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Dans la maison Monde, il y a cette pièce immense qu’on appelle États-unis et autour de laquelle s’articulent toutes les autres, quelques chambres d’amis, de grandes dépendances et un nombre infini de débarras. Elle est richement meublée, très clinquante, avec vue sur deux océans et terrasse sur les champs du tout est possible. Une grande bringue munie d’une torche en surveille l’entrée, postée sur son vieux paillasson Staten Island où welcome s’est effacé pour faire place à go home. Qu’importe, y’a toujours plein de gens venus de partout qui font la queue pour avoir la chance d’y mettre un pied.
Pourtant, vu de près, de l’intérieur, ce n’est pas exactement le paradis attendu. Les dorures sont incrustées de crasse, y’a des poissons morts qui dorment dans les placards, des rêves qui pourrissent sous les meubles, des cadavres d’espoirs enroulés dans les tapis et des fantômes, perdus dans des habits de papier trop grands pour eux, qui circulent sur la Highway 101, du nord au sud, de Seattle à Tinseltown, et puis retour, car ils ne peuvent pas aller plus loin, ils sont arrivés au bout de l’Amérique, ric-rac, et du rouleau, après y’a plus que ceux du Pacifique. Charles d’Ambrosio, qui habite tout près de là, est venu nous en donner des nouvelles : huit, au total. Huit récits denses sur cette drôle de résidence US où il nous narre les destins compliqués, croisés, enlisés, de quelques locataires choisis. Ils auraient pu vivre leurs jours dans une calme opulence mais folie et guigne se sont pointés tels Bonnie & Clyde, tac-a-tac, il a suffi d’une rafale pour qu’ils s’affalent et se découvrent, tellement fragiles…
« La tête en arrière, nous ouvrions la bouche comme des oisillons. La fumée donnait à l’air froid une vague odeur de brûlé, un arrière goût de cendres. Un flocon se posa sur les cils de ma femme, un cristal stellaire, glacial et complexe. Je lui soufflai mon haleine chaude au visage, faisant fondre la neige. » (in « Là-haut vers le nord », page 87) Au fil des pages et des histoires, on découvre un homme qui cherche désespérément l’endroit idéal pour disperser les cendres de son grand-père et se retrouve à frayer avec des saumons agonisants et de vieilles croyances indiennes. On fait connaissance avec ce scénariste hollywoodien qui tente de renouer les fils de la réalité lors d’un séjour en psychiatrie et, en sa compagnie, on suit les pas décousus de cette autre patiente, une ancienne danseuse au corps recouvert d’atroces brûlures auto-infligées. Il y a aussi ce couple tentant de fuir les démons du passé et ces ouvriers salvadoriens chargés de construire le décor d’un film pornographique… Somme hétéroclite de vies amochées, boutique des malheurs, petits et grands, et des navrements du quotidien, Le musée des poissons morts est servi par une belle écriture et une grande richesse narrative : chaque nouvelle a l’étoffe d’un roman. Chercheur de poésie dans le gris et les douleurs, D’Ambrosio pose sur ses personnages un regard juste et réaliste mais empreint d’une profonde compréhension, de compassion et d’un certain fatalisme, aussi. Peut-être parce que j’ai bien connu la pluie à Seattle et que j’y ai retrouvé ma « Petite », l’Olivetti à ruban bicolore et touches blanches de mes premières tentatives littéraires, j’ai un petit faible pour la nouvelle « Drummond & fils » qui conte l’histoire d’un réparateur de vieilles machines à écrire et de son fils schizophrène. Installée devant un arrêt de bus, sa boutique reçoit les visites des gens lassés d’attendre sous le crachin et qui cherchent un peu de chaleur. Ils n’entrent pas pour acheter, bien sûr, mais ne peuvent s’empêcher de taper quelques mots sur les machines exposées, leurs noms, un charabia de lettres hasardeuses, une phrase lue ou une pensée profonde, puis ils repartent. Et, chaque soir, Drummond et son fils relèvent les traces de ces passages éphémères, écritures spontanées, cris de cœurs inconnus, pour les lire ensemble sur le chemin de retour à la maison, mots anonymes leur offrant ces instants rares de communion dans le néant quotidien de leur communication… « Drummond se réinstalla devant son plan de travail, et il écouta la pluie tomber et son fils réciter ses prières en égrenant son rosaire. Le mur en face de lui était recouvert de photos d’écrivains posant à côté de leur machine à écrire. Drummond ne lisait pas beaucoup, mais il connaissait la littérature grâce aux machines qui la faisaient. Cette connaissance se révélait utile pour vendre une Royal Quiet De Luxe à un romancier en herbe qui se prenait pour Hemingway, ou une Hermès Baby Rocket à un fan de Steinbeck. Par un phénomène curieux qu’il ne s’expliquait toujours pas, beaucoup d’écrivains ne savaient pas bien taper à la machine. Penchés sur leur clavier tels des vautours, ils griffaient les touches de leurs index, parfois du pouce, et bien qu’étant souvent immensément prolifiques, ils travaillaient avec l’énergie du désespoir, bec et ongles, comme s’ils grattaient la terre pour lui arracher des mots. » (in « Drummond & Fils », page 41) Bref, je vous conseille vivement ces morceaux choisis de (c)rêve américain. Et si après vous êtes toujours partants, allez faire un tour ici ! Et vite bcoz “you've got 02:15 minutes left for this special offer.” Quant à moi, je vous laisse parce que, au fond… « Ma vie idéale est une vie paisible. J’aime lire, confortablement assis dans le même fauteuil, l’abat-jour orienté juste comme il faut, (…), et de temps à autre, avec un peu de chance, je tombe sur une phrase superbe ou un sentiment élevé, je lève le nez de mon livre, perçois l’harmonie de tel ou tel concept, sa justesse, et je sais que tout est là. Voilà à quoi se résume la vie pour moi, à ces moments de révélation intime. Je n’attends rien de moins, mais je ne demande pas grand-chose de plus. » (in « Bénédiction », page 200) PS : ceci dit, même pas la peine de traverser l’Atlantique : Charles D’Ambrosio et ses poissons morts seront présents au Festival America de Vincennes, à la fin de ce mois. « Le musée des poissons morts », de Charles d’Ambrosio, Albin Michel, 2007, traduit de l’américain par France Camus-Pichon. (Titre original : The Dead Fish Museum)
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Mais bien sûr Sophie... Ce n'était pas&nbs...
C'est vrai ? On va la jouer modeste... On ...
Eh, bravo mon chien pour Alvaro Mutis (con...
Hi hi hi hi hi hi... lile chinois de cilco...
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