, Antonin Artaud, Jean Cocteau, James Joyce, Virginia Woolf, André Malraux, Alberto Moravia, Balthazar Grazian, José Luis Borgès, Carlos Fuentes,  Federico Garcia Lorca, Ernest Hemingway et tant d’autres encore…

Conversation gigantesque mais intime, périple parmi les langues d’écrivains, voyage savant, sensuel et aimant…Une magnifique et gigantesque conversation que, quoi qu’il arrive, nous ne serons pas beaucoup à pouvoir partager. A peine mille, seulement mille, au moins mille privilégiés. Tirage confidentiel pour un écrivain prix Renaudot 2002, qui refuse la vulgarité et ne cède rien sur son amour de la littérature. Mille…un tirage confidentiel donc que l’on multiplierait par cent s’il était question de frasques improbables, de confessions indécentes écrites à la va-comme-je-te-pousse, bien sûr, mais le courage et la résistance sont des gestes discrets qui ne se pratiquent bien que dans le secret, avec grâce et amour, conditions sine qua non pour espérer remporter un jour cette « guerre de la langue » dans laquelle Gérard de Cortanze s’est engagé, plume au clair, avec pour seul point de mire : le plaisir, évidemment !

 

Une gigantesque conversation

Gérard de Cortanze

Editions du Rocher, Paris 2008

23 euros.
Commentaires
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sophiek   |2008-07-08 13:11:50
avatar Si vous voyez une personne, sur une plage, qui lit (sourire aux lèvres) ce livre en lieu et place du dernier best(e)-seller, capturez-la et gardez-la auprès de vous, c'est une rareté, vous pouvez en être sûrs... ;-)
Franck-Olivier   |2008-07-08 13:29:03
On prépare des équipes, captaine ! :grin
sophiek   |2008-07-08 13:35:36
avatar (Je te jure que je ne te paierai pas au prix du fuel, marin, hahahaha !)
Franck-Olivier   |2008-07-08 13:52:47
(penser à tourner sept fois ma langue dans ma bouche avant de révéler des informations pouvant être utilisées contre moi... :roll )
sophiek   |2008-07-08 15:37:08
avatar Tu me dois encore la coque du navire, l'ancre, le mat et un grand cacatois, je te rappelle. Mais ça ne presse pas, hein, t'inquiète.

(au fait, ça fait dix ans que Tabarly est parti...)
Krichaor   |2008-07-08 16:20:05
"Partager un livre sera toujours plus transgressif que d’échanger son ou sa partenaire de désespoir sexuel"

En général j'aime bien accrocher pour le plaisir de débattre, mais les mots sont ici si justes, je vais juste me taire et relire l'article.
Vinosse     |2008-07-08 17:10:42
Dix ans Tabarly?
Ouais, c'est un peu long pour traverser l'océan atlantic, même à la brasse...
On peut pas gagner tout le temps.
Vincent B.  - Le livre de la tentation     |2008-07-09 00:31:22
- Quoi ? Tu t'es laissé lire par un autre que moi?
- C'était juste la préface...
- De toute façon, j'avais bien vu qu'il te reluquait le quatrième de couverture.
- Mais c'était juste pour l'hygiène, j'avais plein de poussière sur la tranche.
- M'en fiche !
- Et pourquoi tu pourrais avoir plein de livre et moi qu'un seul lecteur?
- Ouais de toute façon, t'as toujours raison.
- Traites moi de dictionnaire tant que t'y es !
- Mais tu sais bien que c'est parce que j'aime tes gros roberts.

(La fin est un peu graveleuse... Je sais... Je sais...)
Vinos     |2008-07-09 08:08:42
« Le Diable n’existe pas, c’est juste Dieu qui est bourré »
Tom Waits
Franck-Olivier   |2008-07-09 08:16:52
Krichaor, merci. Par contre il est fort probable que je relance le débat sur la menace qui plane sur la culture d'ici peu

Vinosse euh... ben rien

Vincent : mouarf, comme dirait cette amie que nous avons en commun :grin

Vinosse : Hum... ben toujours rien...
Vincent B.     |2008-07-09 09:23:14
- Quand je pense que ce type à mis son marque là page dedans toi, ça me débecquète
- Oh tout de suite !
- Tu ne crois pas à l'amitié entre un homme et un livre?
- Surtout pas lui ! Les livres, il les lit et il les jette
- Je ne suis pas une bibliothèque...
- Arrêtes ! De t'imaginer abandonné aux regards et aux mains d'inconnus ça me rend fou.
- Moi ça m'excite un peu quand même...
- Tu ne vois donc pas toutes ces mouillures sur toi?
- Pffff !! toi et ta jalousie pathologique !!!
- Et ces Epidermures !!!
- Bon puisque c'est comme ça, je retourne chez le bouquiniste !! Bien fait !
Vinoss  - FOL     |2008-07-09 12:27:41
Bin, quand ça veut pas, ça veut pas...

