|
«(...) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d'échange généralisé, chacun écrivant chez un autre ? Suis sûr qu'on y découvrirait des nouveaux sites (...)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l'idée des Vases Communicants. Aujourd'hui Sophie K. et Zoë Lucider s'invitent réciproquement. Le regard sceptique finit par tout tuer, même le regard lui-même. Le regard ironique ranime tout, même un regard éteint. Dostoïevsky A un ami qui me faisait part des quatre commandements de sa propre religion (au sens de ce qui le reliait aux autres et au monde), je renvoyai ce commentaire amical. J'adhère à une religion du désir. Je ne sais nommer autrement la pulsion (éventuellement absurde) du vivant à perdurer avant de céder aux forces de la métamorphose que la manducation du temps imprime aux formes éphémères que nous sommes. Il me semble que les joies essentielles que nous éprouvons se nourrissent toutes de l'émerveillement de cette incongruité : être vivant plutôt que mort. Qu'est-ce à dire ? Le plaisir est l'assentiment de la nature (Je cite de mémoire un aphorisme d'Oscar Wilde). C'est le signe de la bonté dont l'homme a fait une de ses vertus cardinales si ce n'est le Nord de sa boussole existentielle. Or, nous sommes des révélateurs différenciés de cette empreinte et plus ou moins réverbérants. Je n'ai construit qu'une liberté conditionnelle, zigzagante, avec les boulets et les chaînes dont le sort m'a pourvue de même que les talents et les lumières dont j'ai eu le bonheur d'hériter. Est-ce à dire que les chemins de la Liberté sont plus ou moins semés d'embûches, qu'il existe de plus ou moins égaux et qu'on ne court pas avec le même sac de charbon sur l'épaule ? Que la société aura beau faire, elle ne saurait se priver de son lot d'esclaves et de misérables, qui n'auront d'autre avenir que péricliter dans les souffrances les plus épouvantables tandis que d'autres, hissés sur l'amas de leurs serviteurs zélés, atteindront les cimes de la satiété, sans interruption et sans limite (hors leur mort naturelle et longuement médicalement assistée). Il semblerait que l'Histoire ne nous présente en effet qu'une longue tentative d'équilibrage entre les appétits de l' Espèce au prix de saignées épouvantables au sein même de l'engeance, mais plus encore sur tous les autres règnes du vivant.
C'est au sein de limites que la liberté doit s'inventer. Elle devient la part créatrice de chacun à se conjuguer au temps présent, à inventer une gestuelle du vivre quand tout nous incite à imiter, mettre nos pas dans les sentiers tracés par les grands architectes du monde ou qui se prétendent tels. La liberté invite à la désobéissance puisqu'elle prétend surenchérir sur la méthode et rechercher l'inédit, le singulier, l'improbable. La liberté peut dénicher la pépite du hasard pour tenter de nouvelles combinaisons. N'est-ce pas ce que nous disent nos scientifiques : s'il existe une possibilité de rationaliser les processus advenus, il est aléatoire de prédire ceux à venir (la météorologie a une visibilité de quelques jours). Les modèles mathématiques ont permis de programmer du futur autant qu'ils ont créé de l'inouï, de l'inattendu. Est-ce que cela discrédite la Liberté d'appartenir au cercle des réalités contingentes. Sûrement pas. Il est aussi absurde de nier notre matérialité que de réduire à cela seul notre appareillage spatio temporel. Si notre corps, véhicule plus ou moins performant, contraint notre niveau de perception, notre sphère d'agissement peut se moduler en fonction de la sélection que nous opérons dans le réel. Nos « niches » d'existence sont le lieu de notre expérience de la soumission ou de la révolte d'où nous sculptons nos fantaisies (les chimères qui nous habitent et guident notre désir). Quelle religion peut nous relier sans nous ligoter, telle est la question. Reprenons tes quatre commandements que je rappelle ci-dessous : 1. pas plus que le nécessaire à tes besoins vitaux ne posséderas 2. de ta liberté individuelle tu feras ton credo, refusant toute soumission qui ne serait pas issue des contraintes naturelles. 3. pour le respect absolu du vivant tu militeras 4. tu penseras en sceptique et avec foi tu agiras. Je suggèrerais que les besoins vitaux sont déjà un premier stade de controverse, quel étalonnage nous permet la juste mesure ? Dois-je ne me soumettre qu'à la contrainte naturelle ? Quid de ce que les us et coutumes, le savoir, la recherche m'ont légué, de cette idée de nature que j'ai tant de mal à séparer de la culture et pour cause : le monde m'a précédée et m'a fabriqué le monde. Le commerce des autres est-il plus ou moins naturel ? Leurs conduites identifiables et repérables comme sur naturelles, infra naturelles ? Si je dois militer pour le vivant ai-je le droit d'infliger le martyre aux carottes sous prétexte qu'elles crient silencieusement ? Le scepticisme assassine l'élan, la foi le propulse. C'est sans doute dans l'éreintant exercice de « pagayage » que nos vies se consument avec plus ou moins d'intensité. Notre liberté est peut-être de veiller au régime de combustion de notre flamme d'énergie et il n'est pas sûr qu'en la matière, on échappe toujours au gaspillage ou à contrario à la pingrerie. Amicalement Zoë Lucider pour Sophie K. http://www.zolucider.blogspot.com/ Autres vases communicants de ce vendredi : Ligne de vie et Arf Anna de Sandre et Tor-ups Zoé Lucider et Sophie K Tiers libre et la vie dangereuse A Chat perché et Mahigan Lepage C’était demain et Petite racine Les lignes du monde et Paumée 36 poses et Arnaud Maisetti Baptiste Coulmon et Scriptopolis Elise Lamiscarre et Pierre Ménard Martine Sonnet et Anne Savelli Frédérique Martin et Désordonnée
|
link:http://www.youtube.com/watch?v=Esb...
Chez Zoë, y a bagarre !!!
Je reviens sur cognée: son tableau presqu...
link:http://www.youtube.com/watch?v=Esbt...
pour entretenir la polémic à Zoe: image:...