 Mandaté par le magazine Standard, l'une de mes nouvelles maisons de squat, pour balayer d'un geste ample et noble la cuvée 2008 de la Rentrée Littéraire (TM), je dénichai presque par hasard (ouais, bon) le roman numéro 479 environ d'une dénommée Poppy Z. Brite, écrivaine prolifique et classée punk ou gothique selon les cas (c'est à dire classée un peu n'importe comment). Publié en France par le Diable Vauvert, cet Alcool marque le premier temps d'une série estampillée "Liquor Books" par la dame, et qui fournit, pour synthétiser rapidement, aux thèmes de la picole et des restaurants le statut envié de personnage principal. En quelques lignes, Alcool décrit l'aventure (terme que je me refuse une bonne fois pour toute d'abandonner aux scénaristes surpayés d'Endemol et consorts) de Rickey et G-man, un couple de galériens de la Nouvelle-Orléans rompus aux arts de la trime en cuisine de restaurant. Rickey élabore un soir de beuverie poétique ce qui deviendra rapidement LE concept du moment, l'ouverture d'un restaurant spécialisé dans l'assaisonnement aux spiritueux de tous les plats et sauces élaborés en cuisine. Prescription idéale pour une ville à la fois meurtrie et sublimée par la marginalité ambiante, ayant élevé le têtage de goulot au rang de discipline olympique. Un livre à la fois simple et lumineux, entraînant et profondément inspiré.
Mandaté par Standard, donc, je lançai sans trop y croire, galvanisé pourtant par mon obtention à la session précédente d'un entretien par messagerie (ouais, bon) avec un Nick Hornby plus en forme que jamais, une petite fusée de détresse à l'attention de l'écrivaine de Louisiane. Peu apte depuis ma naissance à bien connecter ce que j'entends aux infos et le vrai monde dans lequel je vis, je versais tour à tour ma larme de frayeur à l'approche d'une nouvelle saloperie climatique aux abords d'une Nouvelle-Orléans pourtant déjà bien saignée la fois précédente, et ma larme de frustration à la découverte quotidienne d'une boîte mail désespérément vide de toute réponse PoppyZBritienne. La date du bouclage approchant, et disposant fort heureusement d'une autre interview réjouissante, celle du suédois Jonas Hassen Khemiri, je fis mon deuil de Poppy, et poursuivis tranquillement, depuis ma chambre de douleur, mon chemin de croix éditorial. Hier, fort heureusement, la Poppy fondit sur ma boîte, s'excusant d'avoir perdu tout contact avec l'électricité depuis dix jours (comme si je pouvais lui en vouloir), et me balançant mine de rien un entretien différé tout à fait circonstancié. Ni une, ni deux, je décidai de vous livrer la came, tant il est vrai qu'une bonne chose mérite peu qu'on l'écrase dans la poussière d'une torsion de talon. Voici donc, livrée à vos yeux ébahis, l'interview d'une dame classe effectué par un parasite en convalescence, au sujet d'un ouvrage de génie. Pour vous la faire courte - rassurez-vous je me retire bientôt -, l'interview en question repose sur un deux-temps. Premier temps : "questionnaire à la Bergson", visant, à force de questions générales sur la littérature de plus en plus centrées sur un auteur, à piéger ce dernier fil de toile après fil de toile. Second temps, plus classique, tenter de cibler deux questions permettant le mieux possible à l'écrivain de se remettre sur pied, et de parler de son travail. Ca parle de Nouvelle-Orléans, d'édition, de marginalité ordinaire, de chef cuistot et de remise en question. Et ça multiplie encore par trois mon respect pour la dame. Bien cordialement, bonne lecture, et bonne découverte.
Comment vous représentez-vous l'avenir de la littérature ?
Poppy Z. Brite : Honnêtement, je suis un peu inquiète à ce sujet. Il me semble que les gens lisent moins que jamais, et parmi ceux qui le font encore, un grand nombre affirme n'être pas intéressé par la fiction. Beaucoup de très bons écrivains sont pourtant toujours en activité, et je me demande combien d'entre eux (d'entre nous ?) gagneront encore leur vie en écrivant des romans d'ici vingt ou trente ans.
