|
Racontez vos vacances.
Cet été, pour moi, c'était trop bien [tro bi1]. Non, encore mieux : c'était top. En deux mois - l'été, c'est bien deux mois, non ? -, j'ai vu deux poussettes intégralement brûlées dans des impasses (qu'est-ce qui peut bien pousser des gens à abandonner des poussettes calcinées dans des impasses, je vous le demande), j'ai pris conscience du fait que je préférais définitivement décortiquer des oeufs durs plutôt que de manger des oeufs durs (en grande partie parce que c'est infect quand on y pense bien), et puis bien entendu, j'ai pris de bonnes habitudes, telles que celles de ne pas arrêter de fumer (ce qui en l'occurrence confine plutôt à la résolution de nouvel an, allez comprendre) ou encore de graisser des portions entières de phrases sans raison valable. J'ai également voyagé un peu, logique, mais pas très loin, non moins logique - disons tout de même jusqu'à la rue de l'Echiquier, riche en ce beau mois d'août de l'un des seuls bureaux de tabac dont les délicats patrons avaient délibérément choisi de ne pas aller s'emmerder sur une plage trop sableuse ou sur une aire d'autoroute trop plate pour leurs espoirs. J'ai également gardé de mauvaises habitudes, telles celle de rédiger des phrases beaucoup trop longues ou encore de ne plus trop savoir ce que je voulais dire juste après avoir trouvé son titre à un papier. Ah si, ça me revient. Cet été, j'ai lu. Un paquet de trucs. Je crois n'avoir à peu près jamais autant lu, même si tout le monde s'en fout, à juste titre, et constate avec plaisir qu'on s'y fait très bien. J'en reviens donc à mon titre, puisque fort logiquement, il va être question ici - attention, roulement de tambour défraîchi - de la Rentrée Littéraire 2008 (TM).
Mais attention, hein. Evidemment, je ne reviendrai pas ici sur les six cent et quelques bouquins parus ou à paraître entre le mois d'août et celui d'octobre, ni sur le léger reflux que manifeste par rapport à l'année dernière ce chiffre pas bien intéressant quand on y pense. Ni sur le fait qu'en langage journalistique, les expressions "déjà sortent du lot" ou encore "une grande tendance se dégage" signifient respectivement "les collègues parlent surtout de" et "un collègue qu'on écoute a bien résumé la situtation en annonçant que tout cela tournait autour de quelques thèmes que nous allons désormais pouvoir caricaturer de la manière suivante". Non. Trêve de mauvaise humeur, l'été s'achève et il a bien foutu les glandes à tous ceux qui rêvaient d'arborer leurs plus belles lunettes de soleil sur les plages les plus polluées de monde (entre autres) de notre beau pays (et d'autres), aux bras de belles radasses vulgaires rejetées même du casting de Secret Story, leur offrant les cocktails et plats servis les yeux mi-clos par les esclaves saisonniers des rades de plage aux rapports qualité/prix les plus autoroutiers du monde - donc tout n'est pas perdu, et il nous reste tout de même quelques motifs de satisfaction pour apaiser ces fiels bien chargés que nous aimons exhiber parfois au monde tels de splendides peintures d'art contemporain, voire comme la première commission déversée dans son pot par notre sémillant fils décidément précoce - il ira loin, celui-là, même s'il s'agirait avant toute chose de se décider ou non à l'avoir un jour, avant de faire des plans sur la comète totalement niaiseux. En même temps, puisque le monde politique continuait de politiquer malgré la pause estivale et que les non-fumeurs continuaient à dominer le monde de leurs regards hygiéno-fascistes, il me fallait bien trouver une activité enrichissante ne consistant ni à entretenir ma bile au parcours des journaux, ni à retapisser mon foie à la fréquentation des rades, ni à risquer de croiser, en sortant, à l'extérieur, dans l'inconnu froid et hostile, un môme de huit ans bien élevé aux nouvelles vulgates me crachant presque dessus en constatant la coupable proéminence mal camouflée dans ma poche - désespérant arsenal, je le précise à l'usage des éventuels sociopathes qui passeraient dans le coin, alignant sur deux rangées