
Bref voyage dans le temps pour se (re)poser au cœur de la « Venise Céleste » de Moebius (1984) qui m’avait émerveillée à sa sortie ; je l’associe désormais aux villes fabuleuses inventées par Mézières pour les aventures de son Valérian, ou à la balade, plus lointaine encore dans le passé, entre les murs ornés des palais de la géniale Slumberland de Winsor McCay … Tout comme son Nemo, je rêve depuis très longtemps de villes, de maisons inconnues et de rues extensibles à l’infini, immense jeu de construction qui ressemble, parfois, à l’univers des frères Miller (cf. Myst). Pas moyen non plus, dans mes virées inconscientes et nocturnes, d’échapper aux volées de marches issues des dessins d’Escher , ni à ces couloirs tortueux qui me rappellent ceux de l’étrange hôtel de « Barton Fink », le film avec lequel j’ai découvert l’univers des frères Coen. Enfin, impossible de ne pas évoquer le monde de Schuiten et Peeters, leur Armilia (entre autres) si proche de la Venise Céleste citée plus haut, des immeubles que Nemo franchit sur la planche ci-dessous, de l’absurdité poétique d’Escher ou de celle de certains films des Coen, « Le grand saut » notamment.
 La route d'Armilia - Schuiten et Peeters.
Il existe une réflexion commune à ces œuvres ; leur source originelle est sans doute le mythe antique de Thésée et de son labyrinthe, et sans relier Ariane à Freud d’un fil grossier, on peut parier à coup sûr que le labyrinthe en question est celui de l’esprit. En écho, je ne peux pas m’empêcher de citer Hammett, ma lecture du moment : « Personne ne pense clairement, même les gens qui prétendent le contraire. Penser est un truc à vous flanquer le vertige, il s’agit de saisir le plus grand nombre possible d’éléments évanescents et de les organiser au mieux. C’est pour ça que les gens s’accrochent avec autant d’énergie à leurs croyances et à leurs opinions ; parce que, par comparaison avec le chemin chaotique qui permet d’y arriver, les opinions les plus folles paraissent merveilleusement claires, réfléchies et évidentes. Et si on les laisse s’échapper, on doit replonger dans ce fouillis brumeux pour les remplacer en s’en fabriquant péniblement d’autres. »
Préférer, donc, l’incertitude aux croyances. Avancer dans la brume et penser, avec en reflet, la ville mythique, décrite dans un nombre incalculable d’œuvres et de contes, forcément fantomatique, jamais aboutie, remplie de passages inexplorés et de gouffres sans fond. Parfois souterraine (voir les aventures d’Alan Quatermain), sous-marine (avec un autre Nemo, celui de Jules Verne), perdue dans les montagnes (Shangri-La), dans une forête impénétrable (El Dorado), aérienne (Star Wars en présente une dans « L’empire contre-attaque », la Bespin de Lando Calrissian), ou jaillissant, tel un mirage, du désert – et ici, on songe à Babylone la Bleue, dont les jardins suspendus devaient apparaître aux voyageurs comme une absolue féerie.
Enfin bref (C. Borhen TM). S’il est un thème qui m’obsède réellement, c’est celui-là. Il revient sans cesse dans ce que j’écris ou dans ce que je peins, et la nature s’y imbrique toujours, complémentaire et vivifiante - l’idée du vivant étroitement associé au bâti, en quelque sorte, mais pas de façon inerte, jugulée ou décorative, comme le voulait en son temps l’Art Nouveau. 
Les jardins supendus de Babylone, gravure du XVIème siècle de Martin Heemskerck Au long de mes rêves, j’ai d'ailleurs toujours su que le fait que la nature soit séparée des mes labyrinthes personnels marquait un déséquilibre intérieur ; je me revois il y a quelques années, crapahutant le long d’un mur derrière lequel je devinais la forêt que je voulais désespérément rejoindre, et ne trouvant pas, telle Alice, la porte qui pouvait m’y conduire. Avertissement du subconscient, esprit séparé du corps, oubli de soi, perspectives évanouies. L'impasse était claire, et ma libération a été de me défaire de certaines certitudes, d'accepter le "danger" de la pensée non bridée. Car contrairement aux idées reçues, la ville mythique noyée de brouillard, comme celle engloutie par la forêt, ne sont pas les symboles de la folie, mais de l'imaginaire humain, le revers étant sa faiblesse à tout appréhender, et l'avers sa puissance créatrice.
« Tous les gens, à l’exception de ceux qui sont fous ou profondément stupides, se soupçonnent eux-mêmes, de temps en temps, ou chaque fois qu’il leur arrive d’y réfléchir, de ne pas vraiment être sains d’esprit. Les preuves de la folie sont faciles à trouver : plus on fouille en soi-même, plus on en découvre. »
Dashiell Hammett, again.
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Bon. J'ai pas fait de post aujourd'hui, j'...
Pareil pour Micklin avec son éternel cigar...
Ah.... graisse moi la mouillette au st&nb...
Bon... auli...
Rien pigé. Hihi... Viens de voir une pu...