La chaleur peut-être...
Jean-Philippe   |2008-07-11 12:16:25
"Partager un livre sera toujours plus transgressif que d’échanger son ou sa partenaire de désespoir sexuel"...

C'est sur que si on recherche encore la transgression, à nos âges... ;-)
Franck-Olivier   |2008-07-11 13:06:28
Ah ah, Jean-Philippe, comme tu y vas... la jeunesse est encore à notre porte, pire, elle n'est peut-être même que cet horizon lointain, inatteignable pour tant d'entre nous :-) "On ne naît pas jeune, on le devient ! " (F.O Laferrère le 11/07/2008 encore très courbatu (court battu pour tout dire, par un rhum malgache au gingembre particulièrement corsé...) après une demi nuit de débauche... (quand je serai jeune, je tiendrai la nuit entière !)
Jean-Philippe   |2008-07-11 14:09:51
Bon faudra que tu viennes tenter d'autres courbatures en remontant des murets... ;-)
Cela dit je persiste : la transgression ne me parait plus un objet de désir (ni de discours) depuis des lustres. Elle revient à admettre une règle à transgresser, trouves m'en une !
;-))
Krichaor   |2008-07-11 15:40:24
il faut voir de quelle transgression on parle : de la morale, du droit, de la doxa ?
En tout cas je l'ai reçu hier, et visiblement un bon weekend m'attend.
PS : tu traines autours de quelle plage cet été Sophie
Franck-Olivier   |2008-07-11 16:44:56
Jean-Phi, ne me tente pas trop je serais capable d'aimer me remémorer le goût subtil des courbatures nées de la pratique incessante et sérieuse de l'épauler-jeter de pierres lourdes comme des mulets...
Diable, le défi que tu me lances est donc bien de n'en citer qu'une seule, c'est cela, n'est-ce pas ? (Surtout aujourd'hui, dans ce temps de la folie quantitative et de la fièvre évaluatrice)
C'est drôle, je suis plongé depuis hier dans la biographie de Geoges Bataille par Pascal Louvrier, et pour le coup... hum, tiens, citation :
"Je m'étais remis à écrire, après de nombreux mois d'errance. J'avais quitté L'Europe et sa folie sans génie (...) À l'aéroport, les douaniers n'y avient vu que du feu. Ma lourde valise contenait pourtant des petites bombes portatives très efficaces. Retiré à Dahab, village de la mer rouge, loin de la société du spectacle contrôlé par la technique, j'avais choisi de les étudier précisement. Avec elles, j'étais prêt, de nouveau, à livrer
bataille.(...)
marie-f   |2008-07-11 17:44:05
"Le diable n'existe pas, c'est juste dieu qui est bourré" ????
Ouais, quand ça veut pas, ça veut pas.
Je sais pas si c'est un problème de traduction ou de comprenette un peu faible de ma part mais j'arrive pas à me mettre d'accord sur le sens. Voilà mon impasse, sans grand intèrêt, mais aujourd'hui, j'ai envie de me manifester.
Le diable n'est rien de plus que dieu quand ce dernier est bourré ou le diable est une invention de dieu bourré?
Sinon, le bouquin donne envie.
Franck-Olivier   |2008-07-11 18:10:24
Bonjour Marie, c'est bien quand tu te manifestes... enfin moi je trouve :-)

Sinon, autr chose :

Jacques-Alain MILLER
COMMUNIQUÉ DU 11 JUILLET 2008
PÉTITION ALERTE ROUGE
?

Communiqué du 11 juillet 2008

Après m’avoir consulté à ce sujet, mon ami Roland Gori a pris l’initiative de rédiger et faire circuler la “Pétition Alerte Rouge”. C’est un appel général à s’unir contre le projet d’arrêté que j’ai critiqué dans ma tribune du Point la semaine dernière. J’ai signé cette pétition, et j’invite les adhérents et amis du Champ freudien à faire de même. L’heure n’est pas aux “petites différences”, mais au rassemblement.

Le texte incriminé vise à casser les reins au mouvement psychanalytique, en créant subrepticement une nouvelle profession de soi-disants “psychothérapeutes”, formés au rabais (et qui seront aussi employés au rabais) sur des bases exclusivement cognitivistes. Cette politique de ravalement et déqualification, déjà entrée en vigueur en
Grande-Bretagne, fait courir au public des dangers manifestes; elle a conduit dans ce pays à la marginalisation des psychanalystes. La fuite qui m’a permis de connaître ce texte, et l’alerte donnée dans les médias, ont déjà permis de percer à jour le guet-apens, prémédité pour le mois d’août. Il s’agit maintenant de faire nombre.