une vingtaine d'armes bactériologiques prouvant s'il le fallait ma totale irresponsabilité vis-à-vis du monde de demain, de l'innocence des moineaux et du radieux avenir de gosses déjà gavés pourtant aux bâtonnets de poisson pâné bourré de pesticides mangeurs d'hommes et de tomates tueuses pourquoi pas ? Ainsi, interdit et de kiosque et de rade et de rue, pitoyable paria immature, il ne me restait plus qu'une seule option : lire des livres. Et je me suis pas gêné. Alors alors alors, qu'avons-nous de bon (et de moins bon) pour la rentrée ? Vous m'excuserez de faire l'impasse sur le-dernier-Angot (TM) ou sur le-dernier-Nothomb (TM), j'avais déjà pris la décision de faire l'impasse sur ces deux là il y a... pfiou... un paquet de temps donc c'est irréversible merci. En revanche, au rayon "livre de merde", je me suis fait prêter le Bergman (Boris, hein, pas quelqu'un avec du talent) de l'année dernière pour rigoler un peu et... et en fait même pas, je me suis même pas marré alors bon, j'ai décidé d'éviter de me faire du mal en sélectionnant un peu mieux ma bibliothèque estivale pour la suite des opérations. Mais il faut pas m'en vouloir aussi, pour le Bergman : celle qui me l'a prêté m'avait assuré que c'était l'une des pires choses qu'elle avait lues depuis longtemps - du coup, vous vous en doutez, je ne l'ai pas lâchée avant qu'elle ne s'en défosse dans ma besace. Pas vraiment par esprit de contradiction, non, franchement. Plutôt, juste, pour me marrer, un peu comme on se rend au Club Mickey, petit, pour se faire du mal, ou qu'ado, on se commande un bon gros BigMac de temps en temps pour le savourer devant Sous le Soleil. Pour l'esprit de fête, disons - un joyeux mélange entre pur cynisme et auto-flagellation. Un réveillon du Nouvel an, quoi. Mais bon, pour parler sérieusement, ce que j'ai pu lire se décompose en plusieurs choses, et comme je suis assez nul en catégories, je les livre au fil du clavier : les trucs peu ou pas connus, les trucs de gens connus mais que je ne connais pas forcément (en un mot, si vous le trouvez merci de me le communiquer), et les premiers-romans (TM). Et comme je suis vraiment nul en catégories, en fait, je vais tout vous livrer dans le désordre et faire fi de ces trois belles catégories. Tous ces livres ont en commun le fait qu'ils viennent juste de sortir ou qu'ils sortiront bientôt, et donc que nous pourrons tous faire les malins en les citant au cours des dîners en moyenne jusqu'à au moins janvier prochain (juin 2009 si vous n'êtes pas entourés de grands lecteurs, juin dernier si vos amis sont tous critiques littéraires). Ce qui est plutôt cool, pour utiliser une expression que plus personne n'emploie plus vraiment à l'heure actuelle, trop occupés qu'ils sont tous à redécouvrir avec joie le terme "déjanté" lancé dans les médias par des personnes déjà pénibles il y a dix ans. Au rayon "Gros auteur", franchement, le Régis Jauffret, à mon avis, c'est un peu incontournable. D'ailleurs, c'est bien simple, tout le monde en parle. Mais on s'en fout, parce que c'est bien. C'est très bon, déjà. Rapidement (à partir de maintenant, les deux phrases en gras-italique vous donneront une idée de l'histoire, de manière ultra-lapidaire - oui, un peu comme à la télé, c'est exactement ça - mais croyez-moi, ça vous sera utile si vous cumulez comme tout un chacun ces deux défauts bien communs que sont la fainéantise et le désir irrépressible de faire le malin en toute circonstance), voilà l'histoire : un écrivain poursuit sa correspondance avec une jeune femme suicidée. Il gère son chagrin avec des "trucs" d'écrivain, elle se fout de sa gueule depuis l'au-delà. Une écriture impeccable, mais surtout une vraie plongée dans les méandres quasi-psychiatriques de l'être-écrivain face à un drame qui le perturbe en profondeur : ses méthodes plus ou moins honnêtes pour ré-écrire l'histoire de la femme perdue, ses errements littéraires et narcissiques, la fragilité du rapport de vraie-vie à vie-romancée... un vrai panard, quand on y pense. Et pas vraiment reposant pour la bonne conscience. Deux