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Tout à l’heure, en voyant, assis dans une laverie automatique, deux mâles absorbés par la contemplation de leur linge tournant dans deux énormes machines, j’ai commencé à gamberger sur le sujet qui suit. Un peu avachi, le plus vieux des deux se contentait de jouer avec sa canne. Du jeune, je n’ai pu voir que les bras croisés, la nuque raide et la coupe courte d’aspect paillasson militaire. Séparés par un siège vide, ils ne se connaissaient manifestement pas, et ne conversaient pas. Aucun des deux ne lisait, ou ne s’occupait d’une manière ou d’une autre : pas de téléphone portable tripatouillé hâtivement, pas d’oreillettes à musique « tue-l’ennui », ce qui est devenu assez rare pour être souligné. Passant rapidement devant la vitrine de la boutique, et les voyant si calmes, je me suis dit qu’ils devaient donc se contenter de penser, du moins de laisser vagabonder leur esprit, sans heurts, sans brouillage ni interruption. Après tout, pourquoi ne pas remplacer le feu de bois, devant lequel l’esprit se perdait si bien jadis, par des tee-shirts et des caleçons mousseux se télescopant en rythme dans un tambour ? A une époque où le temps passé à « ne rien faire » se raréfie, on pense comme on peut devant ce qu’on peut, en essayant de culpabiliser [1] le moins possible.
A quoi songeaient-ils, alors, ces deux spécimens humains ? Probablement à ce qu’ils avaient fait précédemment, à ce qu’il leur restait à faire aujourd’hui, à leur déjeuner (il était environ midi), à leur après-midi dominical. Ce serait primaire de croire que le jeune se projetait dans l’avenir, ou que le vieux se repassait l’album sépia de sa vie. Après tout, rien ne dit qu’un trentenaire, assis dans une laverie automatique un dimanche, n’est pas en train de se lamenter sur la perte d’un amour, ni qu’un septuagénaire dans la même situation ne se prépare pas, lui, à partir quelques jours pêcher au bord d’un lac avec de vieux copains rigolards. Les apparences sont toujours trompeuses. Toujours est-il que quatre pas plus loin, je me suis demandé comment cette drôle de machine, que l’on nomme cerveau, avait bondi du rôle de fournisseur de pensées brutes à celui de laboratoire de théories cartésiennes [1]. Prenons un Cro-Magnon moyen (qu’on appellera Grompf pour plus de simplicité), et comparons. Un matin de printemps, la majeure partie du cheminement mental de Grompf pourrait s’inscrire ainsi : « Yeux ouverts – froid, faim, soif – ranimer feu, manger – prendre bout de viande de chasse de la veille – goût encore bon – content – soleil chauffe – gratter jambe – content – femme mauvaise humeur, pas s’approcher – frustré – odeur animale dans le lointain – attraper arme – partir chasser, content. » Alors qu’un homme moyen d’aujourd’hui (lui, appelons le Georges) se réveillera en se disant : « J’ai mal dormi – *mal au dos*, foutu matelas faut que je le remplace, pas le temps en ce moment – café, vite, et douche – pas faim ce matin – gratter jambe – merde, plus une chemise propre, ras le bol, ah si, crotte c’est la rose, je déteste cette chemise bah tant pis – où est ma montre ? Chérie ? – bon sang elle n’a pas l’air de très bon poil ce matin – *frustré* – tu as vu ma montre ? Tiens j’ai un trou à ma chaussette, il faudra que je… zut téléphone – Chérie, tu veux bien répondre ? – ça va, c’est ma belle mère – bon, où est garée ma voiture déjà – à 9h30 rendez-vous avec Jacques ça ne va pas être commode où est ma mallette ah la voilà *content*. » En gros. Vous me direz qu’au fond, ça n’est pas très différent. Certes. Il n’empêche que le second, à la différence du premier, formule la plupart de ses pensées. Mal, évidemment, mais à la décharge de Georges, à cette heure de la journée, peu de gens sont en train de réfléchir aux destinées du monde, ou d’essayer de savoir, sous leur douche, si « tout corps plongé dans un liquide – tous les liquides ? Même le whisky ? Ou la confiture ? – subit de la part – confiture + part = *miam* gâteau – de celui-ci – kua ? – une poussée exercée du bas vers le haut – poussée vers le haut = *cerveau d’homme en état d’alerte sexuelle* – putain le savon a glissé – et égale, en intensité, – pas décrocher, là je décroche pourtant c’est simple bon sang : bain trop plein déborde quand je rentre dedans, d’ailleurs faut que je maigrisse – au poids – faut VRAIMENT que je maigrisse – du liquide déplacé – j’ai envie d’un verre de rosé soudain c’est pas normal à huit du mat’ – séchage, serviette. » Notez que la grande complexité du truc, c’est la pensée parasite. Nous sommes tous inondés, tout le temps, de pensées et de sensations qui interfèrent dans nos raisonnements. Même si nous réfléchissons en formulant certaines phrases de façon linéaire, il faut toujours qu’un de nos organes se rappelle à notre souvenir. Ce qui fait qu’en écrivant ce texte, tout en tentant de le rendre lisible et clair [2], entre ce que j’entends, ce que je vois, ce que je ressens et ce que je construis mentalement, les choses qui transitent électriquement dans ma caboche sont de cet ordre : « La grande complexi… - "Robin Söderling a du stress" - …té du truc – *grattage de gorge* – "bon toucher de Federer, 0-30" – *mal au coude* – c’est la pensée – trouver un synonyme, j’ai dû écrire « pensée » 20 fois, bah, je sucrerai ou non en relisant après – "douzième mondial, magnifique progression" – me referais bien un second café – parasite. » Pause. Vous avez lu ce texte jusqu’ici. Malgré votre concentration hors norme sur mes mots judicieusement alignés, analysez les pensées qui vous ont traversé l’esprit, interférant avec votre lecture : vous remarquerez que ce sont des pensées soit formulées, soit à demi formulées (ce qui arrive le plus souvent, genre : « Ah oui j’avais lu ça dans… – comprends rien – ça me gratte – où veut-elle en veni… – faut que j’appelle maman – elle aurait dû écrire ça de cette maniè… – j’ai trop mangé je… *sommeil* – etc. » en sus des sensations brutes (ennui, amusement, désespoir, vague torpeur ou autre). Fin de la pause. (à suivre...)
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Bon. J'ai pas fait de post aujourd'hui, j'...
Pareil pour Micklin avec son éternel cigar...
Ah.... graisse moi la mouillette au st&nb...
Bon... auli...
Rien pigé. Hihi... Viens de voir une pu...