 J'ai vu le jour pendant une belle année - les accords d'Evian, qui mirent fin à la guerre d'Algérie. - la mort de William Faulkner, le grand écrivain du Sud, auteur de Lumière d'août et de Sanctuaire. - la sortie de Lawrence d'Arabie, le chef d'œuvre de David Lean avec Peter 0'Toole. Vous avez deviné?... C'est l'année 1962. J'ai été un élève médiocre, qui s'ennuyait en classe et préférait lire André Gide. Très vite, j'ai voulu devenir écrivain, sans très bien savoir quoi écrire. Alors, j'ai rédigé en toute simplicité une Histoire de France, à l'âge de douze ans (au lieu de me consacrer à des activités normales). A l'époque, j'écrivais quatre ou cinq lignes, puis les barrais parce que je n'en étais pas content, réécrivait les mêmes en-dessous. Mon père me prenait pour un pauvre enfant détraqué. Je crois que mon obsession littéraire l'inquiétait un peu. Je suis devenu journaliste en 1988, une bonne manière de gagner sa vie en écrivant. J'ai été engagé par les Nouvelles de Moscou (ceci n'est pas une blague), la version française du fameux hebdomadaire gorbatchévien. C'était assez passionnant. Nous devions réécrire, mettre en forme les articles (mal) traduits de nos confrères russes. Les textes revenaient sur des scènes oubliées de l'histoire: la rencontre de l'écrivain d'anticipation HG Wells avec Staline, les crimes soviétiques, ou la naissance de la bombe atomique (créée par Sakharov). J'étais évidemment aux premières loges pour assister à l'effondrement du bloc communiste. Puis, j'ai continué, je suis entré au Figaro et j'ai commencé à écrire des livres, enfin. Mon premier texte fut une biographie romanesque du fondateur des Rolling Stones, mort dans sa piscine à 27 ans, Brian Jones (Castor Astral, 1998). La collection s'appelait "Tombeau" et traitait évidemment des artistes morts auxquels elle rendait un hommage funèbre. C'est mon père, le fondateur de Rock&Folk, alors très malade, qui me donna l'idée du livre, sa dernière idée et l'une des plus importantes pour moi. J'ai ensuite publié un polar de la série "Poulpe" (Jeux de Roumains, jeux de vilains) inspiré du grand écrivain Virgil Gheorghiu, l'auteur de la Vingt-Cinquième Heure. J'ai écrit une douzaine d'ouvrages, deux recueils de contes illustrés par ma soeur Sophiek, Les Contes du Mississippi - qui traite du blues et des musiciens -et Les Contes des Années Folles (Le Seuil) sur les années 20 aux Etats-Unis. J’ai aussi à mon actif plusieurs biographies (John Lee Hooker, Bob Dylan, Ben Harper), un récit sur une expérience de justice, Juré (qui m'a valu de recevoir, en juin dernier, le Prix Comte de Monte-Cristo), enfin un ouvrage illustré sur les chanteuses de jazz et leur combat contre le racisme et la misogynie, Jazz Ladies (Hors Collection). Je ne vis qu'à travers la littérature et la musique, en haut d'un huitième étage, presque dans les nuages, face à cette dentelle de fer, la Tour Eiffel, que dessina jadis mon ancêtre Maurice Koechlin. Une vie d'illusions qui me plaît. Car, comme le dit Maupassant, "la réalité implacable me conduirait au suicide si le rêve ne me permettait d'attendre".
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