bons livres qui parlent alcool, aussi, dans des registres totalement différents : l'éponyme Alcool, de Poppy Z. Brite, et Là où vous ne serez pas, d'Horacio Castellanos Moya, respectivement au Diable Vauvert et aux Allusifs. Le premier est un délicat crypto-polar sur fond de "Restaurateur Tycoon", l'histoire de deux galériens-cuistots de la Nouvelle-Orléans qui se disent que là-bas, puisque tout le monde picole 24h, autant ouvrir un restaurant qui ne servirait que des plats bien chargés en sauces alcoolisées de toute sorte. Pas con, les mecs. De l'autre côté, Castellanos Moya nous sert une intrigue politique bien sinistre en Amérique centrale : un ex-ambassadeur salvadorien, alcoolique et érotomane, déchu suite à ses magouilles politiques et à sa sinistre rencontre avec les Brigades de la Mort, s'éteint dans la misère à Mexico. Un détective looser, lui aussi alcoolique et érotomane, mais qui a en outre eu la bonne idée de lancer son agence dans un pays trop saigné par les horreurs pour vraiment s'intéresser aux heurts classiques d'une existence bourgeoise et sereine, suit ensuite ses traces pour tenter de dépêtrer le sac de noeuds. Le premier jouit d'une écriture ronde comme un blanc léger (je suis nul en oenologie, pardon), le second d'un corps charpenté comme un bon whisky (en whiskyologie aussi, pardon encore). Sinon, en terme de réalité sociale contemporaine magistralement dépeinte, nous trouvons quatre livres au moins. Chômeurs Academy, de l'Allemand Joachim Zelter, au titre catastrophiquement traduit et à la couverture franchement immonde - Autrement, avec Kenneth Cook et Eric McComber, nous avait habitué à mieux -, à l'idée simple et au sujet casse-gueule... mais parfaitement réussi, en dépit de toutes ces premières impressions plus que mitigées. Dans un futur proche, des centres d'accueil de réinsertion accélérée de chômeurs sont mis en place, à la croisée des chemins entre le stage d'entreprise Macdo et la télé-réalité, et bien évidemment, les gens morflent. Ils apprennent aussi à falsifier leurs CV, à profiter des rubriques nécrologiques et à se marcher sur la gueule les uns des autres. Honnêtement, c'est réaliste à faire peur, et les envolées sur le décalage CV-existence, notamment, font mouche - parole d'un connaisseur; à la fois chômeur récidiviste et un temps conseiller en insertion professionnelle (si - cela dit, je devais être mauvais, on s'en sera douté). Réaliste aussi, et on ne peut plus, le premier roman de Tristan Jordis, Crack, qui, comme son nom l'indique, se trouve être le livre-témoignage d'un jeune journaliste lancé corps et âme dans un reportage sur le long terme au coeur du Paris du caillou et de la défonce (je devrais écrire des quat'de couv', moi - ou alors pas). On est là à la frontière du roman, on s'en sera douté. Mais l'écriture éminemment personnelle sert la relation de la tribulation presque impossible d'un petit blanc considéré comme bien propre sur lui dans un milieu d'exclus désespérés. Pas de misérabilisme, cela dit, le personnage du narrateur/auteur jouant souvent le rôle de candide auquel ses interlocuteurs remettent les idées en place : la drogue n'est pas la fin d'une déchéance pour des vies qui s'effondrent, mais au contraire la seule planche de salut pour ceux qui ont vécu l'invivable, etc. Là encore, le positionnement de l'auteur, qui joue évidemment à la fois le rôle de candide, donc, et puis de nous aussi, quand même et pas qu'un peu, aide à se départir des clichés, pour tenter d'atteindre le coeur d'un sujet qui ne nous sera jamais accessible de toute façon - mais qui n'en est pas moins là, indéfectiblement. Réaliste, enfin, et quoi qu'en dise son auteur, La meilleure part des hommes d'un autre Tristan, Garcia celui-là. Si, pour être franc, je n'ai pas encore bien saisi la signification intrinsèque du titre, pourtant expliquée au fil des dernières pages (mais je suis un crétin), ce roman balaie de manière exhaustive à la fois un thème (le sida au sein de la communauté homosexuelle) et une époque (du début des années 80 à aujourd'hui), en