Je prépare la sortie d’un numéro spécial de LNA pour cet été. Il sera aussitôt diffusé aux médias et à la classe politique, puis, au public dés le début septembre. Avant d’autres initiatives.

Jacques-Alain MILLER

Signer la pétition -
Voir les signataires


Pétition Alerte rouge

Non au cahier des charges
relatif à la formation en psychopathologie clinique pour l'usage du titre de psychothérapeute

A la suite de la publication du projet d’arrêté du cahier des charges relatif à la formation donnant lieu au titre de psychothérapeute (Cf. le site Sauvons la clinique), l’Assemblée générale de « Sauvons la clinique » réunie le 5
juillet 2008 a voté à l’unanimité (300 personnes), et appelle à voter, la pétition suivante :

- Non à une formation au rabais des psychothérapeutes qui menace l'intérêt des patients.

- Non à des théories du psychisme imposées par l'Etat.

- Nous demandons le retrait de cet arrêté et l'ouverture de nouvelles négociations

Le risque que cet arrêté soit promulgué au mois d’août est grand, c’est pourquoi nous vous appelons à signer cette pétition et la faire circuler au plus vite.

Tous unis contre cet arrêté scélérat


Signer la pétition - Voir les signataires




pétition réalisée avec le logiciel libre phpPetitions
marie-f   |2008-07-11 18:25:48
Euh... Bonjour.
(Voyons cette pétition maintenant. Et moi qui ne faisait que passer.)
marie-f   |2008-07-11 18:28:54
je la trouve pas igh
sophiek   |2008-07-11 18:49:45
avatar Moi non plus... Fol, tu peux nous mettre le lien,steuplé ?

Krichaor, fais gaffe, si je te vois lire ça c'est capture assurée au lasso.
Enfin pas tout de suite parce que là, mon dos m'a encore lâchée (chiennerie), et pas sur une plage parce que je ne bouge pas de Paname cet été (j'ai trente toiles à peindre, entre autres, donc bon). Mais si tu passes par mon secteur, mes espions me préviendront... (tatatam...)
sophiek   |2008-07-11 18:55:14
avatar Ah, ça y est, trouvé pour la pétition.
C'est ici, "Sauvons la clinique", donc.
sophiek   |2008-07-11 18:56:45
avatar (Sinon, quelqu'un connaîtrait un gars qui aurait comme métier "enfileur de chaussettes et noueur de lacets pour gonzesse épuisée par un bloquage des lombaires" ?)
sophiek   |2008-07-11 18:57:44
avatar (Je paye en ouisky et cahuètes.)
Krichaor   |2008-07-11 21:57:03
Ben mets des tongues
Don Lo     |2008-07-11 22:14:57
1000... Putain, 1000 ! Il en a du bol, Cortanze (indépendamment de son talent) de pouvoir décider, comme ça, de restreindre son tirage à mille privilégiés.
Si j'arrivais à faire lire 1000 fois mon Aria des Brumes - je ne parle même pas de le vendre, juste de le faire lire - je crois que le Champagne de ma joie giclerait jusqu'à vous. Mais non, ma stricte confidentialité ne dépassera sans doute pas les trois chiffres, et c'est normal de nos jours.
Moi, je m'en foutrais presque : je ne vis pas de ce que j'écris et publie.
Mais mon éditeur si ! 1000, putain... sans lui sauver la mise, ça lui mettrait peut-être quelques mois de rallonge à sa passion des livres.
Franck-Olivier   |2008-07-12 00:01:55
PÉTITION
Je suis désolé, j'étais avec mon déco (pour une fois que j'arrive à l'attraper... .)

Bref... Don lo, ça n'est pas Gérard de Cortanze qui a décidé du nombre d'exemplaires mais son éditeur et ce que cela signifie, c'est bien que, même prix renaudot, s'il vous prend de sortir un livre comme celui-là, 1000 exemplaires, c'est le bout du monde...
sophiek   |2008-07-12 09:52:44
avatar Puisqu'il n'y a que les livres de cuisine et de people qui se vendent, on va créer une maison d'édition avec des bouquins en deux parties :
- premier cahier et couv' : "la cuisine de Paris Hilton" (par exemple)
- deuxième cahier : une nouvelle ou un roman inédit d'une plume de talent.
Et hop.
...
(Nan, c'est pas de la déprime.)
sophiek   |2008-07-12 09:55:59
avatar Krichaor, tu vas te foutre de moi : j'ai pas de tongues... :grin
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