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Écrit par Sophie K.   
27-01-2010
Bref voyage dans le temps pour se (re)poser au cœur de la « Venise Céleste » de Moebius (1984) qui m’avait émerveillée à sa sortie ; je l’associe désormais aux villes fabuleuses inventées par Mézières pour les aventures de son Valérian, ou à la balade, plus lointaine encore dans le passé, entre les murs ornés des palais de la géniale Slumberland de Winsor McCay … Tout comme son Nemo, je rêve depuis très longtemps de villes, de maisons inconnues et de rues extensibles à l’infini, immense jeu de construction qui ressemble, parfois, à l’univers des frères Miller (cf. Myst). Pas moyen non plus, dans mes virées inconscientes et nocturnes, d’échapper aux volées de marches issues des dessins d’Escher , ni à ces couloirs tortueux qui me rappellent ceux de l’étrange hôtel de « Barton Fink  », le film avec lequel j’ai découvert l’univers des frères Coen. Enfin, impossible de ne pas évoquer le monde de Schuiten et Peeters, leur Armilia (entre autres) si proche de la Venise Céleste citée plus haut, des immeubles que Nemo franchit sur la planche ci-dessous, de l’absurdité poétique d’Escher ou de celle de certains films des Coen, « Le grand saut  » notamment.
 

 

 
La route d'Armilia - Schuiten et Peeters.

Il existe une réflexion commune à ces œuvres ; leur source originelle est sans doute le mythe antique de Thésée et de son labyrinthe, et sans relier Ariane à Freud d’un fil grossier, on peut parier à coup sûr que le labyrinthe en question est celui de l’esprit. En écho, je ne peux pas m’empêcher de citer Hammett, ma lecture du moment :

« Personne ne pense clairement, même les gens qui prétendent le contraire. Penser est un truc à vous flanquer le vertige, il s’agit de saisir le plus grand nombre possible d’éléments évanescents et de les organiser au mieux. C’est pour ça que les gens s’accrochent avec autant d’énergie à leurs croyances et à leurs opinions ; parce que, par comparaison avec le chemin chaotique qui permet d’y arriver, les opinions les plus folles paraissent merveilleusement claires, réfléchies et évidentes. Et si on les laisse s’échapper, on doit replonger dans ce fouillis brumeux pour les remplacer en s’en fabriquant péniblement d’autres. »

 

 

Préférer, donc, l’incertitude aux croyances. Avancer dans la brume et penser, avec en reflet, la ville mythique, décrite dans un nombre incalculable d’œuvres et de contes, forcément fantomatique, jamais aboutie, remplie de passages inexplorés et de gouffres sans fond. Parfois souterraine (voir les aventures d’Alan Quatermain), sous-marine (avec un autre Nemo, celui de Jules Verne), perdue dans les montagnes (Shangri-La), dans une forête impénétrable (El Dorado), aérienne (Star Wars en présente une dans « L’empire contre-attaque », la Bespin de Lando Calrissian), ou jaillissant, tel un mirage, du désert – et ici, on songe à Babylone la Bleue, dont les jardins suspendus devaient apparaître aux voyageurs comme une absolue féerie.

 Enfin bref (C. Borhen TM). S’il est un thème qui m’obsède réellement, c’est celui-là. Il revient sans cesse dans ce que j’écris ou dans ce que je peins, et la nature s’y imbrique toujours, complémentaire et vivifiante - l’idée du vivant étroitement associé au bâti, en quelque sorte, mais pas de façon inerte, jugulée ou décorative, comme le voulait en son temps l’Art Nouveau.

 

Les jardins supendus de Babylone, gravure du XVIème siècle de Martin Heemskerck

 

Au long de mes rêves, j’ai d'ailleurs toujours su que le fait que la nature soit séparée des mes labyrinthes personnels marquait un déséquilibre intérieur ; je me revois il y a quelques années, crapahutant le long d’un mur derrière lequel je devinais la forêt que je voulais désespérément rejoindre, et ne trouvant pas, telle Alice, la porte qui pouvait m’y conduire. Avertissement du subconscient, esprit séparé du corps, oubli de soi, perspectives évanouies. L'impasse était claire, et  ma libération a été de me défaire de certaines certitudes, d'accepter le "danger" de la pensée non bridée. Car contrairement aux idées reçues, la ville mythique noyée de brouillard, comme celle engloutie par la forêt, ne sont pas les symboles de la folie, mais de l'imaginaire humain, le revers étant sa faiblesse à tout appréhender, et l'avers sa puissance créatrice. 

 

 

« Tous les gens, à l’exception de ceux qui sont fous ou profondément stupides, se soupçonnent eux-mêmes, de temps en temps, ou chaque fois qu’il leur arrive d’y réfléchir, de ne pas vraiment être sains d’esprit. Les preuves de la folie sont faciles à trouver : plus on fouille en soi-même, plus on en découvre. »

Dashiell Hammett, again.

 

Commentaires
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Vinosse   |2010-01-27 17:08:31
avatar Ma construction intérieure (in my ciboulette, of course), se confine à une sorte d'habitation établie selon des plans dont je pourrais être l'auteur: beaucoup de pièces rondes, de recoins, de petits couloir et escaliers courbes, de petits dômes, de tourelles, mais jamais de trucs grandioses, jamais de châteaux et encore moins de villes énormes...

Non, juste une maison d'habitation, pour moi et pour ceux que j'aimerais...et qui m'aimeraient...

On a les rêves qu'on peut!