mettant en scène à la fois un alter ego de Guillaume Dustan (romancier et éditeur estampillé "génie" et "pédé" adepte d'un anarchisme poussant jusqu'au barebacking), un de Lestrade, fondateur d'Act Up, et un de je-ne-suis-pas-sûr, disons un philosophe médiatique et opportuniste passé de l'extrême-gauche au sarkozysme, mâtiné d'un bon vieux conservatisme bien-pensant et perdant toute impartialité dès qu'il est question de la question des Juifs ou d'Israël (y en a plusieurs, Finkielkraut est mon poulain sur ce coup). Le chapitre décrivant l'oeuvre du premier, notamment, auto-fiction foireuse et bordélique riche en n'importe quoi narcissique et autoproclamé prophétique, constitue à mon avis l'un des textes les plus réussis écrits ces dernières années sur les dérives d'une certaine posture de l'être-écrivain. On continue, toujours dans le sujet de société tout en perdant un peu de la dimension réaliste au profit de quelque chose de plus, disons, romanesque précisément, avec le roman de Delphine Bertholon, Twist. L'histoire d'une gamine enlevée puis séquestrée pendant des années par un malade se la jouant un peu l'Ecole des Femmes, ne la touchant pas mais espérant, à force d'habitude, qu'elle tombera amoureuse de lui et deviendra sa parfaite épouse. Bon. Cette attaque du sujet donne quelque chose d'évidemment moins glauque que ce que la réalité nous sert généralement dans ce genre de cas. Mais pourquoi pas, après tout. Et puis la façon dont, là encore, trois voix s'entrecroisent (celle de la mère qui écrit des lettres à sa fille disparue tandis que Jauffret en écrit à son amoureuse pendue ; celle de la gamine elle-même ; celle du jeune homme dont elle était amoureuse petite), sur fond de grand-père photographe et d'amourettes désespérantes, donne à l'ensemble une vraie bonne tenue, sur laquelle je n'aurais pas parié au démarrage, ni à la lecture de cette critique pour être franc. Mais le livre se tient, franchement, et si quelques formules répétitives de la gamine, comme "le moral dans les Converse", ont fini par me gonfler un tantinet, je pense qu'on peut dire que cet essai est largement marqué par Delphine Bertholon (tiens, un poncif de la critique, le coup de l'essai marqué, tout ça). A côté de ces quatre derniers bons romans traitant à l'instar d'une banderole de nos amis les Boulogne Boys de thèmes tels que "Pédés, drogués, chômeurs, séquestrés", on trouve aussi le lot traditionnel d'ouvrages ratés, sur lesquels nous ne nous étendrons pas trop longtemps. Ceux de Sarah Chiche, par exemple (L'Inachevée - l'histoire d'une pauvre petite fille riche qui galère dans sa vie parce qu'elle n'est pas trop aimée, mais qui pâtit surtout de la désagréable propension de son auteur à caser quinze termes ampoulés dans une phrase de seize mots), ou encore celui de Pierre Bisiou (Enculée - le livre se résume à peu près à son titre), dont j'avais beaucoup entendu parler sur les blogs et pas que, mais qui, bon... ne m'ont pas vraiment causé. Voilà voilà voilà... C'était une première salve, un premier balayage - mais on reviendra peut-être, plus tard ou en commentaires, sur ces différents ouvrages. Allez savoir. Et puis, quoi qu'il en soit, c'était mon marronnier de rentrée. Content de vous retrouver.
Erratum : j'ai mentionné des romans étrangers sans préciser le nom de leurs traducteurs, erreur lamentable que je corrige de ce pas. Camarades traducteurs, mes excuses. Par ordre d'apparition, les livres conseillés : Régis Jauffret, Lacrimosa, Gallimard. Poppy Z. Brite, Alcool, Le Diable Vauvert. Traduction : Morgane Saysana.
Horacio Catellanos Moya, Là où vous ne serez pas, Les Allusifs. Traduction : André Gabastou. Joachim Zelter, Chômeurs Academy, Autrement. Traduction : Leïla Pellissier. Tristan Jordis, Crack, Le Seuil. Tristan Garcia, La Meilleure part des hommes, Gallimard. Delphine Bertholon, Twist, JC Lattès.
|
Bon. J'ai pas fait de post aujourd'hui, j'...
Pareil pour Micklin avec son éternel cigar...
Ah.... graisse moi la mouillette au st&nb...
Bon... auli...
Rien pigé. Hihi... Viens de voir une pu...