Je pense (espère, prie) qu'il restera toujours des amoureux de la fiction, mais peut-être que cet amour confinera alors à un simple intérêt de boutique, avec des auteurs publiés par de toutes petites maisons visant toutes une tranche très particulière de lecteurs. A votre avis, ce futur est-il en train de se réaliser, ou est-ce juste une hypothèse parmi d'autres ? PZB : Aujourd'hui, on publie encore un grand nombre de romans, mais il est très difficile même pour un auteur de best-sellers de vendre un recueil de nouvelles à une grande maison d'édition. J'ai entendu dire que les éditeurs rognent sur le nombre de romans, en achètent et en publient de moins en moins. Les jours de la fiction en prose en tant que forme artistique sont peut-être comptés, laissant la place libre à des nouvelles choses magnifiques. Mais dans la mesure où c'est cette forme moribonde d'écriture à laquelle j'ai consacré ma vie, mon horizon prend une tournure assez lugubre. Selon vous, quel sera votre situation en tant qu'auteur, au sein de cette possible littérature à venir ? PZB : Je me situe à un moment de ma vie que vous pourrez qualifier de profonde remise en question. Tout a changé depuis l'effondrement des digues après le passage de l'ouragan Katrina [à la Nouvelle Orléans, ndlr] en 2005. Je suis en train de me demander où je me situe dans ma propre vie, alors je ne vous parle même pas de ma place dans l'avenir de la littérature. Pourtant, si je reste capable de continuer à écrire, j'espère que je pourrai représenter une petite fraction de ce futur. Mais alors, si vous êtes capable de vous représenter le chef d'oeuvre de demain, pourquoi ne pas le produire vous-même ? PZB : J'espère bien le faire. Je me dis que des fictions traitant de nourriture, de restauration, constitueraient une bonne piste de travail, et me retrouve bien dépitée en constatant que mon éditeur américain ne l'entend pas de cette oreille : il pensait que mes "Liquor books" [Liquor, Prime, Soul Kitchen] étaient des romans à suspense ! Mais que puis-je y faire ? L'Amérique, en terme d'appréciation de la nourriture, n'en est qu'à la petite enfance, et on dirait parfois que le monde de l'édition est régi par des gamines de 23 ans anorexiques. Qu'espérer, dans ces conditions ? Si je pouvais me le permettre, je ne travaillerais qu'avec de toutes petites maisons d'édition. Malheureusement, ça rendrait la plupart de mes livres prohibitifs au niveau du prix, tant les petites presses apprécient les conceptions limitées, splendides, exclusives, mais aussi hors de prix. Qu'est-ce qu'il y a de si spécifique, à la Nouvelle-Orléans, pour que des écrivains comme vous en donnent une image aussi particulière ?
PZB : Plus que tout le reste, il y a d'abord les gens. Les voix et propos de tous les jours que vous pouvez entendre dans les bars, sur les champs de courses, dans les files d'attente des pharmacies (où nous passons beaucoup de temps depuis la rupture des digues.) J'ai un jour entendu un type américain décrire ainsi les personnages de l'excellent roman 100% "New Orleans" de Kennedy O. Toole, La conjuration des imbéciles : "grotesques." J'ai été choquée, parce qu'ils n'ont rien de grotesque aux yeux des lecteurs du coin. Ce sont des personnages que nous voyons, que nous entendons... et que nous sommes. Et le genre de restaurant que montent Rickey et G-Man, dans Alcool, incluant de la picole dans tous les plats et dans toutes les sauces servis, ça existe sur place ? Dans le cas contraire, quand est-ce que vous en ouvrez un, de préférence ailleurs que dans un entrepôt hanté par des fantomes mafiosi ?
PZB : J'ai pensé à ce concept de menu centré sur l'alcool il y a pas mal de temps, et il me semblait qu'elle s'accommodait tout particulièrement aux us et coutumes de la Nouvelle-Orléans. Je n'ai pas eu l'idée d'en faire un roman avant l'an 2000, mais je me souviens m'être fait la remarque dès 1993 qu'il pourrait être amusant de consacrer un livre à la scène gastronomique de ma ville. J'espère rencontrer quelques cuisiniers français et traquer les différences et similitudes de nos deux passionnantes cultures culinaires. Le restaurant du livre n'a donc pas encore été mis sur pied, mais si je trouve un Lenny Duveteaux [le magnat local dans Alcool] par ici, disposé à financer notre projet, j'enfilerai avec plaisir le costume de consultante,et Chris, mon mari depuis 20 ans, chef primé de profession, en sera le chef exécutif ! Poppy Z. Brite, Alcool, le Diable Vauvert. Traduction : Morgane Saysana. Le site de Poppy est ici. Son blog ici.
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Bon. J'ai pas fait de post aujourd'hui, j'...
Pareil pour Micklin avec son éternel cigar...
Ah.... graisse moi la mouillette au st&nb...
Bon... auli...
Rien pigé. Hihi... Viens de voir une pu...