(le premier dessin, c'est Moebius-Gir!)
sophiek  - Hello Vi !   |2010-01-27 17:12:54
avatar Je me souviens qu'on en avait parlé ici. Mais là, tu décris plutôt ta citadelle intérieure. La ville entière, c'est l'image du monde tel qu'on l'appréhende, avec nos limites et nos inspirations...

(Oui, Moebius est Gir, bien sûr ! )
Vinosse   |2010-01-27 19:10:55
avatar Me rappelle plus qu'on en ait parlé, mais ça ne m'étonne guère: mon rêve est récurrent, au moins une fois par trimestre!!!

Un rêve de chez Spontex !!!

Donc, on peut penser que je n'aie aucune vision du monde, et bien c'est tant mieux !!!

Il y en a tant qui parlent pour les autres sans savoir... Qui voudraient décider pour la masse...

Comme l'aut con qui ma traite de paysan inculte: le poncif parfait! Les paysans sont TOUJOURS incultes !!! C'est même une boutade!

J'avais pensé un jour me remettre à écrire, comme des petites histoires qui se passeraient dans ma construction aux murs clairs et aux vitres bleues, aux petits étages et aux chambres cachées, mais toujours dans une certaine modernité. J'ai en horreur les vieux bois et les tentures des intérieurs bourgeois, les vieux châteaux, les manoirs de province...

Je soulignais Moebius-gir, non pas pour te préciser mon savoir, mais au contraire, je me rappelais plus de quelle signature il se servait pour ces
dessins...
sophiek   |2010-01-27 19:14:36
avatar Ah, c'est Moebius, pour ces dessins-là, donc.
Sinon, bien sûr que si, tu as une conception du monde, comme tout le monde. C'est juste pas obligé d'en faire une ville symbolique, quoi. En revanche, la ville symbolique est, pour certains (dont moi) une manière de visualiser la pensée.
Zoë   |2010-01-27 21:44:13
avatar Waouh, c'est beau ces illus. Délicatesse du dessin, profusion des matières, opposition minéral végétal.Ton rêve me fait penser à une peinture de Max Ernst, qui s'appelle (de mémoire), la forêt dévore la ville.
C'est drôle parce que j'ai rêvé cette nuit et je vais tenter d'en faire un post. Wait and see
Anna de Sandre  - Sophie   |2010-01-27 22:16:52
avatar Tu as lu Les villes invisibles de Calvino, donc ?
sophiek  - Salut les filles ! :-)   |2010-01-27 23:07:49
avatar Eh ben non, mea culpa, Anna, pas lu Calvino (ma culture est hélas limitée), mais du coup tu me fais lever les deux sourcils avec intérêt ! Je le note illico.

Ma Zoë, je me souviens très bien de cette peinture. C'est drôle que tu dises ça, Max Ernst est un des premiers peintres qui m'ont fascinée le jour où j'ai enfin sorti le nez de mes BD, vers 17 ou 18 ans.
sophiek  - Babylone   |2010-01-27 23:24:55
avatar En voilà une autre plutôt jolie...
.
Posted image
sophiek   |2010-01-27 23:39:44
avatar On pourrait aussi dire que le naturel s'apparente à l'intuition, et le bâti à la réflexion. La complexité est de réussir à équilibrer les deux, sans que l'un envahisse l'autre...
sophiek   |2010-01-28 11:02:28
avatar http://www.dailymotion.com/video/x17q2o_martha-davis-marthas-boogie_music

Na.
Vinosse  - re:   |2010-01-28 12:03:32
avatar
sophiek a écrit:
On pourrait aussi dire que le naturel s'apparente à l'intuition, et le bâti à la réflexion. La complexité est de réussir à équilibrer les deux, sans que l'un envahisse l'autre...


Pitin, où tu vas chercher toussa???
sophiek   |2010-01-28 13:34:41
avatar
Te fous pas de moua, chus marrite !
Vinosse     |2010-01-28 16:54:09
avatar http://vinosse.over-blog.com/
Punpunkasonchienchien   |2010-01-28 17:51:07
Bonne année bonne santèche
sophiek   |2010-01-28 18:39:08
avatar Muarf !
Fais que passer, suis en panne d'ordi, le temps que je finisse de tout réinstaller, sera au moins minuit... (grmblmbl) Biz à tous et à pluche donc.
sophiek   |2010-01-28 23:19:21
avatar J'ai pas encore fini. Pfffffffffffffffffffffc'estchiantdechezchiantdechezrechiant
sophiek   |2010-01-29 12:16:01
avatar Mon Chien Itou doit être en vadrouille loin des ordinateurs. (Ça doit être duuuuuuuuuur, la vache.)
mon chien aussi   |2010-01-29 13:12:42
Moebius... Boaffff !!!!
Vinosse     |2010-01-29 13:44:49
avatar Y fait la gueule....
Vinosse   |2010-01-29 17:25:33
avatar Souvenir de jeunesse....

Posted image
Zoë   |2010-01-29 20:22:31
avatar Hé ho hé ho ! On rentre du boulot, hé ho hé ho !(etc)
Pffff
Ouf! week ennnnnd! Yahou!yeppeh! (suis même pas sûre que ça s'écrit comme ça, chuis nulle en bulle de BD )
Bon, ben je reviendra voir si du monde, toussa
sophiek   |2010-01-29 22:05:06
avatar On est chez le bon Bourg, ma Zoë. On lève nos verres à son retour dans ces colonnes !

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